«Nous n’accepterons jamais la manière dont elle est morte»

TémoignageLes parents de la sociothérapeute Adeline M. ouvrent leur cœur en ce début du procès de Fabrice A.

Esther et Jean-Claude ne cachent pas souhaiter l’internement à vie pour le meurtrier de leur fille, la sociothérapeute Adeline M.

Esther et Jean-Claude ne cachent pas souhaiter l’internement à vie pour le meurtrier de leur fille, la sociothérapeute Adeline M. Image: Georges Cabrera

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Le calme avant deux semaines sous haute tension. Dans le petit cimetière d’Avusy, Esther et Jean-Claude se recueillent sur la tombe de leur fille Adeline M., tuée à 34 ans dans l’exercice de ses fonctions par un détenu, Fabrice A., qu’elle accompagnait en sortie. Trois ans après l’indicible, le couple s’exprime sans tabou sur cette affaire invraisemblable qui occupe dès ce lundi le Tribunal criminel.

«Le procès ravive les premiers jours du drame. On est très angoissé. On ne dort pas», confie d’une voix douce Esther, tout en plongeant son regard dans la photo de sa fille – qu’elle n’est plus réticente à voir dans les médias – éternellement souriante. Pour «soutenir Adeline», «montrer qu’elle est encore présente», les deux retraités ont tenu à assister à toutes les auditions, ou presque, durant les mois de l’enquête pénale, en affrontant le tueur. Pour cette étape décisive, ils se rendront chaque jour au procès, entourés par une quinzaine de proches, jusqu’au 14 octobre. Non sans appréhension. «On ne sait pas du tout comment il va réagir. Va-t-il continuer à prendre plaisir à dire des choses qui vont nous faire souffrir? Est-ce qu’il demandera pardon? Il ne l’a jamais fait en trois ans. On pense qu’il considère son procès comme son heure de gloire», estime Jean-Claude.

Pour l’internement à vie

Fabrice A. a reconnu les faits. L’enjeu du procès concerne surtout l’intensité de la sanction. «Nous espérons un internement à vie, livre franchement Esther. Nous voulons être assurés qu’il ne sortira jamais de prison. Pour protéger la petite – la fille d’Adeline –, la famille, la société et le protéger de lui-même.» Selon les experts, le prévenu ne peut être soigné pour le moment et représente un grave danger pour la sécurité publique, mais vu son âge, 42 ans, il n’est pas incurable pour le restant de ses jours.

«Un médecin ne peut demander l’internement à vie, car cela va à l’encontre de son éthique», analyse Esther. L’ancienne institutrice devance les critiques: «L’internement à vie est contraire aux droits humains, mais lorsqu’il a tué Adeline, elle n’a pas eu la chance d’évoquer les droits humains… Sa mort, nous pouvons l’accepter. La manière dont elle est morte, nous ne l’accepterons jamais. Il a joui de la terreur et de la détresse d’une mère avant de l’égorger et il en jouit encore quand il en parle. Ecrivez-le. Les gens doivent savoir. Il est vide, on ne le considère pas comme un être humain.»

Encore des zones d’ombre

Ce procès abordera-t-il en trame de fond le fonctionnement du centre de La Pâquerette où travaillait Adeline M. comme sociothérapeute? Ses parents l’espèrent, sans pour autant réclamer des poursuites pénales contre des fonctionnaires, qui ont «plus ou moins avoué des erreurs». Ils comptent sur la commission d’enquête parlementaire pour apporter des réponses claires aux dysfonctionnements (lire ci-contre). Car des zones d’ombre persistent: «Pourquoi a-t-on accepté Fabrice A. à La Pâquerette? Comment s’est fait ce choix? Avant le drame, La Pâquerette a-t-elle aussi bien fonctionné qu’on veut le dire?» interroge Jean-Claude. «Est-ce que les expertises françaises réalisées après le second viol commis par Fabrice A. étaient connues des employés de La Pâquerette? Je suis persuadée que si ma fille les avait lues, elle n’aurait pas fait cette sortie», relève Esther.

«Les détenus sont tristes pour nous. Ils l’aimaient beaucoup. Ils disent combien la sociothérapie leur a été utile.»

Le drame du 12 septembre 2013 laisse des séquelles immenses. La fille d’Adeline M., âgée de 3 ans et demi, a pris l’habitude de se balader au cimetière pour arroser les plantes sur la tombe, pour «arroser sa maman», dit-elle avec ses mots. Esther évoque aussi le traumatisme d’une autre de ses petites-filles. «Elle refuse d’écrire le 12 septembre. Et elle ne veut plus fêter son anniversaire en octobre avec sa famille, parce qu’elle se souvient que tout le monde pleurait il y a trois ans.»

Plus surprenant, des ex-détenus suivis par la sociothérapeute les ont contactés ou se sont rendus à leur domicile. «Ils sont tristes pour nous. Ils l’aimaient beaucoup. Ils disent combien la sociothérapie leur a été utile.» Esther et Jean-Claude n’aspirent désormais qu’à une chose: voir la déferlante judiciaire, parlementaire et médiatique s’arrêter.

Créé: 02.10.2016, 20h47

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Le Conseil d’Etat ne fait pas recours

Deux décisions touchent au volet administratif du drame d’Adeline M. La Commission d’enquête parlementaire visant à faire la lumière sur les dysfonctionnements institutionnels a annoncé vendredi que Pierre Conne remettait son mandat de rapporteur. Ce changement n’a rien d’anodin. Le député PLR avait produit en août un document jugé insatisfaisant par ses collègues. Ses remplaçants Roger Deneys (PS) et Thomas Bläsi (UDC) doivent mettre le turbo pour résumer des milliers de pages. Repoussée trois fois, la livraison du rapport est prévue d’ici à la fin de janvier. Autre nouvelle, le Conseil d’Etat a décidé la semaine passée de ne pas recourir contre l’arrêt de la Cour de justice annulant sa sanction prise à l’encontre de la directrice du Service d’application des peines et mesures. L’Etat ne dispose pas d’une voie de droit pour agir. Le Département de la sécurité confirme, sans commenter. Déçue de la décision de la Cour, la mère de la victime réagit: «Nous devons en conclure que si Adeline est morte, c’est la faute à pas de chance. Plus personne n’est responsable de rien.»
S.R.

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