Comme Trump, les candidats s'en prennent aux médias

FranceLes charges antimédias, amplifiées par les réseaux sociaux, se multiplient à gauche et à droite dans la campagne présidentielle française.

Marine Le Pen suivie par les médias dans sa visite au Mont Saint-Michel, dans l'ouest de la France, le 27 février 2017.

Marine Le Pen suivie par les médias dans sa visite au Mont Saint-Michel, dans l'ouest de la France, le 27 février 2017. Image: AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

La candidate d'extrême droite Marine Le Pen, qui proteste régulièrement contre un traitement médiatique jugé «militant», a intensifié ses attaques contre le quatrième pouvoir ces dernières semaines, sur fond d'affaires.

En meeting à Nantes (ouest) dimanche, la présidente du Front national a accusé les journalistes de faire campagne «de manière hystérique pour leur poulain», le centriste Emmanuel Macron, s'en prenant notamment à l'homme d'affaires Pierre Bergé, l'un des propriétaires du quotidien Le Monde.

A l'autre bout du spectre politique, le tribun de gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, qui avait parlé dès 2010 de «métier pourri», assume son aversion des médias.

Le candidat de La France insoumise, qui a lancé sa chaîne YouTube pour contourner les «médias traditionnels», a notamment accusé dernièrement la radio publique France Inter de «déloyauté» ou l'AFP d'avoir publié «deux fausses dépêches» concernant ses positions sur la Syrie.

Les rubricards

En novembre 2016, il s'en était aussi pris nommément à une journaliste du Monde, évoquant «les pauvres rubricards (qui) restent accrochés à leur sujet comme les moules à leur rocher».

Pour l'historien des médias Patrick Eveno, «les attaques contre les journalistes ne sont pas nouvelles: on peut en retrouver dans les années 30» et de la part des anciens présidents De Gaulle, Pompidou ou Mitterrand.

Mais «la situation est beaucoup plus violente», observe-t-il. «Les politiques sont de moins en moins bien considérés, les journalistes aussi, chacun se renvoie la balle face à l'opinion».

Surenchère

Début février, le candidat de la droite François Fillon a accusé les médias de vouloir le «lyncher» sur des présumés emplois fictifs de sa femme. Et ciblé le média en ligne Mediapart: «Moi je n'ai jamais eu de redressement fiscal». Reporters sans frontières s'était alors inquiété d'un «climat nauséabond».

Pour Dominique Wolton, spécialiste en communication politique, l'étape, «bien symbolisée par Trump», ce sont des politiques qui «essayent de faire une alliance avec l'opinion publique contre les médias» dans une forme de «revanche».

Comme Trump

Aux Etats-Unis, Donald Trump a fait des attaques contre les médias «malhonnêtes» sa marque de fabrique, classant certains comme «ennemis du peuple». Son administration a même privé plusieurs titres phares (New York Times, CNN, ou Politico) du briefing de la Maison Blanche.

Récemment, le vice-président du Front national Florian Philippot a aussi repris une formule du président américain pour accuser l'AFP de «fake news» (fausses informations) concernant une infographie sur les programmes des candidats.

«La manière dont Trump défie la justice et insulte les médias, avec le fake News et tout ça, quelque part suscite de l'émulation de Fillon et de Marine Le Pen», note l'universitaire Hervé Le Bras.

Médias harcelés

La directrice de l'information de l'AFP Michèle Léridon relève que «depuis l'élection de Trump, la critique, voire le harcèlement des médias, est devenue une stratégie pour certains politiques».

«Ils utilisent le terme fake news pour des informations exactes, mais qui n'ont pas l'heur de leur plaire. Nous ne répondons pas au coup par coup pour ne pas participer à cette partie de ping-pong virtuelle et malsaine. Notre meilleure réponse, c'est d'être le plus rigoureux possible», dit-elle.

Taper sur les médias

Jérôme Fenoglio, directeur du Monde, souligne que «pour donner l'impression d'être antisystème, le plus simple est de taper sur les médias» et que la nouveauté de l'interpellation directe par des politiques «dans des blogs ou sur Twitter» crée autour des journalistes «un climat de tension».

Selon un récent sondage Odoxa, si les Français doutent de l'impartialité des journalistes, 74% pensent que les critiques des politiques sont le plus souvent «un moyen d'éviter des questions qui les gênent». (AFP/nxp)

Créé: 28.02.2017, 09h47

Galerie photo

France: Benoît Hamon sera le candidat de la gauche

France: Benoît Hamon sera le candidat de la gauche Les militants ont voté pour le candidat qui les représentera lors de la prochaine élection présidentielle, en mai 2017.

Galerie photo

La Primaire de droite en France

La Primaire de droite en France Sept candidats se sont affrontés lors du 1er tour des primaires. Seuls François Fillon et Alain Juppé se présenteront au second tour, dimanche 27 novembre.

Articles en relation

Les «affaires» glissent sur Marine Le Pen

France Ses partisans la perçoivent comme une sorte de Robin des Bois faisant un pied de nez à l'Europe et au système. Plus...

Mélenchon, l'empêcheur de tourner en rond

Portrait A la tête d'un jeune parti, Jean-Luc Mélenchon est aujourd'hui crédité de plus de 14% d'intentions de vote. Au point de donner du fil à retordre à ses anciens camarades socialistes. Plus...

Soutien-clé pour Macron, Le Pen à l'offensive

France Emmanuel Macron a scellé une alliance avec Bayrou tandis que l'élan de Marine Le Pen se maintient. Plus...

Le Pen: «Les médias font campagne pour Macron»

Présidentielle française Lors d'un meeting, Marine Le Pen a pilonné les médias, accusés de mener une «campagne hystérique» en faveur de son adversaire centriste. Plus...

Trump face aux médias: la guerre continue

Etats-Unis Dernier épisode, Trump a dit qu'il séchera le traditionnel et humoristique dîner des correspondants de la Maison Blanche. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.