Pop au Montreux Jazz FestivalDionne Warwick, la première déesse
À l’égal d’Aretha Franklin, bien avant sa cousine Whitney Houston, la fille du New Jersey a explosé les limites du R’n’B et de la grande variété. À 83 ans, elle débarque à Montreux en légende vivante.

Pour comprendre son art du chant, à Dionne Warwick, il faut écouter «Walk on by», indépassable triomphe de 1964, puis la même chanson qu’elle enregistre une seconde fois, avec un arrangement mis à la mode, sur l’album «Dionne Sings Dionne», en 1998.
Sur la première version, c’est le son d’une femme de 24 ans, désespérée, sa voix est une affaire de fraîcheur juste fanée par le désespoir amoureux. Elle chante qu’on la laisse tranquille, elle vous flanque des frissons à la première note, tremblement presque imperceptible qui est celui de sa colère et de sa tristesse. Oui, c’est une immense chanson, signée du duo Burt Bacharach et Hal David, auquel elle sera souvent fidèle, et dont l’Europe peine parfois à saisir le génie de la mélodie et de l’écriture. Mais ce refrain est sublimé par cette voix qui transperce l’âme et le ciel, et il n’aurait pas connu ce destin d’éternité sans Dionne Warwick.
Second «Walk on by», trente-quatre ans plus tard. C’est déjà l’heure d’un premier bilan, elle est une icône, et elle publie un album en reprenant quelques-uns de ses succès. C’est une autre femme qui dit alors les mots de la solitude: timbre plus grave, clair-obscur des larmes retenues, le désespoir n’est plus celui des violences de la passion, mais celui du temps qui passe, et vous laisse mille cicatrices. Une merveille encore: sa voix se fissure par instants, mais c’est vous qui êtes brisé par cette subtilité, cette élégance, cette résilience, dirait-on aujourd’hui, qui fait passer d’un seul coup «Walk on by» d’une chanson d’amour à l’hymne d’une vie.
Cet art du chant est histoire de famille. Dionne Warwick, fille du New Jersey, avait une mère qui s’occupait d’un groupe de gospel. À 6 ans, elle monte sur une pile de livres à l’église et balance «Jesus Loves Me», première standing ovation. Elle eut une cousine, aussi, Whitney, qui devint Whitney Houston, et dont la maman, Cissy, fit les chœurs pour Aretha Franklin ou Presley. Et une autre cousine: Leontyne Price, une des plus grandes sopranos de l’histoire de l’opéra.
L’art du chant de Dionne Warwick est aussi celui du renversement des barrières de genre. De sa concurrence féroce, dès les sixties, avec Aretha Franklin ou Diana Ross, elle se sortit en dépassant le R’n’B ou la soul pour aller vers la pop ou la «grande variété internationale», portée par les airs miraculeux de Bacharach ou, dans les années 80, par des tubes imparables comme «Heartbreaker» que lui offrit le Bee Gees Barry Gibb.
Militante, elle chanta avec Wonder ou Elton John pour récolter de l’argent contre le sida, se battit pour la communauté LGBTQ+ avant que ce soit la mode, et affiche au soir d’une carrière six Grammy Awards et plus de 100 millions de disques vendus. La première déesse pop passe enfin cet été par le Montreux Jazz Festival, pour un genre de tournée d’adieu. «Always Something There to Remind Me»: en 1963, Warwick enregistra la première démo de cette chanson qui racontait déjà le destin de sa vie: marquer les nôtres de toutes ses mélodies.
Concert au MJF, 9 juillet, Scène du Casino, dès 20 h 30, billetterie www.montreuxjazzfestival.com.
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