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SyrieLe voyage de la peur pour les exilés d'Alep

Après les bombes et la famine, les évacués des quartiers assiégés doivent encore endurer des contrôles «musclés».

Malgré la trêve humanitaire, les violences entre l'armée syrienne et les insurgés ont repris dans la Ghouta orientale. (Mercredi 28 février 2018)
Malgré la trêve humanitaire, les violences entre l'armée syrienne et les insurgés ont repris dans la Ghouta orientale. (Mercredi 28 février 2018)
AFP
Les Etats-Unis ont commencé à livrer des armes aux combattants kurdes contre l'EI dans le nord de la Syrie, au grand dam d'Ankara. (Mardi 30 mai 2017)
Les Etats-Unis ont commencé à livrer des armes aux combattants kurdes contre l'EI dans le nord de la Syrie, au grand dam d'Ankara. (Mardi 30 mai 2017)
Keystone
AFP
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Quand le bus s'est arrêté au premier barrage tenu par l'armée syrienne, les dizaines de passagers évacués d'Alep sont devenus brusquement silencieux, saisis par la peur. Durant les deux heures qu'a duré ce voyage vers l'exil, l'angoisse ne les a pas quittés.

A chaque instant, ils ont craint de tomber aux mains de ceux qui les ont poussés à quitter leurs quartiers assiégés depuis cinq mois.

Des correspondants de l'AFP et d'autres résidents des ex-quartiers rebelles d'Alep ont témoigné de la tension qui régnait lundi à bord des bus les transportant hors de leur ville, en passe d'être reconquise totalement par le régime, vers des territoires encore tenus par les rebelles à l'ouest de l'ancienne capitale économique du pays.

Derniers souvenirs

Avant de partir, pour ce trajet de 12 km, beaucoup prennent des photos d'Alep avec leurs téléphones portables. «Peut-être ne reverrons nous plus jamais notre ville», confie l'un d'eux abattu tandis qu'un vieillard éclate en sanglots.

Minés par la faim, la plupart des passagers ont le visage émacié à tel point que même entre connaissances, certains ne se reconnaissent pas après avoir vécu des mois de siège, terrés pour se protéger de bombardements incessants.

Beaucoup ont le visage noirci par la fumée qui s'est dégagée lorsqu'ils ont brûlé leurs vêtements pour se réchauffer en attendant sous un froid polaire la possibilité de monter dans les bus.

Frappés à un barrage

Pour parvenir en zone rebelle, ils doivent franchir trois barrages, à chaque fois plus éprouvants, tenus par les forces qui les ont bombardés et assiégés: celui de l'armée de Bachar el-Assad, celui des Russes et le troisième, tenu par des miliciens iraniens et irakiens, tous alliés du régime.

«Celui-ci est le plus dangereux!», lance un homme de 45 ans. Les conversations s'interrompent aussitôt. «J'ai été à bord d'un bus il y a quelques jours quand le barrage iranien nous a arrêtés», raconte-t-il.

«Ils nous ont contraints à descendre, ils nous ont frappés. J'ai peur que cela ne se répète», dit-il en s'adressant aux autres occupants terrorisés qui regardent les miliciens à la dérobée.

Grosse frayeur

Mais cette fois, les bus passent. C'est toutefois au second point de contrôle, celui tenu par les Russes, qu'ils ont connu leur plus grosse frayeur.

Munis de détecteurs de bombes et portant des gilets pare-balles, des militaires blonds ont arrêté le bus pendant 30 minutes, sortant tous les bagages de la soute pour les fouiller minutieusement.

«Quelqu'un veut-il descendre pour aller à Hamdaniyé?», un quartier d'Alep aux mains du régime et qui donc a échappé au siège, demande un des soldats aux passagers par le biais d'un traducteur. Personne ne lève la main et le bus poursuit finalement son chemin.

«Même pas un verre d'eau»

Des milliers d'autres candidats au départ, comme Ahmad Raslane, ont eu moins de chance la veille. «On a quitté Alep dimanche à 15H00. Nous sommes restés dans les bus jusqu'à lundi à midi», confie-t-il.

Son bus avait franchi le barrage du régime, celui des Russes, mais il a été retenu au barrage contrôlé par les milices iraniennes et irakiennes.

«Nous avons été traités de manière odieuse, ils ne nous ont même pas donné un verre d'eau», assure-t-il. «Les bus sentaient le vomi car les enfants n'arrêtaient pas de rendre», précise l'homme de 23 ans.

Comme les miliciens interdisaient aux passagers de descendre des bus, certains ont utilisé des sacs en plastique pour faire leurs besoins, avant de les jeter par la fenêtre, témoigne un des photographes de l'AFP qui se trouvait à bord. Les miliciens n'ont même pas permis aux occupants du bus d'éteindre les lumières pour permettre aux enfants de dormir.

En territoire rebelle

Au bout de 16 heures d'attente angoissée, explosion de joie: le convoi est autorisé à poursuivre son chemin.

Privés de sommeil et de nourriture, les exilés d'Alep arrivent finalement en territoire rebelle, à Rachidine, à l'ouest de la métropole.

Ils se jettent dans les bras l'un l'autre, beaucoup pleurent. A l'accueil, des hommes portent le nom de leurs proches ou de leurs connaissances sur des pancartes.

De jeunes Alépins avalent des bananes, un fruit qu'ils n'ont pas goûté depuis des mois. Certains regardent interloqués les insurgés en treillis et armés, n'arrivant pas à croire qu'il ne s'agit pas de soldats du régime.

ats

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