La traversée de l’espoir

Le mur de la discorde (3/5) Venu du Honduras, William, 6 ans, est entré illégalement aux Etats-Unis. Il a une leucémie.

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William Escobar Flores a 6 ans. Le garçon, originaire du Honduras, a traversé le 12 septembre le fleuve Rio Grande sur le dos de sa maman, Irma Sarai. La jeune femme de 26 ans portait aussi Adonai, le petit frère de William, dans ses bras. Ils ont été arrêtés sur la rive américaine par les gardes-frontière de McAllen, dans le sud-est du Texas. Ces derniers ont placé un bracelet électronique à la cheville d’Irma Sarai, pour pouvoir la localiser pendant sa procédure de renvoi des Etats-Unis, qui peut prendre des années. Et ils l’ont relâchée avec ses enfants et une centaine d’autres migrants voyageant en famille, pour qu’ils puissent rejoindre leurs proches déjà installés aux Etats-Unis, en attendant qu’un tribunal américain tranche leur sort.

Le groupe a été confié par les gardes-frontière à la fondation Catholic Charities. Cette organisation dirigée par la Sœur Norma Pimentel vient en aide aux sans-papiers à la frontière. Les migrants arrivent dans le centre d’accueil sous les applaudissements des bénévoles. «Bienvenidos!»

William, un petit garçon aux yeux rieurs, sort du lot. Il n’a plus un cheveu sur la tête. Les médecins ont découvert, il y a deux mois, qu’il souffrait d’une leucémie et ont commencé une chimiothérapie à San Pedro Sula, la capitale économique du Honduras, truffée de maras, les gangs locaux. «Je suis venue ici pour faire soigner mon fils, raconte Irma Sarai. Comme je ne savais pas comment me procurer du sang pour lui, le médecin m’a dit un jour qu’ils allaient devoir le transfuser avec de l’eau.»

«100 à 200 personnes par jour»

Au mois de mai, le quotidien El Heraldo avait révélé que le Honduras ne pouvait couvrir que 38% des besoins en sang de la la population. Une des tantes de William a finalement fait un don de près d’un litre de sang à l’enfant. Mais Irma Sarai a décidé de tout abandonner pour tenter de rejoindre son mari, installé à Houston depuis trois ans, et donner à William une chance face à la maladie. Ses maigres biens tiennent dans une pochette en plastique. On y découvre des vitamines B12 et du malt, ainsi que des cachets d’aspirine pour William. Irma Sarai a aussi une grande enveloppe jaune contenant les documents de sa procédure de renvoi des Etats-Unis. Mais, ce matin-là, ces lettres dans une langue étrangère et le bracelet électronique à sa cheville sont sa lueur d’espoir pour son fils.

Entre janvier et août de cette année, près de 370 000 migrants ont été arrêtés à la frontière avec la Mexique; 41 000 viennent du Honduras, 57 000 du Salvador, 58 0000 du Guatemala et 160 000 du Mexique. Ces chiffres sont en hausse par rapport en 2015, mais restent inférieurs à l’année record de 2014. Selon une enquête du Pew Research Center, le nombre d’enfants et de familles appréhendés à la frontière depuis octobre 2015 a doublé par rapport à 2014. Comme l’explique Sœur Norma Pimentel, les migrants arrivent souvent en famille car la présence d’enfants empêche leur renvoi immédiat dans leur pays d’origine. Elle confirme la hausse du nombre de nouveaux arrivants cette année. «Leur nombre avait diminué en 2015 pour de nombreuses raisons j’imagine, mais il a de nouveau augmenté, dit-elle. Maintenant nous sommes quasi au niveau de 2014. Nous accueillons 100 à 200 personnes chaque jour.»

Une bénévole du centre d’accueil glisse que la candidature de Donald Trump à la Maison-Blanche n’est sûrement pas étrangère à cette soudaine augmentation. Dans son discours détaillant sa politique d’immigration, le 31 août en Arizona, le milliardaire républicain a promis d’emprisonner «toutes les personnes traversant illégalement la frontière jusqu’à ce qu’elles soient renvoyées de notre pays vers leur pays d’origine» (lire ci-dessous). «C’est incroyable, car nous n’avons aucune idée de qui sont ces gens et d’où ils viennent, a martelé Donald Trump ce jour-là. J’ai toujours dit que c’était le cheval de Troie. Regardez ce qui va se passer. Ce ne sera pas beau à voir.»

«J’ai tout abandonné»

Adonai, le petit frère de William, est arrivé au centre d’accueil sans chaussures. «Elles ont brûlé quand la voiture qui nous transportait a pris feu», glisse Irma Sarai. Les bénévoles des Catholic Charities font essayer un jeans «taille 6 ans» à William, qui est trop grand pour lui. Adonai pleure. Il a faim. Son grand frère partage sa tortilla avec lui. Avec ses mots d’enfant, William dit qu’il aime le football et les jeux sur téléphone portable.

A l’autre bout de la pièce, Idonia Mabel Flores Arce, une femme enceinte de 8 mois, se prépare à partir avec sa fille Gabriela Nineth, 5 ans. Elle a quitté le Salvador dix-huit jours plus tôt. Elle dit avoir fui la violence dans son pays. «J’ai tout abandonné», raconte-t-elle à propos des menaces et des violences dont elle dit avoir fait l’objet de la part du père de sa fille, un membre de gang. «Ma fille a beaucoup pleuré parce que nous avons été arrêtées et détenues au Mexique, puis ici aussi.» Sur son enveloppe jaune, Idonia a toutes les escales inscrites au feutre noir. Elle se rend en Virginie, un voyage de deux jours via Dallas, Memphis et Richmond. Une feuille collée de l’autre côté de l’enveloppe indique que la jeune femme ne parle pas anglais.

A l’extérieur du centre, Herbert Amilcar Martinez porte sa fille Sharon, âgée de 1 an. L’homme de 32 ans, au regard triste, a quitté le Salvador il y a huit mois avec son épouse. Il raconte avoir fui parce qu’il ne pouvait pas payer les 1000 dollars qu’exigeaient les gangs pour «protéger» sa petite épicerie. Comme le couple n’avait pas d’argent, il s’est arrêté au Mexique pour travailler. Il gagnait à peine 6 dollars par jour, juste assez pour nourrir Sharon et économiser de quoi payer un passeur pour 1 personne. «Je voulais que ma femme traverse en premier, mais les passeurs nous demandaient plus d’argent pour elle, car elle est enceinte, glisse-t-il. Je suis donc venu avec ma fille. Ce fut une décision très difficile, car je ne m’étais jamais séparé de ma femme.» Muni de son bracelet électronique, Herbert espère pouvoir travailler dans l’Indiana pour payer les passeurs et faire venir son épouse.

Ce matin-là, les migrants arrivent par dizaines au centre d’accueil de McAllen. Une bénévole demande au groupe dont font partie William, son frère et sa maman d’aller se reposer dans les tentes beiges situées dans la cour, afin de permettre aux nouveaux arrivants de se restaurer. Irma quitte la pièce avec un panier rempli d’habits. Elle prendra le bus quelques heures plus tard, direction Houston. Avec pour seule certitude à ce stade: William fêtera son 7e anniversaire le 14 octobre aux Etats-Unis.

Créé: 22.09.2016, 09h30

Irma Sarai Flores avec son fils William (à g., tenant une enveloppe), 6?ans, atteint d’une leucémie. La jeune femme a décidé d’entrer illégalement aux Etats-Unis pour le faire soigner. A droite, son autre fils, Adonai, 3?ans. (Image: JCD)

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