À Üsküdar, les partisans d’Erdogan ne doutent pas

TurquieDans ce quartier d’Istanbul acquis au président, le double scrutin de dimanche (présidentiel et législatif) est attendu avec sérénité.

Longtemps annoncée comme acquise dès le premier tour, la victoire du président sortant, Recep Tayyip Erdogan, à la présidentielle de dimanche ne sera peut-être pas aussi facile.

Longtemps annoncée comme acquise dès le premier tour, la victoire du président sortant, Recep Tayyip Erdogan, à la présidentielle de dimanche ne sera peut-être pas aussi facile. Image: Keystone

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Derniers jours de campagne pour la section locale du Parti de la Justice et du Développement (AKP) à Üsküdar avant le double scrutin – présidentiel et législatif – de dimanche. Dans ce quartier de la rive asiatique d’Istanbul, la formation islamo-conservatrice, fondée par Recep Tayyip Erdogan, enchaîne les succès électoraux depuis 2002. Une terre conservatrice où le leader turc et sa famille ont d’ailleurs élu domicile depuis plusieurs années.

C’est donc l’esprit serein qu’Osman Kaysi, chef local de l’AKP, avale son petit-déjeuner avant d’aller faire un peu de porte-à-porte dans les alentours. «Nous ne sommes vraiment pas inquiets. Quand on défend un tel produit, on ne s’en fait pas», sourit l’homme, assis devant un portrait du «Reis».

À quelques jours du vote, celui qui gouverne le pays depuis maintenant quinze ans est donné largement en tête dans les intentions de vote. Mais cette campagne n’a pas été de tout repos. Dans un climat économique délétère, moins galvanisé et rassembleur qu’à l’ordinaire, Erdogan a semblé usé par l’exercice. Se faisant même voler la vedette par son principal rival, Muharrem Ince, candidat du CHP (centre gauche), le premier parti d’opposition du pays.

Possible second tour

Plusieurs sondages donnent le président sortant forcé de disputer un second tour. Interrogés sur cette baisse de régime, les partisans du chef de l’État balaient les critiques: «On ne regarde pas ce que font les autres. Tout ce qui nous importe, c’est la victoire de Recep Tayyip Erdogan (…) Et il sera réélu dès le premier tour, si Dieu le veut», se persuade Osman Kaysi.

À Üsküdar, comme dans le reste de la Turquie, chaque carrefour a vu pousser les longues lianes de fanions aux couleurs de l’AKP. Un peu partout, de larges portraits du leader turc, le visage apaisé, sont hissés au-dessus des rues. «Il a tout fait pour la Turquie. Il nous a tout donné, des aéroports, des routes, des universités», s’exclame Hüseyin, tapissier de 57 ans. «Un président bâtisseur», à qui le quartier doit notamment la titanesque mosquée de Çamlica, le plus grand édifice religieux du pays, qui trône aujourd’hui sur les hauteurs d’Üsküdar.

Alors, pour s’assurer le soutien de ces électeurs conservateurs, Erdogan n’a pas hésité à jouer une fois de plus la carte de la «peur du changement». Le message semble avoir été entendu: «Notre destin est lié au sien. On a peur de perdre tout ce qu’il nous a donné si l’opposition arrive au pouvoir. Ce sera le chaos en Turquie», s’inquiète ainsi l’artisan.

Pour le prochain scrutin, Üsküdar sera surveillé de près par le pouvoir. Car en avril 2017, lors du référendum sur le changement constitutionnel, emporté d’une courte tête par l’Exécutif, le quartier a voté non, à la surprise générale. Un cinglant camouflet pour le leader turc dans ce quartier que beaucoup voient comme un «miroir de la Turquie», reflet de ses diversités sociales et de ses humeurs politiques. «C’est nécessaire parfois, pour rappeler au président qu’il ne peut pas diriger le pays tout seul», estime Baki, garagiste et fervent partisan du «Reis».

L’opposition optimiste

L’opposition d’Üsküdar, elle, veut y voir plus qu’un revers électoral et croit à un changement profond. Près des embarcadères sur le Bosphore, Buse*, 41 ans, un élégant voile noué autour de la tête, distribue des tracts électoraux à toute vitesse à des passants pressés. Longtemps électrice de l’AKP, elle a depuis trois mois rejoint les rangs du Bon Parti (BP), une formation ultranationaliste fondée en automne par Meral Aksener, ancienne ministre de l’Intérieur et candidate à la présidentielle. «À cause d’Erdogan, le pays va de mal en pis. La répression est permanente. L’économie est au plus mal. Nos relations avec les autres pays sont très compliquées», explique-t-elle. Autre élément de grogne, de plus en plus perceptible en Turquie: les 4 millions de Syriens qui vivent ici. «C’est une charge trop lourde pour le pays», s’inquiète Buse.

Pour les législatives, son nouveau parti d’adoption se présente au sein d’une alliance d’opposition hétéroclite réunissant notamment les kémalistes du CHP ainsi que le Parti de la Félicité, une formation islamiste issue du même mouvement idéologique que l’AKP. Une coalition qui veut «ratisser large» et espère notamment convaincre d’autres électeurs comme Buse, les déçus du règne sans partage de l’AKP et de son chef de file sur la scène politique turque.

*prénom modifié

Créé: 21.06.2018, 21h21

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