D’Utoya à Parkland, la danse macabre des «célèbres malgré nous»

Tuerie de ChristchurchLes réseaux sociaux permettent aux tueurs de masse d’atteindre la renommée visée en court-circuitant les filtres des médias traditionnels. Celui de Christchurch ne fait pas exception.

Image: Keystone

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Il y a toujours eu ceux qui connaissent la célébrité malgré eux. L’époque appelle désormais à se protéger des fous souhaitant construire leur renommée malgré nous. Mais grâce à nous.

«Je vous en supplie: entonnez le nom des disparus, plutôt que celui de l’homme qui les a supprimés», a imploré, dans un discours passionné devant le parlement néo-zélandais, la première ministre Jacinda Ardern. Prononcés mardi matin, ces propos font écho à la volonté de l’auteur de la fusillade qui a fait 50 victimes dans une mosquée de Christchurch d’assurer lui-même sa défense lors de son procès. Afin de le transformer en estrade sur laquelle il puisse déclamer ses thèses suprémacistes. «Il aura voulu parvenir à la notoriété, mais la Nouvelle-Zélande ne lui accordera rien, pas même de faire valoir son nom», a prévenu la cheffe du gouvernement.

Se protéger, et peut-être réfréner leur pulsion de mort, appelle désormais à enrayer cette chaîne morbide faite de clics, de likes, de follow et de forward, qui rend rapidement «virales» - le mot ne pourrait être mieux choisi - toutes les vidéos et images choquantes sortant de l’ordinaire. Y compris les images sanglantes, morbides et ô combien trop réelles qui accompagnent désormais chaque meurtre de masse. Catharsis, volonté de communier face à l’horreur? Cette propagation permet surtout d’établir en quelques minutes la célébrité bien souvent recherchée depuis des années par ces meurtriers de masse.

Maîtrisant sur le bout des doigts les principes de diffusion des réseaux sociaux - il est passé par les comptes de figures du mouvement suprémaciste pour une audience maximale de son enregistrement live de la tuerie, en seulement dix-sept minutes - le tueur de Christchurch reproduit la tactique mise à l’œuvre par ses prédécesseurs.

Utoya, 2011 Comment ne pas tracer le parallèle avec l’auteur de la tuerie de masse commise contre un camp de jeunes du Parti travailliste, sur l’îlot d’un lac norvégien il y a huit ans? On y retrouve déjà la même paranoïa suprémaciste étalée dans un manifeste de plusieurs centaines de pages, dont la publicité aurait été, selon le tueur de masse, le motif principal de son attentat.

Toulouse, 2012 L’auteur de 23 ans des tueries de Montauban et de Toulouse, qui sera abattu d’une balle dans la tête, accède aussitôt à une renommée post mortem impressionnante sur le web. Biographie sur Wikipédia, suggestion quasi immédiate du personnage par Google à la seule recherche de son prénom, trentaine de pages web dédiées… Le Ministère de l’intérieur français fait alors fermer certaines pages Facebook qui lui sont consacrées, mais d’autres se multiplient telles des métastases.

Paris, 2015 Alors que l’identité des responsables de la tuerie de «Charlie Hebdo» n’est pas encore connue, des informations concernant les deux frères qui en sont à l’origine commencent à circuler sur les réseaux sociaux: copie d’un avis de recherche, scan de la carte d’identité de l’un d’entre eux. Les éléments tournent rapidement en boucle sur Twitter alors que la chasse à l’homme continue. Le procureur chargé de l’affaire dénoncera cette attitude irresponsable sur les réseaux sociaux, qui aura fait «disparaître tout espoir de surprise». Les deux tueurs seront abattus le lendemain.

Parkland, 2018 «Mon nom est Nik et je serai le prochain à tirer sur une école: mon but est au moins 20 personnes», annonce fièrement l’auteur de l’attaque du lycée de Parkland dans une vidéo enregistrée avec son téléphone juste avant de passer à l’acte. Visant tout ce qui bouge, il laissera derrière lui 17 victimes. Le tueur de19 ans admettra par la suite avoir voulu ainsi accéder à la notoriété. «Quand vous me verrez au journal télévisé, vous saurez tous qui je suis», prévient le jeune homme sur sa vidéo.

Créé: 19.03.2019, 18h31

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