Abus de juste cause

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

… et à la fin, Carmen sauve sa peau. Peut-on changer la fin d’un opéra, comme l’a fait le metteur en scène Leo Muscato dans le spectacle actuellement à l’affiche à Florence? Bien sûr qu’on peut. Faire dire à un texte le contraire de ce qu’on y lit à la lettre est un procédé théâtral courant, tant mieux; la liberté du metteur en scène est sacro-sainte, tout comme celle du spectateur de lui lancer des tomates. Là, il s’agit d’autre chose. D’un directeur de théâtre qui trouve le truc pour faire le buzz: il demande au metteur en scène de changer la fin de Carmen et prend soin de le faire savoir en une formule compactable en 140 signes et médiatiquement propulsable grâce au supercarburant #MeToo. À l’Opéra de Florence, la bohémienne ne mourra pas «parce qu’il est inconcevable d’applaudir au meurtre d’une femme». Ce directeur, Cristiano Chiarot, n’est pas un crétin: il ne croit pas une minute qu’en applaudissant à un spectacle, on approuve l’action de tel personnage représenté sur scène. Mais il feint de le croire pour les besoins de son opération marketing. C’est futé, mais c’est dégueulasse. Parce qu’en affichant un anti-machisme aussi normatif et bas de plafond, il ridiculise la cause qu’il feint de servir. Il alimente la conviction que le mouvement #MeToo vire au délire puritano-totalitaire. C’est un abuseur de justes causes. Le risque d’une telle dérive existe, hélas. Avez-vous lu la tribune publiée dans Le Monde par un collectif de 100 femmes qui s’inquiètent de voir le mouvement de libération de la parole se retourner en son contraire? Ces artistes et écrivaines notent que les appels à la censure des œuvres de Balthus, d’Antonioni, de Polanski sont déjà bien réels. Et racontent que leurs éditeurs leur demandent d’atténuer le «sexisme» de leurs personnages masculins. Je vous recommande la lecture de ce beau texte sur la «liberté d’importuner»: elle est aussi indispensable à la liberté sexuelle, écrivent-elles, que la liberté d’offenser l’est à la création artistique. J’applaudis des deux mains. Je tiens à le dire par solidarité avec la signataire Catherine Deneuve, submergée depuis quelques jours par une glauque marée d’injures. La faveur du public est enfant de bohème… (24 heures)

Créé: 13.01.2018, 09h23

Anna Lietti, chroniqueuse

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Articles en relation

Etalage masculin

Tout va bien Plus...

Ethnologie de la queue

Tout va bien Plus...

Maltraitance parentale

Tout va bien Plus...

Elle était mieue avant

Tout va bien Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 5

Woody Allen dans la tourmente de l'affaire Weinstein, paru le 20 janvier 2018.
(Image: Vallott) Plus...