Le tueur de Christchurch se pose en disciple de Breivik

Nouvelle-ZélandeL’Australien de 28 ans s’affirme dans un manifeste comme un justicier blanc investi d’une mission.

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L’assaillant a diffusé en direct sur internet les images de ses attaques, passant de victime en victime, tirant à bout portant sur les blessés. Ses armes étaient recouvertes d’inscriptions faisant référence à des personnages ayant tué des musulmans, de Charles Martel à Alexandre Bissonnette…

Vidéo L’assaillant a diffusé en direct sur internet les images de ses attaques, passant de victime en victime, tirant à bout portant sur les blessés. Ses armes étaient recouvertes d’inscriptions faisant référence à des personnages ayant tué des musulmans, de Charles Martel à Alexandre Bissonnette… Image: DR

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Une vidéo de dix-sept minutes filmée grâce à une caméra placée sur le casque du suprémaciste blanc capture les images tragiques de l’entrée dans le bâtiment et des tirs en rafale à travers les corridors et les pièces d’une des deux mosquées attaquées vendredi à l’heure de la prière à Christchurch, en Nouvelle-Zélande. Un individu se serait chargé de la diffusion de cette séquence sur la Toile. Alerté par la police, Twitter a supprimé le compte qui diffusait le lien renvoyant vers cette vidéo, suivi par Facebook, Instagram et Reddit. Reste que quelques chaînes de télévision, dont Sky News Australia et Ten Daily, ont laissé certaines images tourner pendant plusieurs heures. Le terroriste a compté sur les réseaux sociaux pour obtenir un maximum de couverture avec l’intention, clame-t-il, de faire croître la terreur dans les populations musulmanes autour de la planète.

Coach sans histoire

Australien de 28 ans, il était entraîneur personnel dans un fitness de Grafton, sa petite ville natale de Nouvelle-Galles du Sud. Il est décrit par son ex-directrice comme un sportif engagé, notamment dans l’encadrement bénévole des enfants. «Ses voyages à l’étranger ont dû le changer», tente d’expliquer son ancien employeur. Dans un manifeste de 74 pages intitulé «Le grand remplacement», en référence à la théorie du Français Renaud Camus, il déclare en effet avoir décidé de fomenter «un attentat violent» en 2017, «en voyageant en tant que touriste en Europe de l’Ouest, en France, en Espagne, au Portugal et ailleurs». La «goutte d’eau qui fait déborder le vase» fut sa visite de la France, où, dit-il, «dans chaque village, les envahisseurs étaient là». Cela n’empêche pas la communauté de Grafton d’être sous le choc, ne pouvant pas se représenter ce jeune homme poli du voisinage en terroriste, selon la chaîne Sky News.

Même s’il répète ne pas vouloir chercher une gloire personnelle, il s’identifie tout de même à d’autres tueurs de masse qui ont agi en solo, comme le Norvégien Anders Behring Breivik (tuerie d’Utøya, en juillet 2011), qu’il aurait rencontré brièvement, ou l’Américain Dylann Roof (tuerie de Charleston, en juin 2015). Ses armes et ses chargeurs étaient d’ailleurs recouverts d’inscriptions faisant référence à des figures comme Alexandre Bissonnette, l’auteur de l’attentat contre la grande mosquée de Québec en janvier 2017, Luca Traini, le néonazi italien auteur d’une fusillade raciste contre des Africains en février 2018, Sebastiano Venier, le 86e doge de Venise, un des acteurs de la bataille de Lépante contre les Ottomans en 1571, ou encore Charles Martel, le vainqueur de la bataille de Poitiers contre le califat omeyyade en 732. Il ne revendique pourtant pas d’appartenance à un groupe extrémiste, ce qui expliquerait le fait qu’il ait échappé à la surveillance des agents du contre-terrorisme.

L’extinction des Blancs

Son discours idéologique nourrit son manifeste «Le grand remplacement», publié sur internet. L’Australien y place son autobiographie, se dépeignant comme un «homme blanc ordinaire d’une famille modeste normale» qui n’a eu que peu d’intérêt pour les études. Il déploie son intolérance, sa haine et développe sa crainte de l’extinction des Blancs. Pour combattre cette menace supposée, il prescrit l’établissement du règne de la terreur dans les populations musulmanes tout en assurant le futur des enfants blancs. Dans cette idéologie, il revêt l’armure du justicier. Il se serait investi de cette mission à la suite du décès d’Ebba, l’enfant de 11 ans tuée dans l’attaque de Stockholm en 2017. Il ne déclare aucun remords. Dans le document, il annonce que s’il s’en sort vivant, il plaidera non coupable. C’est là une autre expression de son admiration pour Breivik, qui avait adopté cette réponse. Le document de l’inculpé circule maintenant sur les forums des mouvements d’extrême droite, où ses actions sont célébrées. C’était là son ambition: publier un ouvrage de référence.

Il s’agit d’un «cas classique de terrorisme d’extrême droite», commente l’analyste des risques géopolitiques Paul Buchanan, un citoyen américain résidant en Nouvelle-Zélande. «Le mouvement de violence est en croissance en Australie», relève quant à lui l’ancien commissaire à la discrimination raciale australien Tim Soutphommasane dans les pages du «Sydney Morning Herald»: «Il est inquiétant d’observer que ces fanatiques ne confinent plus leurs activités dans la clandestinité, mais se montrent à visage découvert.»

Même si l’Australie n’a encore jamais connu une telle violence terroriste, les incidents deviennent en effet visibles. En janvier, des manifestants des mouvements ultranationalistes et antiracistes avaient dû être séparés par la police sur la plage populaire de Saint-Kilda, à Melbourne. À cette occasion, des images de gestes néonazis filmés sur place avaient circulé sur le Net, avec la complicité du sénateur australien indépendant Fraser Anning. Vendredi, une fois encore, ce sénateur s’est distingué en attribuant le drame de Christchurch à l’augmentation de l’immigration musulmane. Simultanément, une élue écologiste musulmane australienne, Mehreen Faruqi, a déclaré: «Il y a pour moi un lien évident entre la politique de la haine et la violence de Christchurch, conséquence de l’islamophobie qui a été normalisée et légitimée dans les médias et le milieu politique.»

Les musulmans représentent un peu plus de 1% de la population néo-zélandaise, selon le recensement effectué en 2013. La Nouvelle-Zélande, qui s’enorgueillit d’être un endroit sûr et un pays accueillant, ne recense qu’une cinquantaine de meurtres par an. Les tueries de masse y sont rarissimes.

(24 heures)

Créé: 15.03.2019, 21h51

Au moins 49 morts

La première ministre néo-zélandaise, Jacinda Ardern, a décrit l’une des «journées les plus sombres» jamais vécues par la Nouvelle-Zélande, pays réputé paisible. Qualifiant de «terroriste» l’attentat perpétré contre deux mosquées de Christchurch vendredi à l’heure de la prière, qui a tué 49 fidèles et blessé des dizaines d’autres, selon les derniers bilans, elle a souligné qu’il était aussi le plus meurtrier contre des musulmans dans un pays occidental.
L’assaillant, un Australien de 28 ans, a été arrêté et inculpé de meurtres. Deux autres personnes ont également été arrêtées.
Le terrible bilan est largement lié au fait que le tireur était équipé de fusils d’assaut semi-automatiques. Sur la vidéo publiée par l’auteur du carnage, on le voit faire feu sur ses victimes à cadence rapide, tirant probablement des centaines de balles. La police n’a pas dévoilé la marque de ses armes, qu’il a recouvertes d’inscriptions néonazies ou faisant référence à des personnages ayant tué des musulmans.
L’attentat a suscité une vague de condamnations internationales, du pape à la reine Elizabeth II, de Donald Trump au président turc Recep Tayyip Erdogan… Réd.

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