Malgré sa victoire, Aung San Suu Kyi va devoir transiger avec l’armée

BirmanieLa LND de l’opposante birmane a beau remporter plus de 80% des voix, les militaires conservent une partie du pouvoir.

Aung San Suu Kyi. Photo d'illustration

Aung San Suu Kyi. Photo d'illustration Image: Keystone

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Ne gâchons pas la fête! C’est une semaine historique que vient de vivre la Birmanie. Après vingt-six ans de lutte contre la dictature militaire, la victoire écrasante du parti de l’opposante Aung San Suu Kyi aux élections de dimanche passé fait entrer le pays dans une nouvelle ère. Sa Ligue nationale pour la démocratie (LND) remporte au moins 80% des voix, selon des résultats partiels annoncés ce vendredi. Du coup, elle dispose de la majorité dans les deux chambres du parlement, malgré le fait qu’un quart des sièges est réservé à des militaires non élus.

Mieux: l’ancien général Thein Sein (président «civil» de la Birmanie) et surtout le général Min Aung Hlaing (commandant en chef de l’armée) ont félicité Aung San Suu Kyi pour sa victoire et réitéré leur intention de respecter la voix des urnes. Les héritiers de la junte militaire, qui s’était autodissoute en 2011 après 50 ans de pouvoir sans partage, poursuivent sur la voie de l’ouverture du pays.

Comme une épée de Damoclès

Cela dit, la Dame de Rangoon reste très prudente. D’abord, parce qu’elle avait remporté les dernières élections libres il y a 25 ans… et que celles-ci avaient été annulées par l’armée deux mois plus tard. Pas question, donc, de provoquer les militaires. Mais surtout, cette fois-ci, les généraux ont pris la peine de verrouiller la démocratie naissante.

La Constitution de 2010, on le sait, empêche Aung San Suu Kyi d’accéder à la présidence (car ses deux fils sont britanniques). Le Nobel de la Paix 1991 pourra bien sûr désigner le prochain chef de l’Etat, mais des ministères clés lui échapperont. L’Intérieur, la Défense et les Frontières seront attribués par le chef de l’armée. Bref, malgré son triomphe électoral, la LND d’Aung San Suu Kyi va devoir transiger avec l’armée, formant une «coalition» avec les militaires.

Les intérêts économiques des généraux

Comme deux précautions valent mieux qu’une, la Constitution prévoit qu’un Conseil national de défense et de sécurité, naturellement dominé par les militaires, peut s’arroger tous les pouvoirs pour peu que l’état d’urgence soit déclaré. Enfin, modifier cette Constitution est quasi-impossible, puisqu’il faut réunir 75% des voix (alors que les militaires en détiennent de toute façon 25%).

Bref, si les généraux ont bel et bien amorcé une ouverture politique qui a permis la levée des sanctions internationales, ils ont veillé à ne pas mettre en danger leurs intérêts. L’économie birmane est en grande partie aux mains d’hommes d’affaires liés à l’ancienne junte. Autant dire que pour Aung San Suu Kyi, la partie s’annonce extrêmement serrée.

Créé: 13.11.2015, 16h16

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