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Belle publication de l’ÉcalMots du terroir et design moderne se conjuguent dans un dico

Le physicien Henry Suter a collectionné durant ses loisirs 1758 termes locaux dans ses archives. Un étudiant en bachelor en a fait un beau livre.

Henry Suter (à g.) aimait autant les patois que la montagne. Le Québécois Mathieu Daudelin est «tombé en amour» avec son travail au point d’en faire un livre.
Henry Suter (à g.) aimait autant les patois que la montagne. Le Québécois Mathieu Daudelin est «tombé en amour» avec son travail au point d’en faire un livre.
DR/ECAL

Quel rapport y a-t-il entre les patois romands et le boson de Higgs? Ils ont tous été étudiés par Henry Suter, un physicien genevois employé par l’EPFZ, principalement au CERN. Le scientifique, passionné de voyages et de montagne, collectionnait toutes les occurrences de ces patois romands issus du domaine franco-provençal, qui courait de la Savoie au val d’Aoste, face aux langues d’oïl et d’oc. Il en a ainsi repéré 1758, qu’il publiait sur son site internet avec leur définition.

Mais c’est à un Québécois qu’on doit sa parution en un livre élégant. Mathieu Daudelin, venu étudier à l’ECAL, en avait fait son travail de bachelor en design graphique. Un travail imprimé et conservé qu’Alexis Georgacopoulos, le directeur de l’école, a souhaité partager avec le public. Ce «Dico romand» paraît donc aux Éditions Favre, édité, publié et imprimé en terres romandes. Avec une préface de Yann Marguet, qui prétend y voir une preuve «que la Suisse romande existe et qu’elle a des choses à dire. Ou tout le moins une façon de le faire.»

Snobisme rétro

Malgré une introduction du sociolinguiste Pascal Singy sur les origines de ces provincialismes et le rappel de la chasse aux patois faites dans nos cantons pour imposer le français, l’ouvrage n’a rien de scientifique. Mais c’est bien le côté légèrement désuet de son contenu, en contradiction avec son graphisme très moderne, qui fait la richesse de la chose, à l’heure où les anglicismes ont davantage la cote chez nous.

Bien sûr, il y a un petit côté nostalgique à plonger ainsi dans un parler qui s’évanouit. Ou un snobisme citadin à réutiliser des expressions désuètes avec un sourire narquois. Il s’agit surtout de ne pas s’encoubler avec ces éclaffe-beuses quand on s’aguille sur le clédard, hein! Sinon, on va cupesser et on ne pourra plus emmoder le boguet pour rentrer comme un biborne au mazot apprendre tous ces mots dans le dictionnaire tout neuf.

«Le dico romand», Henry Suter et Mathieu Daudelin, Éd. Favre, 360 p.
«Le dico romand», Henry Suter et Mathieu Daudelin, Éd. Favre, 360 p.

«Le dico romand», Henry Suter et Mathieu Daudelin, Éd. Favre, 360 p.