«La Turquie renvoie de force des réfugiés en Syrie»

Guerre civileSelon Amnesty International, des milliers de Syriens ont été ramenés dans leur pays en guerre, dont des enfants.

Image: ARIS MESSINIS/AFP

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La Turquie renvoie illégalement des milliers de Syriens dans des zones de guerre, accuse Amnesty International dans un rapport publié vendredi. «Les réfugiés sont rassemblés par groupe de 100 personnes. Ils sont embarqués dans des bus affrétés pour l’occasion et sont ensuite transportés de l’autre côté de la frontière. Ces convois sont presque quotidiens depuis la mi-janvier, et ils concernent des hommes, des femmes et des enfants», précise Cyrielle Huguenot, responsable des questions migratoires de la section suisse de l’ONG de défense des droits humains.

Le Ministère turc des affaires étrangères a rejeté ces affirmations, assurant à l’agence Reuters que la Turquie, qui a accueilli 2,7 millions de réfugiés syriens depuis le début du conflit en 2011, n’en a jamais renvoyé dans leur pays d’origine contre leur volonté.

Nombreux témoignages

Les récits sont pourtant abondants et concordants, affirme Amnesty. «Au cours d’une mission sur le terrain, dans le sud de la Turquie, nous avons recueilli de nombreux témoignages concernant l’arrestation et le renvoi de Syriens, qui sont détenus peu après avoir réussi à traverser la frontière ou parfois simplement lorsqu’ils n’ont pas leurs papiers sur eux», insiste Cyrielle Huguenot. «On nous a même rapporté le cas de deux frères qui ont été ramenés en Syrie avec leurs neveux de 9 et 11 ans, ainsi que le cas d’une femme enceinte de 8 mois.»

La Turquie, pas un pays sûr

Des renvois illégaux de Syriens avaient déjà été dénoncés en janvier par la BBC. Le média britannique avait également révélé que des réfugiés ramenés manu militari en Syrie avaient été forcés pendant leur transfert de signer des documents prétendants qu’ils étaient retournés volontairement dans leur pays.

Pour Amnesty International, ces refoulements prouvent que les réfugiés Syriens ne sont pas en sécurité en Turquie. Or, la Grèce doit commencer lundi 4 avril à renvoyer vers ce pays des migrants qui ont tenté de rejoindre l’Union européenne en traversant la mer Egée, y compris de très nombreux Syriens ayant fui la guerre civile et les exactions du groupe Etat islamique (Daech). Ceci dans le cadre d’un accord signé le 18 mars par Ankara et l’UE.

«Dans leur hâte désespérée de bloquer leurs frontières, les dirigeants de l’UE ont volontairement ignoré le plus simple des faits: la Turquie n’est pas un pays sûr pour les réfugiés syriens et devient de moins en moins sûre chaque jour. Les retours à large échelle de réfugiés syriens (…) soulignent les failles terribles de l’accord UE-Turquie», a déclaré John Dalhuisen, le directeur d’Amnesty pour l’Europe.

L’accord signé il y a près de quinze jours permet le renvoi en Turquie de toute personne arrivée irrégulièrement en Grèce après le 20 mars, avec en contrepartie la «réinstallation» dans l’UE depuis la Turquie d’un Syrien pour chaque compatriote renvoyé, dans la limite maximale de 72 000 places.

Créé: 01.04.2016, 20h36

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