«Si on veut réussir les négociations sur la Syrie, il y a des erreurs à ne pas refaire»

Diplomatie RussePour l’ambassadeur de Russie auprès de l’ONU, le succès du processus politique tient à la capacité des Nations Unies à réunir tout le monde.

Alexeï Borodavkine, ambassadeur de Russie auprès de l’ONU à Genève.

Alexeï Borodavkine, ambassadeur de Russie auprès de l’ONU à Genève. Image: Reuters

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Ambassadeur de Russie auprès de l’ONU à Genève, Alexeï Borodavkine est l’un des acteurs clefs des négociations syriennes menées à Genève. Aux côtés du vice-ministre russe des Affaires étrangères, Guennadi Gatilov, il a participé à la première tentative de reprise du processus de dialogue. Il revient sur les raisons de cet échec à la veille de la conférence internationale sur la Syrie, qui doit se tenir à Munich et alors même que les combats autour d’Alep redoublent d’intensité.

Pourquoi les négociations ont-elles été suspendues?

Les représentants du Comité de négociation formé à Riyad ont quitté Genève au prétexte que la Russie et la Syrie n’auraient pas rempli certaines conditions préalables. Cette posture est contraire à la résolution 2254 du Conseil de sécurité. Nous le regrettons. Les chefs de l’opposition n’ont pas impulsé une approche constructive. La délégation gouvernementale syrienne, arrivée la première Genève, était disposée à discuter sur tous les points de l’ordre du jour. Staffan de Mistura a d’ailleurs salué son esprit constructif.

La présence de Mohamed Allouche (Jaish al-Islam) a-t-elle compliqué le dialogue?

Nous avons fait preuve de bonne volonté en acceptant que des représentants des groupes Jaish al-Islam et Ahrar al-Sham participent à titre personnel au dialogue intersyrien. Mais cela ne change pas notre opinion sur ces groupes, que l’on ne considère pas comme des partenaires des négociations.

Les problèmes auront-ils été résolus d’ici au 25 février?

Il y a des erreurs à ne pas refaire. D’abord, il faut amener aux négociations toutes les composantes de l’opposition syrienne. La résolution 2254 du Conseil de sécurité de l’ONU se veut «inclusive». Malheureusement, jusque-là, l’envoyé spécial de l’ONU a accordé une attention excessive à la délégation formée à Riyad. La même attention n’a pas été accordée au groupe de l’opposition modérée. Le bloc Caire-Moscou était prêt à engager un dialogue. Il avait préparé des documents pertinents. Staffan de Mistura les a rencontrés seulement après la suspension formelle du dialogue.

Pourquoi la présence des Kurdes est-elle si importante?

Les Kurdes syriens font partie de la société syrienne. Ils sont concernés par l’avenir de leur pays. En outre, ils se battent activement contre l’«Etat islamique» et contrôlent environ 16% du territoire. Sans leur participation, les négociations ne peuvent pas avancer. L’envoyé spécial de l’ONU sur la Syrie doit revoir sa position et ne pas céder aux pressions de la Turquie. Tenir les Kurdes à l’écart est une erreur.

La réunion organisée à Munich jeudi peut-elle relancer les pourparlers?

Nous l’espérons. La Russie fera tout pour cela.

La Russie est-elle prête à cesser ses frappes pour faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire?

D’abord, je tiens à rappeler ici que nous aidons le peuple syrien en finançant des organisations humanitaires internationales. Nous apportons aussi une aide plus directe. A Hama, nous avons bâti un camp pour les personnes déplacées. Récemment, nous avons porté secours aux habitants de Madaya. A Foua et Kafraya notre action a été interrompue par des combattants. A Deir ez-Zor, 250 000 personnes étaient prises au piège. Nous étions les seuls à les aider. Enfin, j’observe que les succès militaires ont eu un effet positif direct sur l’accès humanitaire. Les villes de Nubul et Zahra, qui étaient encerclées par les terroristes depuis deux ans, ont pu être ravitaillées grâce aux percées de l’armée syrienne soutenue par notre aviation.

L’opposition vous accuse de gagner du temps pour aider Assad à revenir négocier en position de force…

Le gouvernement syrien a toujours été prêt à négocier, même lorsque la situation sur le front lui était moins favorable. La délégation de l’opposition soutenue par Riyad a effectivement quitté les négociations en se plaignant de l’offensive de l’armée syrienne à Alep avec l’aide des forces russes. J’observe que les combattants regroupés à Alep sont les terroristes de Jabhat al-Nosra et des groupes affiliés à Al-Qaida. La question à poser est: pourquoi l’opposition essaie-t-elle de protéger ces groupes?

Quelles sont vos relations avec les Etats-Unis?

Nous sommes avec les Etats-Unis les cosponsors des négociations syriennes et nous coprésidons le Groupe international de soutien à la Syrie. Entre nous, il y a accord sur la nécessité de lutter contre le terrorisme, d’imposer un cessez-le-feu, etc. Bien sûr, des divergences subsistent. La Russie estime que c’est au peuple syrien de décider de son avenir. Washington voudrait exclure certaines personnes. Cependant, je crois que la coopération entre la Russie et les Etats-Unis est l’une des conditions clés pour le lancement d’un processus politique en Syrie.

Créé: 09.02.2016, 19h46

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