Hommage à un sportifLe skieur de l’impossible Sylvain Saudan est mort
Il savait dompter la peur et tenait la mort à l’écart de ses angoisses. Sylvain Saudan l’aura défiée jusqu’à l’âge de 87 ans.

Ce cœur qui n’aimait rien tant que les décharges d’adrénaline à l’assaut des fortes pentes a cessé de battre dans la soirée du 14 juillet aux Houches (F). Le Vaudois d’origine Sylvain Saudan, surnommé «skieur de l’impossible» est décédé, nous apprend «Le Dauphiné Libéré». Ce fou de glisse allait sur ses 88 ans et avait été honoré du Mérite alpin pour l’ensemble de ses exploits, en 2016 au Festival du film alpin des Diablerets (FIFAD).
Né à Lausanne en 1936, il y passe ses quatre premières années. Mais l’enfant n’est pas destiné à grandir sur le mode urbain. Très jeune, il se lie à l’élément montagne, notamment quand son paternel lui confie le gardiennage des veaux non loin du col de la Forclaz (VS) durant les étés. Il y reste seul dès l’âge de 11 ans. «Cela vous forge le caractère», assurait-il.
Cette proximité avec ce milieu aride et parfois hostile biberonne un jeune homme qui explore la montagne en alpiniste, s’initie à la glisse en solitaire, sur les itinéraires initialement balisés pour la montée. Des descentes effrénées le long de couloirs à 45 voire 55 degrés, avec au ventre une peur qu’il avait appris à dompter: «J’ai appris à faire le vide, à ne compter que sur moi. Dès lors on ressent un certain piment, une jouissance intérieure. ça s’apprend, mais ça ne s’adapte pas à tout le monde», déclarait-il à «24 heures» en 2016. À son palmarès il accroche les 5000, 6000, 7000 puis 8000 m avec le Hidden Peak (K5), 11e sommet le plus haut du monde, dans l’Himalaya.
«Je l’ai rencontré quand il était encore jeune – et moi aussi – sourit Olivier Français. C’était à Chamonix et je l’ai vu s’élancer sur des pentes où mes parents ne me donnaient pas l’autorisation de le suivre. Pour ma génération, c’était un personnage! Avec deux ou trois autres skieurs, il développait la technique pour affronter ces pentes glacées, avec des skis de deux mètres et des bâtons. Il fallait de la souplesse, de la force dans les jambes et du courage. Tout le défi consistait à gérer son centre de gravité par rapport à la déclivité.»
Déjà une fois donné pour mort
Du montagnard, le personnage avait gardé la simplicité, acceptant les honneurs sans s’y attarder, se prêtant de bonne grâce aux impératifs médiatiques de sa célébrité. Professeur de ski et guide jusque tard dans sa vie, il était aussi à la tête d’une petite compagnie d’héliski dans l’Himalaya.
C’est sa compagne qui a communiqué son décès, des suites d’un malaise cardiaque. Si l’information est cette fois confirmée, Sylvain Saudan avait déjà été annoncé mort après un accident d’hélicoptère en Inde en 2010. Sans nouvelles, la presse l’avait enterré avant qu’il ne regagne le village le plus proche à ski. Ce qui lui faisait dire avec malice: «Je suis une des rares personnes qui sait déjà ce que l’on va écrire sur elle après sa mort.» Espérons que cet hommage sera à la hauteur de son attente.
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