La Turquie pousse ses pions dans le conflit libyen

Afrique du NordLa présidence turque a transmis au Parlement pour examen une motion autorisant le déploiement de militaires en Libye.

La Turquie va-t-elle s'engager dans le bourbier libyen?

La Turquie va-t-elle s'engager dans le bourbier libyen? Image: Keystone

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Les accords signés entre Ankara et le gouvernement d'union nationale (GNA) de Tripoli marquent une escalade dans le conflit libyen, a regretté lundi l'émissaire de l'ONU en Libye, Ghassan Salamé. La présidence turque a transmis au Parlement pour examen une motion autorisant le déploiement de militaires en Libye.

«Il s'agit d'une nette escalade du conflit», a-t-il estimé dans un entretien avec le quotidien français «Le Monde». La Libye est déchirée entre deux pouvoirs rivaux: le GNA de Fayez al-Sarraj, soutenu par l'ONU et, dans l'est, un pouvoir incarné par le maréchal Khalifa Haftar, qui a lancé début avril une offensive pour conquérir Tripoli, où est basé le GNA.

Le maréchal Haftar est soutenu par plusieurs pays, dont l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et l'Egypte, trois rivaux régionaux d'Ankara.

Coopération militaire

Le 27 novembre, Ankara a signé deux accords avec le GNA. L'un porte sur la souveraineté maritime, qui permet à la Turquie de faire valoir des droits sur des vastes zones en Méditerranée orientale riches en hydrocarbures, au grand dam de la Grèce, de l'Egypte, de Chypre et d'Israël.

Le deuxième accord porte sur la coopération militaire et l'aide que la Turquie pourrait apporter au GNA dans sa lutte contre les troupes du maréchal Haftar, soutenues pour leur part par l'Egypte, les Emirats arabes unis et la Russie. Pour M. Salamé, ces deux accords marquent «une escalade dans le conflit en l'étendant à des zones éloignées de la Libye, notamment le contentieux entre les Grecs et les Turcs sur la délimitation maritime».

L'émissaire de l'ONU a regretté «l'internationalisation du conflit, son extension territoriale, notamment au niveau maritime, et aussi l'escalade militaire proprement dite». «On a vu l'arrivée et l'activité beaucoup plus intense d'une aviation non libyenne. Nous voyons aussi des mercenaires de plusieurs nationalités -dont les Russes- venir soutenir les troupes de Haftar à Tripoli», a dit M. Salamé.

Et, assure-t-il, il est aussi question de «groupes arabophones, probablement venant de Syrie, qui seraient déployés du côté du GNA, ainsi que de l'arrivée de plusieurs avions depuis la Syrie à l'aéroport de Benghazi», fief du maréchal Haftar.

Motion pour autoriser le déploiement

Lundi, la présidence turque a transmis au Parlement pour examen une motion autorisant le déploiement de militaires en Libye pour y soutenir le GNA. M. Salamé s'est dit «déçu, blessé qu'après neuf mois de combats à Tripoli, nous n'ayons toujours pas de résolution du Conseil de sécurité appelant à un cessez-le-feu».

«Nous sommes face à une situation extrêmement dangereuse où la crédibilité de l'ONU est en jeu», a-t-il affirmé, accusant des pays membres du Conseil de sécurité de violer l'embargo imposé par l'ONU en Libye depuis 2011.

Les présidents français Emmanuel Macron et égyptien Abdel Fattah al-Sissi ont aussi évoqué lundi par téléphone «les risques d'une escalade militaire» en Libye. Ils ont appelé «l'ensemble des acteurs (...) à la plus grande retenue», selon la présidence française. (ats/nxp)

Créé: 30.12.2019, 17h47

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