Verdict des députés sur le grand débat

FranceFace à la colère des «gilets jaunes», le président Emmanuel Macron avait lancé le grand débat, où les citoyens pouvaient débattre avec leurs élus. Qu'en est-il deux mois après ?

M.Macron en débat à Greoux Les Bains, dans le sud de la France.

M.Macron en débat à Greoux Les Bains, dans le sud de la France. Image: AFP

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Les députés français de tous bords, «marcheurs» en tête, se sont globalement prêtés au jeu du grand débat lancé à la mi-janvier en réponse aux manifestations des «gilets jaunes». A l'approche de son issue, les verdicts divergent nettement.

Des élus de toutes tendances promettent des changements de pratiques pour associer davantage les citoyens, mais les oppositions ne s'attendent pas à la révolution dans les réponses aux «gilets jaunes». Elles pointent un risque, comme certains dans la majorité, d'une «déception qui peut être énorme».

Au début avril, les députés échangeront eux-mêmes avec le gouvernement sur le grand débat dans l'hémicycle.

Enthousiastes dans les starting-blocks

En pole position, la majorité LREM se félicite de l'émergence de «beaucoup d'idées» et de réunions, qui se sont multipliées par «effet boule de neige» - plus de 800 organisées par le parti. Selon certains, la séquence a été «une catharsis et un accélérateur sur des sujets». Mais «si l'on fait tout cela pour qu'au final cela soit de la 'pipe', cela ne va pas», préviennent d'autres.

Le patron des «marcheurs», Gilles Le Gendre, voit dans la participation un début de «réenchantement pour la politique». Il assure que les députés «sont dans les starting-blocks» pour la suite.

Claire Pitollat (LREM, Bouches-du-Rhône), qui n'avait prévu qu'une réunion, doit au final en faire cinq. Elle va revoir sa «façon de faire des réunions publiques», avec des thèmes plus ouverts.

Dans son troisième mandat, Jean-Louis Touraine (Rhône) vante «l'esprit retrouvé de la grande marche» de la campagne. Il plaide pour «maintenir ce dialogue».

Isabelle Florennes (MoDem, Hauts-de-Seine), qui a participé à près d'une dizaine de débats, n'a «pas trouvé que cela partait dans tous les sens», lors d'échanges «assez courtois et apaisés». Comme d'autres, elle rapporte certaines interrogations sur le «rôle du Parlement et des élus». Les gens voulaient «savoir à quoi nous servons».

Les mitigés guettent «l'atterrissage»

Nombre d'élus des oppositions se sont engagés dans le grand débat en étant sceptiques sur la méthode et déjà réservés sur son issue. Ces réunions, «cela va du bazar le plus généralisé à des rencontres plus structurées», observe Bertrand Pancher (Libertés et territoires, Meuse). Il attend «les conditions d'atterrissage» pour que ce soit «utile», sous peine de «frustrations».

Pouvoir d'achat, justice sociale, et encore fracture territoriale: «On sera très exigeants sur ce qui va ressortir du débat et on travaille à des propositions de loi», annoncent les communistes. «Le grand mérite de la période», selon Stéphane Peu (Seine-Saint-Denis), c'est que «des gens hors jeu reviennent», notamment «les classes populaires».

Selon Michel Zumkeller (UDI-Agir, Territoire de Belfort), «l'idée qu'après avoir été élu on rende des comptes cinq ans après est bien terminée. Il faut donc trouver de nouvelles formules».

Les Républicains ont été diversement actifs. Pour apporter sa pierre au rétablissement de la «confiance», Daniel Fasquelle (Pas-de-Calais) a prévu comme d'autres élus de tous bords de créer un «conseil de circonscription» qui se réunira tous les deux mois et sera «ouvert à tous». Il refuse que les propositions de sa circonscription «se perdent dans l'immense machine du grand débat».

Les désabusés et «la poudre aux yeux»

«Diversion du pouvoir»: les extrêmes n'accordent aucun crédit au grand débat. «Les gens dans ma circonscription ne m'en parlent pas. Les 'gilets jaunes' ont tous conscience que c'est de l'enfumage», assure l'Insoumise Mathilde Panot (Val-de-Marne). Selon elle, «les gens ont plein d'idées, mais ne se font pas trop d'illusions».

Même tonalité côté RN: «sur l'ISF, le RIC, la réindexation des retraites, il n'y aura pas d'évolution. Il n'y a pas de question taboue, mais des réponses le sont», lâche Sébastien Chenu. Cet élu du Nord a cependant «joué le jeu», organisant deux débats et participant à d'autres. Mais «des débats, j'en fais depuis que je suis élu. Les Français n'ont pas attendu [le président français, ndlr] Emmanuel Macron pour débattre».

«La majorité découvre le débat», raille Ericka Bareigts (PS). Sa commune de Saint-Denis de La Réunion a confié à un prestataire privé les débats, sans la présence des élus, pour «une liberté de parole». Mais «les gens n'ont pas adhéré à cet exercice très théorique, alors que l'on est dans du très concret: prix alimentaires, prix à la pompe [à essence, ndlr], chômage». Elle prévient: sans actions, «on retarde l'explosion». (ats/nxp)

Créé: 08.03.2019, 07h49

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