Une tuerie antipoliciers dans l’Amérique déchirée

Horreur à DallasL’un des snipers, avant d’être tué par un robot télécommandé, a revendiqué une attaque ciblant des officiers blancs, en marge d’une manif contre les meurtres racistes des forces de l’ordre.

L’un des suspects, retranché au deuxième étage d’un parking, échange des tirs avec les forces de l’ordre qui tentent de le convaincre de se rendre. Il est alors près de minuit

L’un des suspects, retranché au deuxième étage d’un parking, échange des tirs avec les forces de l’ordre qui tentent de le convaincre de se rendre. Il est alors près de minuit Image: AP

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Des bougies posées à même le sol, sur un trottoir du centre-ville. Devant le QG de la police, des roses blanches. Et un ourson en peluche. Partout, les drapeaux en berne. Dallas se réveille incrédule, sonnée, après une nuit d’horreur. Cinq policiers ont en effet été abattus par des snipers, tard jeudi soir, en plein cœur de la capitale texane. Six autres ont été blessés, ainsi qu’un civil.

Les tireurs embusqués ont ouvert le feu vers 21 h, ciblant les forces de l’ordre postées sur le parcours d’une manifestation antiraciste. La nuit venait de tomber et quelque 800 personnes défilaient pacifiquement, protestant contre la mort ces derniers jours de deux Noirs, abattus à bout portant par des agents de police, d’abord en Louisiane, puis dans le Minnesota. Une centaine de policiers surveillaient, craignant sans doute des débordements, voire des émeutes, comme celles de l’an dernier à Baltimore ou de 2014 à Ferguson. Jeudi soir, des marches étaient organisées à travers tout le pays, de New York à Los Angeles, en passant par Washington ou encore Chicago.

En quelques secondes, tout bascule. Le soudain déluge de coups de feu met en fuite des centaines de manifestants terrifiés. «Il y avait là des Noirs, des Blancs, des Latinos, tout le monde. Et il y a eu les coups de feu sortis de nulle part. C’était le chaos total, c’est complètement fou!» a relaté un témoin. Malgré tout, certains réalisent très vite que les forces de l’ordre sont la cible. «Je vois les officiers se faire tirer dessus, comme ça, devant tout le monde», raconte Cortney Washington au micro d’une antenne locale de NBC News.

Un vétéran du conflit afghan

Selon la police, au moins quatre suspects se seraient coordonnés pour mener à bien cette attaque au fusil dans le district de Main Street, sur la fin du parcours prévu par la manifestation antiraciste. Deux snipers étaient apparemment positionnés en hauteur, dans des bâtiments, formant avec une troisième une triangulation, afin d’attaquer les policiers sous tous les angles. «Certains ont reçu une balle dans le dos», note le chef de la police, David Brown. Visiblement, «ils avaient prévu de blesser et de tuer autant d’officiers que possible».

Sur une vidéo amateur diffusée par CNN, on voit un tueur sur le trottoir débusquant puis tuant un policier qui se cachait derrière une colonne. «C’était une exécution, franchement. Alors qu’il était déjà à terre, l’homme a encore tiré sur lui trois ou quatre fois», témoigne Ismael DeJesus, qui filmait depuis son hôtel.

La fusillade semble durer une éternité, se poursuivant dans la nuit. L’un des suspects, retranché au deuxième étage d’un parking, près du centre universitaire El Centro, échange des tirs avec les forces de l’ordre qui tentent de le convaincre de se rendre. Il est alors près de minuit. Mais vers 2 h 30 du matin, les négociations sont un échec. Le suspect sera tué par les forces d’élite grâce à un robot télécommandé porteur d’une bombe. D’après les médias étasuniens, il s’agissait d’un certain Micah Johnson, 25 ans, un jeune homme noir vivant à Mesquite, en banlieue de Dallas. Selon le Pentagone, il avait combattu dans l’armée américaine en Afghanistan.

«Le suspect a dit qu’il voulait tuer des Blancs, en particulier des policiers blancs», a annoncé le chef de la police locale, David Brown, Noir lui aussi. «Il a dit à nos négociateurs que la fin était proche et qu’il allait blesser et tuer davantage d’entre nous, et qu’il y avait des bombes un peu partout dans le garage et au centre-ville.» Le cœur de Dallas, neuvième ville des Etats-Unis, a été bouclé, la police cherchant à écarter toute présence d’explosifs, en attendant l’arrivée en renfort d’agents fédéraux du FBI.

Le tireur abattu dans le parking avait assuré qu’il n’était affilié à aucun groupuscule, qu’il agissait seul. Trois autres suspects ont néanmoins été arrêtés et placés en détention: une femme qui se trouvait dans la même partie du parking que lui, ainsi que deux hommes capturés après avoir été repérés sur Lamar Street, une rue perpendiculaire, portant un sac en tissu camouflage et sautant dans une Mercedes noire avant de partir sur les chapeaux de roue. «Nous ne sommes malheureusement pas sûrs d’avoir arrêté tous les suspects», a encore ajouté le chef de la police, visiblement ébranlé. L’enquête ne fait que commencer.

Contrôler enfin les armes à feu

«Nous sommes horrifiés par ces événements et unis avec la population et la police de Dallas» après cette «attaque vicieuse, calculée et méprisable», a déclaré hier Barack Obama depuis Varsovie, en Pologne, où il participe au sommet de l’OTAN. La veille, il venait de dénoncer la mort de deux Noirs abattus par des officiers de police. Mais l’heure est désormais à la solidarité avec «les hommes et les femmes en bleu». Concernant les assaillants, «nous en saurons plus, sans aucun doute, sur leurs motivations perverses, mais soyons clairs: il n’y a pas de justification possible pour ce genre d’attaque ou pour n’importe quelle violence contre les forces de l’ordre», a martelé le président. «Justice sera faite.»

Cela dit, a-t-il poursuivi, «nous savons aussi que quand des gens disposent d’armes puissantes, cela débouche malheureusement sur des attaques plus meurtrières et tragiques, comme celle-ci». Une critique évidente contre le Congrès, qui ne parvient pas à légiférer sur le contrôle des armes à feu. Pour leur part, les deux candidats à l’élection présidentielle, Hillary Clinton et Donald Trump, ont annulé leurs meetings de campagne et offert leurs condoléances aux familles. La Maison-Blanche a annoncé que les drapeaux seront mis en berne jusqu’à mardi à travers tout le pays.

Créé: 08.07.2016, 20h31

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Des vidéos qui ont choqué les Etats-Unis

La tuerie de Dallas s’est produite en marge d’une manifestation pacifique contre les violences policières visant les Noirs. Deux Afro-Américains ont en effet été abattus mardi et mercredi par des agents des forces de sécurité, en Louisiane et au Minnesota. Les vidéos de leur mort, diffusées sur Internet, ont choqué les Etats-Unis, où des mobilisations de protestation ont eu lieu dans de nombreuses villes. Le président Barack Obama s’est lui-même dit «profondément troublé» par ces cas qui ne sont «pas des incidents isolés» et qui symbolisent un «grave problème», selon ses propres mots.
Les violences policières à répétition contre des Noirs sont dénoncées depuis plusieurs années déjà. Tout comme l’impunité dont bénéficient souvent les auteurs de ces actes. Le sentiment de profonde injustice est d’autant plus grand quand des images sont diffusées et permettent à tout un chacun de constater les abus policiers.

C’est généralement dans ces cas que le stade de l’indignation est parfois dépassé pour verser dans l’explosion de colère. Violente et destructrice. C’était déjà arrivé au début des années 90 avec l’affaire Rodney King – plus de 50?personnes étaient mortes pendant les émeutes de Los Angeles – et plus récemment à Baltimore.

L’apparition des smartphones et la diffusion massive des vidéos amateurs que permettent Internet et les réseaux sociaux ont amplifié ce phénomène, en permettant une dénonciation à large échelle des injustices.

Les smartphones offrent en effet aux témoins des scènes de violence et aux défenseurs des droits humains une nouvelle arme pour faire connaître la réalité de l’attitude de certains policiers lorsqu’ils interpellent des Afro-Américains.

Diamond Reynolds, qui mercredi a filmé et diffusé en direct sur Facebook une vidéo alors que son compagnon, Philando Castile, agonisait à ses côtés après s’être fait tirer dessus par un policier, l’a expliqué quelques heures plus tard. «Je ne l’ai pas fait pour la pitié. Je ne l’ai pas fait pour la célébrité. Je l’ai fait pour que le monde sache que la police n’est pas là pour nous protéger et nous servir. Elle est là pour nous tuer. Parce que nous sommes Noirs», a-t-elle lancé.

Le gouverneur du Minnesota, Mark Dayton, qui est Blanc, a lui aussi pointé du doigt le problème racial en se référant à la mort de Philando Castile. «Est-ce que ceci serait arrivé s’ils étaient Blancs? Je ne le crois pas. Nous sommes obligés d’affronter le fait que ce type de racisme existe.» G.K.




























































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