Valls-Hamon, deux visages du socialisme

PrimaireManuel Valls et Benoît Hamon ont des styles et des visions aux antipodes.

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L'un prône une France «forte et juste», l'autre veut «faire battre le coeur de la gauche»: Manuel Valls et Benoît Hamon, qui s'affrontent au second tour de la primaire socialiste dimanche, ont des styles et des visions aux antipodes.

Issus de la même génération, l'ex-Premier ministre, 54 ans, et l'ex-ministre de l'Education, 49 ans, rêvent tous deux de changer le logiciel de la gauche. Mais derrière les mots, leurs projets divergent: l'un représente l'aile droite du PS, l'autre la gauche du parti. Chantre d'une «gauche totale» et innovante face aux «vieilles recettes», Benoît Hamon fait figure de favori face à celui qui incarne le virage libéral du quinquennat du président socialiste sortant François Hollande (2012-2017).

Manuel Valls, Espagnol naturalisé français à 20 ans, oppose à son rival une «gauche de vérité». «Je ne veux pas que lundi il y ait la gueule de bois», a-t-il plaidé, exhortant les électeurs à éviter «l'illusion».

Pour s'imposer, l'ex-Premier ministre, parfois comparé à l'ancien président de droite Nicolas Sarkozy pour son hyperactivité et son caractère ombrageux, cherche la formule qui fait mouche au risque de dramatiser son discours.

Il a expliqué porter une «candidature de révolte» face à la défaite annoncée de son camp à la présidentielle. Lors de ses meetings, il répète à l'envi que «nous sommes en guerre» pour rappeler que la France est sous le régime exceptionnel de l'état d'urgence dans un contexte de forte menace djihadiste, . Le 22 janvier, il avait accueilli sa place de second en affirmant être «un combattant»: «J'aime les débats, j'aime la confrontation (...) et je me battrai jusqu'au bout. Donnez-moi la force», concluait-il devant ses militants.

Son obsession: ne pas «abandonner les Français à leur sort face à l'extrême droite qui détruirait notre pays, ou la droite (...) face à l'Amérique de Donald Trump, la Russie de Vladimir Poutine».

«Petit Ben»

Autre ton pour son rival, que les ténors socialistes surnomment «petit Ben»: «Je défendrai avec simplicité et sobriété mon projet parce qu'il est global, cohérent et qu'il ne vise pas à dire juste: parce que j'ai été Premier ministre, je serai un bon président ». Et d'ajouter à l'adresse de son adversaire: «je ne procède pas par oukases».

Citant volontiers l'avenir de ses deux filles pour expliquer son engagement, Benoît Hamon a fait salle comble pendant la campagne avec un public plutôt jeune, altermondialiste, en quête d'une «autre politique», d'un «vrai socialisme». Il a évoqué lors de son dernier meeting vendredi, avec une pointe d'autodérision, le «costard» qu'il s'était acheté pour «faire plus président».

Deux parcours bien différents

Refusant de restreindre le discours aux questions de «sécurité, fermeté, identité» chères à Manuel Valls, il prône un revenu universel d'existence, la légalisation du cannabis, la transition écologique... Et a posté sur les réseaux sociaux sa «play-list» musicale. Manuel Valls, lui, a peiné à remplir les salles, annulant parfois in extremis des réunions par peur des chaises vides et des débordements. A Strasbourg (est), il s'est fait enfariner dans la rue par un opposant, et à Lamballe (ouest) il a reçu une gifle.

Au sein du PS, le parcours politique des deux hommes - mêmes cheveux de jais, même silhouette contenue dans des costumes cintrés - commence presque au même moment, au mitan des années 1980, avant d'emprunter des chemins différents. Manuel Valls devient assistant parlementaire à 23 ans, puis jeune conseiller du Premier ministre réformateur Michel Rocard (1988-91), puis de son homologue Lionel Jospin (1997-2002).

Il est élu en 2001 maire d'Evry, ville populaire et métissée au sud de Paris, puis devient député. Il se fait éliminer au premier tour de la primaire socialiste de 2011, se rallie au candidat François Hollande avec un rôle actif de porte-parole. Ce qui lui vaut d'être nommé ministre de l'Intérieur, une fois l'élection remportée en mai 2012.

Benoît Hamon, lui, adhère au PS en 1987, devient en 1993 président du Mouvement des jeunes socialistes, puis porte-parole du parti en 2008. Fin connaisseur des réseaux du PS, il est surtout connu pour avoir été ministre de François Hollande, avant de claquer la porte en 2014, en désaccord avec les orientations économiques. (AFP/nxp)

Créé: 29.01.2017, 06h30

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