AboMondiaux de curling à SchaffhousePeter de Cruz ne jette plus la pierre, il l’a encore à l’œil
Le Genevois de 34 ans, médaillé de bronze aux JO de PyeongChang, n’a pas oublié ses copains de Thônex et son club, en savourant sa nouvelle vie de père de famille.

Cette dernière pierre qui s’échappe de ses mains, qui s’entrechoque avec son destin et qui glisse de son jardin, il l’a encore dans sa mémoire, mais pas question pour lui de reprendre le balai et de repartir en compétition. À la croisée des chemins, coincé entre ses envies et la vraie vie, Peter de Cruz a choisi, le 26 février 2022, de tourner la page et poursuivre une nouvelle aventure humaine.
Depuis les Jeux ratés de Pékin et l'ultime match lors de ces championnats suisses disputés à Sous-Moulin, l’ex-skip du team qui portait son nom a beaucoup gambergé avant d’éprouver le besoin de ce double «take-out», de raccrocher pour retrouver d’autres sensations.
«Ce dernier cycle olympique, qui était aussi celui du Covid, a été pour beaucoup de gens un accélérateur relationnel ou professionnel avec ce sentiment qu’on en avait assez fait, avec beaucoup de contraintes et une grosse remise en question, explique-t-il. C’était vraiment super, tout ce qu’on a fait ensemble, mais, comme pour Valentin (Tanner), c’était le moment de dire stop.»

Désormais marié à Morgane et père de jumeaux (Theo et Ella), le médaillé de bronze des JO de PyeongChang a d’autres projets dans sa maison du bonheur. «Vous savez, dans une carrière, un sportif d’élite est, sans connotation négative, assez égoïste, où tout est centré sur soi-même, reconnaît-il. S’il faut sacrifier des choses pour aller à l'entraînement, pour être performant, on le fait à des niveaux extrêmes sans se soucier des autres. Quand on se marie, qu’on a des enfants, l’ordre des priorités est inversé. C’est intense mais je ne changerais rien.»

Cela ne signifie pas qu’à 34 ans, il a tourné définitivement le dos à un sport, un club, qui lui ont procuré tellement d’émotions. C’est d’ailleurs dans la patinoire du Curling Club Trois Chênes Genève, au centre sportif de Sous-Moulin, qu’on a rendez-vous. L’occasion de parler dans sa «résidence secondaire», de la reconversion de ce Carougeois devenu manager du club à 70%. «Mon travail consiste à gérer le niveau administratif: les événements et les manifestations qui se déroulent ici, mais aussi les contacts avec les membres», détaille-t-il, devant son ordinateur.
Un diplôme de management
Dans cet endroit dont il connaît tous les recoins, il était écrit qu’il y reviendrait un jour, dans un autre rôle. «Durant ma carrière, j’ai eu l’opportunité de passer un diplôme de management du sport à Lausanne, poursuit le Genevois. En m’investissant à fond durant ces sept ans où j’étais pro, j’ai pu développer des compétences qui m’ont permis de préparer en douceur ma transition professionnelle. J’ai pu m’ouvrir au monde du travail sans avoir trop de pression, tout en restant dans un cadre assez familier où je me sens à l’aise.» Comme cette fameuse pierre qui glisse…
«Je pars un peu de zéro dans un projet où il y a beaucoup de choses à construire, se réjouit Peter de Cruz. On voit que cela porte déjà ses fruits au niveau des objectifs qu’on s’est fixés. Cela prend du temps mais on va dans le bon sens.» Si cela lui arrive de dépanner un moniteur d'initiation sur la glace ou d’accompagner un groupe un peu plus important pour partager son expérience, il est rare qu’il quitte son bureau et son clavier. «J’analyse certains points dans nos activités qu’on peut développer avec nos membres, tout en travaillant sur les événements qu’on pourrait organiser.»
Mondiaux en vue?
Après les championnats suisses qui ont eu lieu début février pour la troisième année consécutive à Sous Moulin – avec la démonstration du Team Schwaller –, le CC3C Genève, qui a eu de bons échos en retour, a d’autres projets en vue. «On travaille sur trois aspects, sourit le manager. Il y a tout d’abord les compétitions locales et régionales, pour les membres du club, nos voisins français et Romands, où on aimerait devenir le club référence en Suisse romande. Comme nous sommes aussi le centre régional de performance pour Swiss Curling, on envisage de continuer d’organiser tous les deux ans ce genre de compétition majeure qu’elle soit nationale ou de niveau international.» Des Mondiaux? «Il est encore un peu trop tôt pour le dire», sourit-il.
La compétition, l'adrénaline? Cela ne lui manque pas du tout. «Je n'aurais pas envie de me relancer dans la compétition parce que je sais ce qu'il faut faire pour y arriver, c’est juste trop, insiste Peter. En revanche, j'aime toujours ces sensations sur la glace que j’avais quand j’ai commencé et qui m’ont fait aimer ce sport, je prends énormément de plaisir à m’amuser les rares fois où j’en ai l'opportunité.» Avec toujours cette pierre à l’œil, qui glisse proche de sa maison…
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