Vox, troisième force du parlement, prend le virage populiste

EspagneLe parti d’extrême droite a plus que doublé son nombre de sièges. Il aspire maintenant à conquérir les classes populaires.

Le président du parti d'extrême-droite Vox, Santiago Abascal en conférence de presse ce lundi 11 novembre. 
La formation, qui était à peu près inconnue du grand public il y a un an à peine, a obtenu 15,1% et 52 députés aux élections législatives de dimanche.

Le président du parti d'extrême-droite Vox, Santiago Abascal en conférence de presse ce lundi 11 novembre. La formation, qui était à peu près inconnue du grand public il y a un an à peine, a obtenu 15,1% et 52 députés aux élections législatives de dimanche.

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«Nous sommes l’alternative patriotique et sociale, nous représentons le sentiment authentique d’une nation qui se lève pour défendre ses droits. Nous sommes cette Espagne qui se met debout!»

Menton levé, air martial, le chef de file de Vox, Santiago Abascal, s’adresse aux militants venus fêter la victoire du parti d’extrême droite. La formation, qui était à peu près inconnue du grand public il y a un an à peine, a obtenu 15,1% et 52 députés aux élections législatives de dimanche (contre 24 élus en avril). Elle compte bien profiter maintenant de ce nouvel élan pour faire avancer ses revendications.

«Il y a onze mois, on n’était nulle part, on n’avait aucune représentation, aujourd’hui nous sommes la troisième force politique d’Espagne!» exulte le leader. «Président! Président!» répond la foule qui s’est rassemblée devant le siège de campagne du parti. «Non, pas encore, lance-t-il en retour. Il nous reste beaucoup de travail.»

Relents de franquisme

Pour le leader de Vox, tout ne fait que commencer. À peine un an plus tôt, son parti apparaissait comme une anecdote semi-folklorique, rassemblement d’une poignée d’illuminés arc-boutés dans une défense des valeurs de l’Espagne éternelle, entre Dieu, la patrie et les corridas. Sur les images de campagne, le leader n’hésitait pas à apparaître à cheval, dans les lieux les plus emblématiques de l’histoire nationale. Prêt à jouer les héros d’une nouvelle reconquista, une reconquête du pays face au risque séparatiste, comme jadis celle des rois catholiques face à l’invasion arabe.

Dans ses meetings, il conspue «la dictature progressiste» ou encore les féministes, rebaptisées «féminazies», au fil de tirades confuses où se mêlent des relents de franquisme et des envolées homophobes ou xénophobes. Les tensions en Catalogne, ces derniers mois, sont tombées à pic pour alimenter sa machine et, avec le séparatisme catalan pour combustible, Vox n’a cessé de marquer des points. Levant l’étendard de «l’alternative patriote à l’indépendantisme», il appelle à lutter contre les «anti-Espagnols» et dénonce le silence de «la petite droite trouillarde».

Ce discours musclé vient donc de le propulser au rang de 3e force au sein du nouveau parlement. Le bond spectaculaire de Vox lui vaut les applaudissements d’autres leaders de l’extrême droite européenne, comme Marine Le Pen, qui saluait dès dimanche soir «une progression fulgurante». «Bravo à son dirigeant, Santiago Abascal, pour son impressionnant travail d’opposition qui porte déjà ses fruits», postait-elle sur Twitter. Ou encore Matteo Salvini: «Grande avance des amis de Vox», saluait-il, également sur Twitter.

En quelques mois, Vox a réussi sa mutation. Le parti, né discrètement en 2014 comme une force de droite traditionaliste issue des quartiers aisés, est devenu un vaste mouvement aux accents populistes, qui se revendique en droite décomplexée et se tourne vers «L’Espagne qui se lève tôt», dans les banlieues populaires et les régions de forte immigration.

«Vox continue de défendre les traditions, mais il a modernisé son message, décrypte l’analyste Cristobal Herrera, expert en affaires publiques pour le cabinet de consultants Llorente y Cuenca. Il ne parle plus tant d’avortement, mais de la défense des valeurs nationales, sur le modèle d’autres partis populistes européens. Il s’affiche aussi en défenseur de ceux qui se sentent menacés par un monde qu’ils ne comprennent plus. C’est un discours fourre-tout qui capte toutes les colères.»

Un discours qui fait mouche

À Almería ou à Murcia, Vox a réussi à s’imposer comme la formation la plus votée, détrônant au passage les conservateurs du Parti populaire avec une xénophobie sans complexe qui fait mouche dans ces zones de culture maraîchère sous serre, le long de la côte méditerranéenne, où les grandes exploitations font appel à beaucoup de main-d’œuvre immigrée. Dans les régions rurales du pays, c’est sa défense énergique de la chasse, menacée par les «lobbys écologistes», qui trouve écho. Dans les grandes villes comme Madrid ou Barcelone, c’est l’insécurité, liée selon lui à la présence de centres de mineurs migrants, qui a occupé le cœur des meetings. «La question est de savoir maintenant quelle sera la capacité d’attractivité de Vox au sein de la droite et si les conservateurs du Parti populaire vont résister à cette ambiance de radicalisation», s’interroge le politologue Lluis Orriols, professeur à l’Université Carlos III de Madrid.

Un point qui a son importance pour le socialiste Pedro Sanchez, car s’il n’arrive pas à former une majorité solide à gauche, il pourrait bien être contraint de se tourner vers le PP et de lui offrir une coalition afin d’assurer la gouvernabilité du pays et sortir enfin l’Espagne de son long blocage.

Créé: 11.11.2019, 22h57

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