Trump ou Clinton? Les votes qui feront la différence

Course à la Maison-BlancheLes électeurs américains choisissent mardi leur prochain président. L’issue du duel très serré entre Hillary Clinton et Donald Trump sera déterminée notamment par cinq facteurs clés.

La participation ou non des femmes, des Latinos et de la communauté noire peut peser lourd dans les résultats de l’élection présidentielle.

La participation ou non des femmes, des Latinos et de la communauté noire peut peser lourd dans les résultats de l’élection présidentielle. Image: EPA

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Plus de 30 millions d’Américains ont déjà voté de manière anticipée pour l’élection présidentielle du 8 novembre. Le duel entre Hillary Clinton et Donald Trump s’annonce serré. Les démocrates se sont particulièrement mobilisés en Caroline du Nord ainsi que dans le Colorado, le Nevada et l’Iowa en votant plus que les républicains. Ces derniers sont en revanche majoritaires dans l’Ohio et, d’une très courte tête, en Floride. Dans ce contexte, quels facteurs seront déterminants? Décryptage.

Un vote latino décisif

Le rêve américain de Daniel Mantilla a coûté 12 000 dollars. Pour l’atteindre, le Cubain est passé par le Panama et le Mexique avant de se rendre aux autorités américaines au Texas le 4 décembre 2007 avec la certitude de recevoir l’asile politique garanti aux Cubains dès qu’ils posent le pied sur le territoire américain. «Mais je savais aussi que si je me faisais arrêter pendant ma traversée du Mexique, je serais renvoyé à Cuba», raconte-t-il un matin d’octobre.

Le cuisinier de 41 ans, qui travaille dans un grand hôtel de Las Vegas, s’est engagé il y a trois mois pour tenter d’aider Hillary Clinton à gagner le Nevada, l’un des Etats clés pour accéder à la Maison-Blanche. Jour après jour, il frappe aux portes des maisons modestes des quartiers hispaniques de la périphérie de Las Vegas. Il parle en espagnol à des gens qui connaissent, comme lui, la peur et la douleur occasionnées par l’immigration sans papiers. Il est témoin du rejet massif par les électeurs hispaniques du message anti-immigration de Donald Trump. «Nous avons déjà frappé à 210 000 portes», révèle Bethany Khan, la porte-parole du Culinary Workers Union 226, dont fait partie Daniel Mantilla. «La candidature de Donald Trump touche personnellement les électeurs hispaniques et ils vont faire entendre leur voix.»

Un sondage réalisé par NALEO Educational Fund et Univision montre que 75% des Latinos ont une opinion défavorable de Donald Trump. Leur mobilisation pourrait être décisive pour Hillary Clinton. Le taux de participation des électeurs hispaniques dans le Nevada est actuellement de 11,8%, en hausse par rapport à 2012 (10,5%). Dans cet Etat de l’ouest des Etats-Unis, les démocrates mènent de 6 points face aux républicains (43% contre 37%), une marge comparable à l’avance qu’avait Barack Obama sur Mitt Romney il y a quatre ans.

En Floride, la mobilisation des Latinos «est très bonne» selon Jimmy Torres, un syndicaliste de la région d’Orlando. Marlon Marshall, le directeur des campagnes étatiques pour Hillary Clinton, a souligné vendredi que le vote latino était en hausse de 120% en Floride. En Arizona, où Hillary Clinton a fait campagne cette semaine et où Tim Kaine, le colistier de l’ancienne secrétaire d’Etat, a prononcé jeudi un discours entièrement en espagnol, et au Texas, la mobilisation des électeurs hispaniques est aussi en hausse. Dans le Colorado et en Virginie, deux autres Etats clés, l’évolution est similaire.

Des femmes déterminées

Jeudi, Melania Trump, la femme de Donald Trump, a prononcé un discours destiné aux femmes dans la grande banlieue de Philadelphie. Cette tentative de dernière minute illustre l’un des problèmes majeurs de Donald Trump, un candidat qui s’est vanté de pouvoir agresser sexuellement les femmes: il devrait perdre le vote des femmes le 8 novembre. Les sondages lui donnent un déficit de 17 points sur Hillary Clinton. Selon le Rope Center for Public Opinion Research de l’Université Cornell, les femmes plébiscitent généralement le candidat démocrate, mais l’écart s’est encore creusé cette année. En 2008 et 2012, Barack Obama avait gagné le vote des femmes de 13 et 11 points.

Jessie Oliver, une actrice qui vit à Chicago, est convaincue de la mobilisation des Américaines pour Hillary Clinton. Elle fait partie des instigatrices d’un mouvement baptisé «Pantsuits to the polls» (en tailleurs-pantalons aux urnes), en référence à la tenue de prédilection de l’ancienne secrétaire d’Etat. «J’étais tellement révoltée par les propos de Donald Trump sur les femmes, explique-t-elle, que je me suis dit qu’il fallait que nous, les femmes, affichions notre rejet de Donald Trump. Nous n’avons pas le droit de porter des habits à l’effigie d’un candidat lorsque nous votons, mais rien ne nous empêche de voter en tailleur-pantalon.» Le mouvement a fait boule de neige sur les médias sociaux et reflète une mobilisation accrue des femmes. En Floride et en Caroline du Nord, davantage de femmes ont voté de manière anticipée qu’en 2012. Et elles représentent 60% du vote anticipé démocrate en Floride.

Le vote noir, souci de Clinton

Depuis plusieurs semaines, Donald Trump tente de faire illusion auprès de l’électorat afro-américain en affirmant aux Noirs qu’ils n’ont «rien à perdre» en votant pour lui. Le candidat républicain essaie de grappiller des voix qui pourraient faire la différence dans une élection serrée. Jeudi, Hillary Clinton s’est d’ailleurs rendue en Caroline du Nord avec un message destiné à toucher un électorat afro-américain, dont la mobilisation est pour l’instant en baisse de 4,8% par rapport à 2012. A noter néanmoins que ce recul reflète en partie la décision de certains comtés de Caroline du Nord de réduire le nombre de bureaux pour le vote anticipé.

Barack Obama se démène lui aussi pour mobiliser l’électorat noir. Il était jeudi en Floride et vendredi en Caroline du Nord. Il clôturera la campagne ce lundi soir avec son épouse Michelle et Hillary Clinton à Philadelphie, une ville dans laquelle une forte mobilisation des électeurs afro-américains sera déterminante pour permettre à la candidate démocrate de gagner la Pennsylvanie. L’impact de Barack Obama a été immédiat en Floride. Jeudi, un nombre record d’Afro-Américains ont voté dans cet Etat et leur taux de participation est désormais en hausse de 22%, selon Marlon Marshall.

Les Swing States

On ne les appelle pas Swing States ou Etats clés pour rien. Le 8 novembre, les Etats qui balancent traditionnellement entre démocrates et républicains – la Floride, la Caroline du Nord, la Virginie, la Pennsylvanie, le New Hampshire, l’Ohio, l’Iowa, le Colorado et le Nevada – joueront de nouveau un rôle décisif dans l’accession à la Maison-Blanche. Donald Trump doit réaliser un quasi-sans-faute dans les Swing States pour atteindre la majorité des 270 grands électeurs nécessaires pour décrocher la Maison-Blanche. Hillary Clinton peut s’appuyer sur une vaste infrastructure pour mobiliser les électeurs dans ces Etats clés. Dans le Colorado et en Virginie, selon les données disponibles sur le vote anticipé, elle fait la course en tête. Mais Donald Trump peut aussi s’appuyer sur un vote anticipé des électeurs républicains en hausse dans les Etats clés.

Un candidat lâché par les élites

Quelle que soit l’issue de l’élection présidentielle américaine le 8 novembre, la capacité de Donald Trump à rester compétitif malgré ses propos sexistes, ses mensonges et ses insultes restera le mystère de cette campagne. Surtout que le candidat républicain y est parvenu sans le soutien des cadres de son parti. Le camp Trump parie sur une mobilisation en masse de l’électorat blanc, touché de plein fouet par les délocalisations et motivé aussi bien par son rejet de Hillary Clinton que par son dégoût des élites républicaines. Un sondage réalisé par Target Smart et William Mary University et publié le 1er novembre affirme que 27% des électeurs qui s’identifient comme républicains ont voté pour Hillary Clinton. Il est peu probable que l’on observe une telle proportion mardi, mais le rejet de Donald Trump par les cadres républicains pourrait avoir un prix pour le candidat demain. «Si Trump perd d’un cheveu, il y aura des gens fous de rage vis-à-vis des cadres élitistes du parti, qui ont préféré donner le pays à Hillary que de faire élire Donald Trump», a prévenu Trent Franks, un représentant républicain d’Arizona, dans une interview accordée à Bloomberg. (24 heures)

Créé: 07.11.2016, 07h00

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