Variations musicales de Tannay«Mozart n’est pas que le prophète de la joie»
La pianiste Elizabeth Sombart joue deux concertos du génial compositeur en version musique de chambre, qu’elle vient d’enregistrer à Londres. Entretien.

À côté des grandes vedettes internationales (lire encadré), les Variations Musicales de Tannay tissent des fidélités avec des artistes installés dans la région. Présente déjà lors de la première édition en 2011, Elizabeth Sombart mettra en lumière le 18 août deux concertos pour piano de Mozart parmi les quatre qu’elle vient d’enregistrer avec le Royal Philharmonic Orchestra de Londres, sous la direction de Pierre Vallet.
Mais pas d’orchestre ce soir-là à Tannay: la pianiste française installée à Morges livre les concertos n° 20 et 21 en formation de quintette avec ses collègues de la Fondation Résonnance. «Jouer en petite formation n’est évidemment pas la même chose, reconnaît l’interprète. On ne phrase pas de la même manière une mélodie si elle est accompagnée par une flûte ou un violon. Mais on gagne en fluidité, en respiration, en liberté. Ces transcriptions ne sont pas des réductions. Réalisées au XIXe siècle par Ignaz Lachner, elles permettaient de les jouer à la maison. Et moi, je le fais souvent pour permettre cette expérience d’émotion à des gens qui n’ont pas accès à l’orchestre.»
La pianiste fait allusion ici à ses concerts de solidarité qu’elle donne depuis plus de vingt ans avec sa Fondation, dans des hôpitaux, maisons de retraite, institutions pour handicapés, prisons et camps de réfugiés. Son dévouement spirituel l’a même conduite à donner quotidiennement des moments de musique au funérarium de Morges durant la pandémie, pour le repos des défunts «qui étaient morts seuls».
«Dès les premières mesures d’un mouvement lent, notre part d’infini et de paix est touchée.»
Elizabeth Sombart a une prédilection pour les mouvements lents, car elle a constaté que, même pour des gens qui n’écoutent pas de classique, ce sont ces moments qui les attirent. «Chaque être humain sait qu’il y a en lui quelque chose de plus grand et d’indicible, avance-t-elle. Dès les premières mesures d’un mouvement lent, cette part d’infini et de paix est touchée en vous et on se sent moins seul.» C’est d’ailleurs dans ce but de toucher le plus grand nombre qu’elle a gravé il y a quelques années une brassée de mouvements lents de concertos, «Favourite Adagios» (Lydia Music).
Les notes qui s’aiment
L’effet, chez Mozart, y semble presque décuplé par l’apparente simplicité: «Le 21e concerto a toujours été très célèbre en raison de son andante. Mais le 20e en ré mineur est aussi extraordinaire dans un style qui rappelle l’opéra. Son mouvement central contient ce moment de drame fou au milieu. Quand la colère s’exprime chez Mozart, c’est presque plus fort que chez Beethoven, car on ne s’y attend pas! Mozart n’est pas que le prophète de la joie, on y croise toutes les couleurs de l’âme.»
On s’étonne parfois que chez elle, même les morceaux rapides paraissent lents. «C’est la preuve que je ne suis pas prise en flagrant délit de virtuosité! rigole Elizabeth Sombart. Rubinstein disait que si on jouait trop vite, on passait à côté de la musique.» Revenant à Mozart, la soliste précise sa pensée: «Chez lui, il faut avoir entendu ses notes intérieurement pour qu’elles puissent chanter extérieurement. Il disait lui-même écrire «les notes qui s’aiment», mais pour ce faire, la relation entre elles doit être pesée au gramme près. Et ce travail est à recommencer chaque fois, avec une âme nouvelle.»
Mozart, Piano Concertos n° 20, 21, 23, 27, E. Sombart, P. Vallet, RPO London, 2 cd Rubicon
Tannay, cour du château, ve 18 août, 20 h. www.musicales-tannay.ch
Lausanne, salle Paderewski, di 10 sept. 17 h. www.resonnance.org
Vous avez trouvé une erreur?Merci de nous la signaler.




















