Theresa May sauve sa tête d’un souffle et gagne un répit

Royaume-UniPar 325 voix contre 306, la motion de censure de l’opposition a été repoussée mercredi soir. Prochaine étape lundi.

Pendant ce temps au Parlement européen à Bruxelles, cet homme prend en photo l’Union Jack… avant qu’il ne soit trop tard.

Pendant ce temps au Parlement européen à Bruxelles, cet homme prend en photo l’Union Jack… avant qu’il ne soit trop tard. Image: Vincent Kessler/Reuters

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Theresa May sauve son poste: malgré les nombreuses attaques portées par les députés de l’opposition sur son «manque d’empathie» et son «manque d’autorité», elle a remporté mercredi soir le vote de défiance à l’égard de son gouvernement déposé par le chef du parti travailliste Jeremy Corbyn par 325 voix contre 306. La première ministre a immédiatement promis qu’elle «cherchera une voie pour aller de l’avant qui obtiendra le soutien de la Chambre des Communes». Elle a proposé de rencontrer «individuellement les dirigeants des partis parlementaires» dès mercredi soir. Elle notifiera lundi à la Chambre des Communes la stratégie qu’elle entend poursuivre vis-à-vis du Brexit.

Malgré l’assurance qu’elle abordera ces rencontres de manière «constructive», elle a refusé pendant toute la journée de débats de mercredi de faire évoluer ses positions. Suscitant la colère de nombreux députés. «La première ministre reconnaît-elle, particulièrement depuis hier soir, qu’en ces circonstances complexes son rôle en tant que première ministre est maintenant de créer l’environnement politique dans lequel des solutions au Brexit puissent être trouvées et de ne pas continuer avec un plan en espérant un résultat différent?» s’est ainsi agacé le conservateur Phillip Lee, partisan d’un second référendum.

Cette stratégie visait sans doute à ne pas faire poindre le doute chez les députés de son camp, ce qui les aurait incités à voter contre elle mercredi soir.

Lâcher les Brexiters durs

Theresa May le sait: sauvée, elle doit désormais modifier son approche. Jusqu’à présent, elle s’est surtout inspirée des desiderata de la centaine de Brexiters radicaux, sans parvenir à les convaincre puisque ce sont eux qui ont fait capoter l’adoption de l’accord mardi soir. Poursuivre la discussion avec eux paraît illusoire. Sa marge de négociation vis-à-vis de leurs demandes est en effet très faible puisque l’UE ne veut pas entendre parler de la disparition du filet de sécurité nord-irlandais, seul moyen de les apaiser. Et ce même si le Brexiter et ancien ministre des Affaires étrangères Boris Johnson a assuré mercredi que cette défaite «accorde un énorme mandat» à la première ministre pour renégocier auprès des vingt-sept.

Se rapprocher des partisans d’un Brexit doux paraît beaucoup plus prometteur pour Theresa May. Le maintien dans une union douanière avec l’UE, dessinée sur mesure pour le Royaume-Uni, est la stratégie officielle du Labour depuis février 2018. En dehors des 71 députés travaillistes qui se sont déclarés mercredi en faveur d’un second référendum, elle peut imaginer que les 191 élus travaillistes restant demeurent favorables à cette option. Avec les 198 députés conservateurs qui ont soutenu son accord mardi soir, elle dépasserait aisément le cap des 320 députés nécessaires pour faire adopter son accord.

Le principal obstacle à cette solution réside en Theresa May elle-même. En fière élue conservatrice, elle s’est jusqu’à présent interdit de faire passer son accord grâce au soutien de l’opposition. Ensuite, elle considère que l’union douanière ne respecterait pas le résultat du référendum, en particulier parce qu’elle empêcherait d’«améliorer nos relations commerciales avec d’autres pays autour du monde», à travers la signature avec eux d’accords commerciaux bilatéraux.

Options extrêmes

Si Theresa May ne parvient pas à s’entendre avec le Parti travailliste, deux options demeurent sur le tapis. La première serait de laisser dériver le pays vers une sortie sans accord avec l’UE. Ce scénario engendrerait immédiatement une levée de boucliers d’au moins 400 députés, qui feraient alors tomber Theresa May. Une élection générale anticipée serait alors rapidement organisée.

Dernière option, un second référendum. Ni la direction du parti travailliste ni celle du parti conservateur n’y sont favorables, principalement en raison de la promesse faite en 2016 que «les politiciens appliqueraient ce que le peuple britannique aura décidé», comme elle l’a rappelé. Même si leurs partisans ne représentent aujourd’hui que 20% des députés, ils pourraient bénéficier d’un éventuel blocage total de la situation.


Les marchés parient sur un accord prochain de sortie

Étrangement, les Bourses mondiales, et plus particulièrement celle de Londres, ont affiché mercredi un flegme tout britannique face au rejet par le parlement du plan britannique de sortie de l’UE. Après avoir plongé de 1,7% mardi soir, la livre elle-même s’est reprise, témoignant de cette sérénité momentanément retrouvée. Le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, a tenté une explication mercredi matin devant les parlementaires: «Il semble y avoir quelques spéculations sur un prolongement du processus de résolution du Brexit et une diminution de l’hypothèse d’une absence d’accord», a-t-il ainsi affirmé. En clair, les marchés financiers, qui avaient anticipé l’échec de mardi soir, misent à fond sur un plan B, négocié avec le Parlement et qui sera présenté lundi prochain par Theresa May, ainsi que sur un report de la date butoir de sortie du 29 mars prochain, pour que, parodiant Shakespeare, «All’s Well That Ends Well», tout finisse bien. Comme l’explique au quotidien «Les Échos» Stéphane Déo, stratège à La Banque postale, «les bookmakers cotent la probabilité qu’aucun accord ne soit trouvé avant le 1er avril à seulement 12%».

Et pour cause. Les conséquences d’un «no deal» ou d’un accord dur commencent à apparaître à tous. Elles deviennent réelles, pour les consommateurs tout d’abord, qui voient les prix d’importation, principalement alimentaires, prendre l’ascenseur du fait d’une devise qui s’est affaiblie depuis le oui au Brexit. Elles apparaissent surtout aux industriels britanniques, qui envisagent avec effroi le scénario d’une ère où les échanges commerciaux avec l’Europe ne seraient plus régis que par les règles de l’Organisation mondiale du commerce, avec un retour des taxes douanières, et où une multitude de contrôles et réglementations devraient être mises en place dans l’urgence. Élisabeth Eckert

Créé: 16.01.2019, 21h50

Pas besoin de visa en cas de «no deal»

Les Suisses ayant prévu de visiter Londres, Manchester ou Liverpool après le 29 mars peuvent souffler, même en cas de Brexit sans le moindre accord entre le Royaume-Uni et l’Union européenne.

Le 13 novembre dernier, l’UE a en effet proposé d’exempter les Britanniques de visa de tourisme après le Brexit, sous condition de réciprocité. Il en sera de même pour la Suisse, qui suit les décisions prises dans le cadre de l’espace Schengen. Aucun risque non plus que les vols ne puissent pas décoller ou atterrir sur le sol britannique puisqu’un accord a été trouvé pour ne pas bloquer le transport aérien.

La question des résidents suisses au Royaume-Uni et britanniques en Suisse est également réglée: ils seront autorisés à rester dans leurs pays de résidence respectifs. T.B.

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