«Entre Xi et Trump, il ne s’agit que d’une désescalade temporaire»

DiplomatieNégociation tendue entre Pékin et Washington, en marge du G20. Analyse de l’économiste Charles Wyplosz.

Les présidents chinois Xi Jinping (1er à g.) et américain Donald Trump ont conclu une trêve de 90 jours dans leur guerre commerciale, lors d’une réunion bilatérale pendant le G20 à Buenos Aires, en Argentine, ce dimanche.

Les présidents chinois Xi Jinping (1er à g.) et américain Donald Trump ont conclu une trêve de 90 jours dans leur guerre commerciale, lors d’une réunion bilatérale pendant le G20 à Buenos Aires, en Argentine, ce dimanche. Image: KEYSTONE/P. MARTINEZ MONSIVAIS/Keystone

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Les chefs des vingt États industrialisés ou émergents les plus importants se sont réunis vendredi et samedi à Buenos Aires. Au-delà d’une déclaration finale commune, plutôt fade, deux éléments ont tout particulièrement retenu l’attention à l’issue de ce 13e sommet du G20. À commencer par une trêve d’au moins nonante jours dans la guerre commerciale sévissant depuis le printemps entre Washington et Pékin.

Cet apaisement se concrétise par le maintien d’une taxe états-unienne de 10%, au lieu des 25% initialement prévus à partir du 1er janvier, sur 200 milliards de dollars d’importations chinoises (soit la moitié du volume total). De son côté, la Chine accroîtra en force ses importations en provenance des États-Unis afin de réduire le déficit commercial américain dans les échanges avec la patrie de Mao. À cela s’ajoute un appel unanime des membres du G20 à la réforme vitale de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), domiciliée à Genève.

Charles Wyplosz, professeur d’économie à l’Institut de hautes études internationales et du développement, estime pourtant que ce sommet du G20 n’a débouché sur quasi rien, tout en permettant d’éviter le pire entre Washington et Pékin. Entretien.

Ce premier G20 organisé en Amérique du Sud aboutit à une trêve d’au moins nonante jours dans la guerre commerciale opposant les deux plus grandes puissances économiques du monde. Un tel résultat ne constitue-t-il pas déjà une grande victoire du multilatéralisme?

Nullement! Les discussions entre les présidents américain et chinois, Donald Trump et Xi Jinping, s’inscrivent dans un contexte purement bilatéral. Il ne s’agit en outre que d’une suspension de leur guerre commerciale, obtenue en marge du G20. Ne parlons dès lors pas d’une victoire du multilatéralisme, mais tout au plus d’une désescalade temporaire dans le conflit entre deux partenaires commerciaux.

Et cet appel unanime dans la déclaration finale des membres du G20 à la réforme, apparemment vitale, de l’OMC ne constitue-t-il pas davantage une victoire du multilatéralisme?

Cet appel ne m’apparaît pas comme une grande nouvelle. En fait, tout le monde veut réformer l’OMC. Tout le monde sait que cette organisation, en fonction depuis le 1er janvier 1995, se trouve en difficulté. Mais ne nous emballons pas! Cet appel unanime à une réforme ne relève que d’un accord de principe. Mais rien ne figure dans la déclaration finale des membres du G20 sur le contenu des réformes tant attendues à l’OMC. Il reste à voir si les souhaits des uns et des autres se révèlent compatibles. À ce stade, il ne s’agit que d’un vœu pieux. Cela dit, un vœu pieux vaut toujours mieux que le statu quo ou la politique de l’autruche.

Il n’y a aucune condamnation explicite du protectionnisme dans la déclaration finale du 13e sommet du G20. Ce constat justifie-t-il la crainte de voir le 45e président des États-Unis continuer à battre en brèche tout progrès significatif du multilatéralisme?

La raison pour laquelle rien n’est mentionné contre le protectionnisme dans la déclaration finale s’avère relativement simple. La délégation américaine a fait usage de son veto. Cet élément démontre que les États-Unis pensent toujours le plus grand bien du protectionnisme et continuent de le pratiquer. Les autorités de ce pays assument en outre pleinement cette politique.

Mais si la première économie mondiale persiste dans le développement de mesures protectionnistes, les institutions du G20 et de l’OMC garderont-elles un sens encore très longtemps?

Le G20 n’a toujours été qu’un forum de discussion. Dont il n’est en outre quasi jamais rien sorti. Il n’en est pas moins préférable que les chefs d’État continuent de se parler, surtout quand les désaccords sont profonds. De tels canaux de communication peuvent jouer un rôle de garde-fou, alors que la première économie mondiale se livre au protectionnisme. Quant à l’OMC et ses règles, elles démontrent toujours leur utilité. Et même dans le contexte actuel. Après tout, il y a bien d’autres échanges commerciaux dans le monde que ceux s’effectuant entre les États-Unis et la Chine populaire.

Alors que s’ouvre la COP24 (24e Conférence des Nations Unies sur le climat), cette cause n’a pas progressé d’un iota à Buenos Aires. Dans combien de temps l’investissement contre l’empreinte carbone deviendra-t-il motivant, si ce n’est profitable, dans les économies les plus développées?

On ne pouvait pas s’imaginer une seule seconde que la question du climat progresse au dernier G20, alors que Donald Trump ne tient compte d’aucune alerte scientifique sur le réchauffement de la planète. Cela dit, n’oublions pas une chose. L’Accord de Paris, à l’issue de la fameuse COP21 de décembre 2015, ne comprenait qu’une liste d’objectifs, sans se pencher sur les moyens de les atteindre. Aujourd’hui, il s’agit d’adopter des mesures, ce qui est plus difficile. C’est pourquoi il ne faut s’attendre qu’à des progrès très modestes à Katowice. Lutter contre le réchauffement climatique coûte cher et cela encourage plutôt à différer les mesures à prendre. L’expérience des gilets jaunes, en France, montre bien que c’est difficile. Elle fera réfléchir plusieurs gouvernements, avant d’augmenter l’imposition des carburants à des fins de transition énergétique.

Créé: 02.12.2018, 22h22

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Il a été très observé à Buenos Aires. Le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, allait-il être le paria du G20 pour son rôle supposé dans la mort du journaliste Jamal Khashoggi? Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, qui n’a jamais cité le nom du prince, a en tout cas déclaré ne pas faire confiance à la justice saoudienne et a exigé le transfèrement vers son pays des suspects de ce meurtre. Emmanuel Macron et Theresa May ont insisté pour une enquête impartiale. Seul Vladimir Poutine a ostensiblement affiché sa complicité avec MBS devant les caméras. Le président russe a aussi déclaré que la guerre en Ukraine continuerait «tant que les autorités ukrainiennes actuelles resteront au pouvoir». Une semaine après un incident naval inédit en mer d’Azov, Vladimir Poutine a ainsi ignoré les appels au calme des Européens. Mais cette tension régionale lui a aussi valu l’annulation de son rendez-vous avec Donald Trump. «C’est dommage qu’on n’arrive pas à avoir une vraie rencontre. Je pense qu’elle est vraiment nécessaire», a déclaré le président russe. M.All.

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