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Les USA vont retirer leurs troupes de Syrie

Les Etats-Unis ont officiellement 2000 soldats déployés dans le nord de la Syrie. Washington veut les rappeler.

La défense aérienne syrienne a fait face à des missiles israéliens dans le Sud et le Centre de la Syrie. (Jeudi 5 mars 2020)
La défense aérienne syrienne a fait face à des missiles israéliens dans le Sud et le Centre de la Syrie. (Jeudi 5 mars 2020)
AFP
Les frappes russes ont notamment touché le village de Qaminas, au sud de la ville d'Idleb. (Lundi 24 février 2020)
Les frappes russes ont notamment touché le village de Qaminas, au sud de la ville d'Idleb. (Lundi 24 février 2020)
AFP
De Londres, la première ministre britannique Theresa May a affirmé qu'il n'y avait «pas d'alternative à l'usage de la force», assurant que «tous les recours diplomatiques» avaient été explorés, en vain.
De Londres, la première ministre britannique Theresa May a affirmé qu'il n'y avait «pas d'alternative à l'usage de la force», assurant que «tous les recours diplomatiques» avaient été explorés, en vain.
Keystone
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Le président des Etats-Unis Donald Trump a ordonné mercredi le retrait des troupes américaines stationnées en Syrie, suscitant une levée de boucliers dans son propre camp et des interrogations sur sa stratégie à moyen terme dans cette région du monde.

«Maintenant, nous avons gagné, il est temps de rentrer», a lancé le locataire de la Maison Blanche dans une courte vidéo postée sur son compte Twitter. «Nos garçons, nos jeunes femmes, nos hommes, ils rentrent tous, et ils rentrent tous maintenant», a-t-il ajouté. «Nous nous battons depuis longtemps en Syrie. Je suis président depuis presque deux ans et nous sommes vraiment passés à la vitesse supérieure et nous avons gagné contre le groupe Etat islamique», a-t-il encore dit.

«Nous les avons battus et nous les avons bien battus. Nous avons repris les terres. Et maintenant, il est temps que nos troupes rentrent à maison», a-t-il martelé, évoquant la tristesse que représente à chaque fois pour lui le fait d'écrire à des parents ou un conjoint lorsqu'un soldat est mort au combat.

L'annonce de cette décision aux conséquences géopolitiques majeures avait été auparavant faite par un tweet laconique de 16 mots, dans une certaine confusion, renforçant l'image d'un président isolé sur ce dossier au sein de son administration.

Quelque 2000 soldats américains sont actuellement déployés dans le nord de la Syrie, essentiellement des forces spéciales présentes pour combattre le groupe Etat islamique et entraîner les forces locales dans les zones reprises aux djihadistes .

Maison Blanche et Pentagone se renvoient la balle

Quel est le calendrier de redéploiement? Pourquoi cette décision intervient-elle maintenant? A-t-elle fait l'objet d'une coordination avec les alliés des Etats-Unis? Toute la journée, la Maison Blanche et le Pentagone se sont renvoyés la balle, sans fournir le moindre chiffre ni la moindre date.

«Nous avons vaincu le groupe Etat islamique en Syrie, la seule raison pour moi pour laquelle nous étions présents pendant la présidence Trump», a écrit le président américain, qui a plusieurs fois exprimé le souhait de «ramener les troupes à la maison». «C'est un retrait total» qui interviendra aussi rapidement que possible, a indiqué mercredi à l'AFP un responsable américain sous couvert d'anonymat.

Ces derniers mois, de hauts responsables militaires américains ont multiplié les mises en garde contre un retrait précipité qui laisserait la voie libre en Syrie aux alliés du régime de Bachar el-Assad, à savoir la Russie, grande rivale des Etats-Unis, et l'Iran, véritable bête noire de l'administration Trump.

«La campagne contre l'EI n'est pas terminée», s'est borné à souligner le Pentagone, affirmant qu'il ne fournirait aucun détail pour des raisons de sécurité. Aucune information n'a été communiquée concernant l'impact de cette décision sur la campagne de frappes aériennes menées en Syrie depuis fin 2014.

«Trahison» pour les Kurdes

Cette annonce pourrait placer dans une situation très difficile la milice kurde YPG, qui se bat avec l'appui de Washington contre les djihadistes du groupe EI dans le nord de la Syrie. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a une nouvelle fois menacé lundi de «se débarrasser» de cette milice si son parrain américain ne la contraignait pas à s'en retirer.

Ankara considère cette dernière comme une organisation «terroriste» liée au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui livre une sanglante guérilla sur le sol turc depuis 1984.

Pour Rafee Ismail, commerçant dans la ville kurde de Qamishli (nord-est de la Syrie), le retrait américain est «une trahison des principes humanitaires». Elle est «en contradiction frontale avec les engagements de Washington (...) de protéger le peuple kurde qui a tant sacrifié pour lutter contre le terrorisme».

Israël «saura se défendre»

Les Etats-Unis ont par ailleurs approuvé mercredi la vente de leur système de missiles antimissiles Patriot à la Turquie pour un montant total de 3,5 milliards de dollars.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré qu'Israël, informé par avance par les Etats-Unis, allait étudier les retombées d'un retrait américain de Syrie mais «saurait se défendre» contre les éventuelles menaces venues de chez son voisin.

Israël a mené des dizaines de frappes en Syrie depuis le déclenchement de la guerre dans ce pays en 2011, contre des positions du Hezbollah et des intérêts iraniens mais aussi contre des convois d'armes destinés, selon l'Etat hébreu, au mouvement libanais. Le Hezbollah et l'Iran, alliés du régime syrien, sont deux des grands ennemis d'Israël.

Donald Trump l'a martelé sur les estrades de campagne: il estime que l'engagement des Etats-Unis au Moyen-Orient coûte des milliards de dollars qui seraient mieux dépensés au profit du contribuable américain, et qu'il faut laisser d'autres acteurs, notamment les pays arabes du Golfe, faire le travail sur place.

«Enorme erreur»

Mais plusieurs membres de son administration ont exprimé leur net désaccord sur ce dossier sensible. La semaine dernière encore, l'émissaire des Etats-Unis pour la coalition internationale antijihadistes Brett McGurk assurait que les Américains avaient vocation à rester encore pendant un bon moment en Syrie.

«Même si la fin du califat en tant que territoire est maintenant clairement à portée de main, la fin de l'EI prendra beaucoup plus longtemps», avait-il dit devant la presse à Washington, car «il y a des cellules clandestines» et «personne n'est naïf au point de dire qu'elles vont disparaître» du jour au lendemain.

A plusieurs reprises, le ministre américain de la Défense Jim Mattis a lui aussi mis en garde contre un départ précipité de Syrie, évoquant le risque de «laisser un vide qui puisse être exploité par le régime Assad ou ses soutiens».

Dans le camp républicain, nombre d'élus ont vivement regretté cet arbitrage soudain du 45e président des Etats-Unis. «Les généraux du président n'ont pas la moindre idée d'où est venue cette décision», a souligné le sénateur conservateur Ben Sasse dans un communiqué cinglant. «Ils pensent que les grands vainqueurs aujourd'hui sont l'Iran, le groupe EI et le Hezbollah. Les perdants sont Israël, les victimes humanitaires et les services de renseignement américains».

Pour son collègue Marco Rubio, cette décision, prise en dépit de mises en garde «quasi-unanimes» de la part des militaires, est une erreur «qui hantera l'Amérique pendant des années».

(AFP)

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