J.-M. Le Pen: «Trump a montré qu'il faut chevaucher la vague»

ExclusifLe fondateur du FN fait une lecture raciale de la victoire de Donald Trump, ce «Le Pen américain»... Il invalide la stratégie de sa fille Marine Le Pen pour 2017: «elle a trop baissé de ton».

«La relative poussée du FN. Qu’est-ce qui appartient au mérite de l’équipe dirigeante du Front et qu’est-ce qui appartient à des conséquences d’événements sur lesquels elle n’a pas prise?», s'interroge Jean-Marie Le Pen qui ne croit pas à la stratégie de dédiabolisation du FN.

«La relative poussée du FN. Qu’est-ce qui appartient au mérite de l’équipe dirigeante du Front et qu’est-ce qui appartient à des conséquences d’événements sur lesquels elle n’a pas prise?», s'interroge Jean-Marie Le Pen qui ne croit pas à la stratégie de dédiabolisation du FN. Image: Florian Cella

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En France, ils sont plusieurs à se revendiquer «trumpistes». Et évidemment Marine Le Pen qui, la première, a salué l’élection du milliardaire newyorkais. Du côté du Front national, sans nuances, on affirme que la victoire de Donald Trump valide à la fois la ligne et la stratégie de Marine Le Pen pour 2017. Comme si on sentait le vent de l’histoire souffler dans les voiles...

Mais du côté de Saint-Cloud, à côté de Paris, Jean-Marie Le Pen ne fait pas totalement la même analyse. Le fondateur du FN nous a reçu dans sa demeure. Le menhir (88 ans) ne cache pas sa satisfaction. Le discours radical de Donald Trump, selon lui, met en pièces la stratégie de dédiabolisation de sa fille pour atteindre le pouvoir. Il ne crédite d’ailleurs la progression du FN qu’aux circonstances et aux événements.

Pour Jean-Marie Le Pen, les thèses sur le grand remplacement, l’explosion démographique et la pression migratoire restent les enjeux majeurs qu’il faut dénoncer sans nuance. «Pour Trump, c’était peut-être la dernière fois que les Américains, disons de souche, avaient la possibilité d’être majoritaires», glisse-t-il quitte à passer pour un populiste qui surjoue la lecture raciale du vote. «Ce sont des arguments de tribune. Ne prenez pas tout au pied de la lettre», s’amuse Jean-Marie Le Pen. Interview.

La victoire de Donald Trump, est-ce une surprise pour vous?

Il y a plusieurs mois, j’avais déjà déclaré que je voterais Trump si j’étais Américain. De surcroît, je suis un des rares à avoir prédit sa victoire. Aujourd’hui cela doit être un dîner de chapeaux en ville avec tous ces penseurs du système politico-médiatique qui sont obligés de dire l’inverse de ce qu’ils prédisaient. Et notamment expliquer que l’impossible a eu lieu: car ce grossier rougeaud personnage allait être balayé!

Pourquoi les analystes et sondeurs se sont à ce point trompés?

En 2002, j’avais fait la même chose en déjouant tous les pronostics. Quinze jours avant, un journaliste m’avait posé la question: j’ai pris ma boule de cristal et j’y ai vu la Une de Libération qui titrait en énorme «Jospin crucifié par sa majorité plurielle». Et quelque chose s’est passé: j’ai doublé mes voix. Comme aux Etats-Unis pour Trump.

L'expliquez-vous?

C’est une remise en cause du fonctionnement de la gouvernance par les élites. Il y a un refus de la prépondérance excessive prise par des forces techniques comme la presse par exemple. Mais il y a des phénomènes de fond qu’il a su mettre en évidence. Pour Trump, c’était peut-être la dernière fois que les Américains, disons de souche, auront la possibilité d’être majoritaires. En France, ce n’est un mystère pour personne, ce sont les gens d’origine immigrée qui ont assuré la victoire de M. Hollande.

Vous vous comparez à lui?

Sans vanité outrancière, c’est vrai qu’on a parfois dit que Trump était un Le Pen américain. Cela n’a pas à me plaire ou pas, mais cela correspond à une réalité relative. Il est vrai que c’est probablement sur les grands thèmes du FN que Trump a basé sa victoire. Les réactions des populations d’un certain niveau sont généralement les mêmes quand les facteurs dominants sont les mêmes.

Quels sont ces facteurs dominants dont vous parlez?

Je suis l’un des rares hommes politiques à avoir donné très tôt toute son importance au phénomène démographique. Qui est sans doute le plus important non pas du siècle mais du millénaire. Nous sommes passés, en 100 ans, de 2 à 7 milliards d’habitants sur la planète.

A vous suivre, le discours anti-migratoire en apparence moins virulent de Marine Le Pen - suite à la stratégie de la dédiabolisation – c’est faire route?

Oui. La dédiabolisation est une foutaise. Trump a démontré avec évidence qu’il faut chevaucher le vague de ce que nos adversaires appellent le populisme – c’est-à-dire les réactions incontrôlées du peuple – et ne tenir aucun compte du risque de diabolisation: c’est ainsi qu’on gagne. La dédiabolisation, ça ne marche pas! Mais il faut de la lucidité et du courage. Marine Le Pen doit avoir le courage de dire la vérité et de faire ce qu’attendent les Français. Trump n’a tenu compte d’aucun risque supposé de la dénonciation du système. Et il a gagné!

Est-ce que cette victoire de Trump va aider le FN en France?

Compte tenu de la proximité civilisationnelle, il y a forcément des conséquences qui vont se produire. Ce n’est pas une légende que de prétendre que ce qui se passe aux Etats-Unis se passe en France et en Europe 10 ou 15 ans plus tard.

C’est donc trop tôt pour Marine: elle va donc perdre en 2017 et gagner en 2022?

Je ne sais pas si Marine va perdre. Je pense qu’en se séparant de son père et des amis de son père, elle a pris une option qui est négative. Elle peut toujours en revenir: nous sommes à huit mois des élections. Mais si elle tirait les conséquences politiques de ce qui vient de se passer aux Etats-Unis, elle rétablirait au plus tôt l’unité de son mouvement. Condition sine qua non pour gagner la bataille présidentielle.

Revenons à la comparaison Marine Le Pen et Donald Trump. Est-ce que pour vous aujourd’hui Marine Le Pen est une candidate trop modérée?

Il me semble qu’elle a baissé de ton sur un certain nombre de sujets qui justement sont en train de monter de tonalité dans le pays. Me suis-je fait bien comprendre?

Quand Trump dit que les Mexicains sont des criminels et des violeurs…

Ne prenez pas tout au pied de la lettre. Ça, ce sont des arguments de tribune. On a aussi dit qu’il a parlé de cul il y a 11 ans dans une voiture. Ah oui, moi aussi cela m’arrive d’en raconter. Et il y a moins de 11 ans (rires). Je suis un adversaire résolu de la loi Gayssot (ndlr: Depuis 1972, la Loi Gayssot sanctionne la provocation à la haine ou à la discrimination, la diffamation et l’injure raciale). C’est vrai, je suis pour la liberté d’opinion. Je pense que le peuple doit juger des hommes politiques dans l’expression de leurs idées politiques. Les opinions doivent être libres. Car je reste persuadé qu’il y a moins de risques dans les excès de liberté que dans les excès de censure.

Votre fille ne le pense pas, puisqu’elle s’est séparée de vous suite à vos provocations…

Elle a tout à fait tort!

Mais a-t-elle besoin d’avoir un discours très dur sur l’immigration alors que son seul nom Le Pen, et l’écho des polémiques de votre passé, agissent comme un marqueur. Elle peut dès lors avancer tranquille…

Avance-t-elle tranquillement? Je pense que l’on se trompe dans l’analyse du phénomène de la relative poussée du FN. D’ailleurs, qu’est-ce qui appartient au mérite de l’équipe dirigeante du Front – l’activité, du dynamisme militant – et qu’est-ce qui appartient à des conséquences d’événements sur lesquels elle n’a pas prise. A la vérité, je crois que beaucoup de gens qui votent Front national votent surtout par rejet de l’établissement aussi bien socialiste que républicain. (24 heures)

Créé: 10.11.2016, 16h03

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