«Ne tirez pas!» La jeunesse américaine dit non aux armes

WashingtonDes centaines de milliers d’Américains ont manifesté samedi contre l’inaction de leur gouvernement face aux fusillades. Une mobilisation historique et émouvante.

Chloe McFarland (au centre avec les cheveux bleus) est venue manifester à la «March for our Lives» de Washington avec ses amies Olivia, Megan et Bea. Les 4 adolescentes originaires de Washington montrent leurs mais sur lesquelles elles ont inscrit: Don’t shoot - ne tirez pas!(Samedi 24 mars 2018)

Chloe McFarland (au centre avec les cheveux bleus) est venue manifester à la «March for our Lives» de Washington avec ses amies Olivia, Megan et Bea. Les 4 adolescentes originaires de Washington montrent leurs mais sur lesquelles elles ont inscrit: Don’t shoot - ne tirez pas!(Samedi 24 mars 2018) Image: Jean-Cosme Delaloye/DR

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«Ne tirez pas!» Chloe McFarland, 14 ans, lève les mains en l’air et dévoile ce message qu’elle a inscrit au feutre rouge sur ses paumes. L’adolescente originaire de la banlieue de Baltimore, une ville dévastée par la violence des armes, est venue manifester samedi à Washington avec ses amies Olivia, Megan et Bea. «Nous avons mis ça sur nos mains car les écoliers se font tuer, nous nous faisons tuer…», glisse Chloe avant d’éclater en sanglots. «Nous en avons assez», ajoute-t-elle quelques instants plus tard. «Nous voulons des actes. Un enfant ne devrait jamais aller à l’école en courant le risque de ne jamais pouvoir rentrer à la maison.»

Les Américains ont répondu en masse à l’appel des élèves du lycée de Marjory Stoneman Douglas à Parkland en Floride, où 17 jeunes ont été massacrés le 14 février dernier. Quelques 800 rassemblements baptisés «March for our lives» (marche pour nos vies) ont été organisés samedi à travers les Etats-Unis pour dénoncer la violence des armes. A Washington, des centaines de milliers de personnes se sont massées sur des kilomètres entre le Capitole et la Maison-Blanche.

Un homme au regard fatigué traverse discrètement cette foule compacte. Il est vêtu d’un t-shirt bordeaux aux couleurs de l’école de Marjory Stoneman Douglas. Il arbore dans le dos un grand numéro 17, rappelant le nombre de victimes de la fusillade. Sur son panneau, Jason Marks a reproduit les textos qu’il a reçus de Molly, l’un de ses filles jumelles prises dans la fusillade de Marjory Stoneman Douglas: «Hey papa, j’ai tellement peur, il y a des gens touchés. Je t’aime.» Jason Marks, 45 ans, est venu de Parkland à Washington pour dire non à la vente libre de fusils d’assaut aux Etats-Unis. «Quand j’ai reçu ce texto de ma fille Molly, elle était cachée dans une armoire de l’école avec sa soeur jumelle», raconte-t-il. «J’ai ressenti un tel sentiment d’impuissance. Pour moi, c’est une affaire personnelle.»

Jason Marks en est convaincu: la fusillade de Marjory Stoneman Douglas marque «le point de non-retour» aux Etats-Unis. L’avocat assure que la détermination affichée samedi par les élèves du lycée de Parkland et les nombreux autres jeunes qui ont été invités samedi à mener la March for our Lives à Washington, finira par porter ses fruits. «Personne ne s’attend à ce que le changement en matière de contrôle des armes se produise demain», nuance-t-il. «Mais ces jeunes sont les électeurs de demain. Ils voteront. Nous voterons.»

Jason Marks est un républicain qui a voté pour Donald Trump lors de la présidentielle de 2016. «Je le regrette», admet-il. «Mais je vais avoir l’occasion de corriger cette erreur lors des prochaines élections législatives de novembre. Je le ferai pour mes filles. Elles sont épuisées et je dois essayer de les aider à se reconstruire.»

Dans la foule de Washington, le départ de Donald Trump vendredi pour son golfe de Floride, n’est pas passé inaperçu. «C’est un lâche», Joanne Wask, une grand-mère venue manifester avec son petit-fils Carter, 11 ans. «Mais ça ne me surprend pas. Il jouait déjà au golfe pendant l’enterrement des enfants de Parkland.» Andy Nelson , un enseignant qui a fait 7 heures d’avion depuis l’Etat de l’Oregon sur la côte Ouest des Etats-Unis, rejette l’idée de Donald Trump d’armer les enseignants. «Nous avons besoin de plus de stylos et de livres, pas d’armes», glisse-t-il à côté de son père Don.

Pas la fin du mouvement

«Bienvenue à la révolution.» Sur la scène de la «March for our Lives» à Washington, Cameron Kasky annonce avec aplomb que la gigantesque manifestation «n’est pas la fin du mouvement», mais le début. Edna Chavez, une adolescente originaire d’un quartier pauvre de Los Angeles, fait pleurer de nombreux manifestants en racontant l’histoire de son frère Ricardo abattu dans les rues de Los Angeles. «Je n’ai pas perdu seulement mon frère ce jour-là», lance-t-elle. «J’ai aussi perdu ma mère, ma soeur et moi-même, car nous avons succombé au traumatisme et à l’anxiété.»

La foule a néanmoins réservé son ovation la plus importante à Emma Gonzalez. La jeune élève au crâne rasé de Marjory Stoneman Douglas est devenue le visage du mouvement contre les armes aux Etats-Unis depuis son discours émouvant au lendemain de la fusillade à Parkland. Ce jour-là, elle avait dénoncé l’inaction des politiciens et balayé leurs excuses en 3 mots. «We call BS!»(Nous répondons: des foutaises!). Ce slogan est devenu le cri de ralliement du mouvement. Mais samedi, Emma Gonzalez s’est distinguée par son silence pendant 6 minutes et 20 secondes, le temps qu’il a fallu à l’auteur de la fusillade pour tuer 17 personnes à Parkland. Un silence remarquable salué par des manifestants qui ont conclu un rassemblement de plus de 3 heures en scandant: «Plus jamais ça!»

(24 heures)

Créé: 24.03.2018, 23h26

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