«L’Amérique, ce n’est pas Trump!»

InterviewRecyclé en ambassadeur de l’écologie, Al Gore s’affiche dans «Une suite qui dérange». Quitte à essuyer la critique.

Al Gore repart au front de la sauvegarde de la planète avec son nouveau film, «Une suite qui dérange:le temps de l’action».

Al Gore repart au front de la sauvegarde de la planète avec son nouveau film, «Une suite qui dérange:le temps de l’action». Image: Reuters

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De Toronto à Cannes, Al Gore court les festivals avec son deuxième documentaire, Une suite qui dérange. Le voilà ambassadeur de l’écologie planétaire au Festival du film de Zurich. Onze ans après Une vérité qui dérange, l’ancien vice-président des Etats-Unis rappelle une situation toujours urgente. Ses détracteurs le taxent de globe-trotter opportuniste, alarmiste. «L’animal politique», fin stratège de la communication, en a vu d’autres. A la fin de son film, il sort du bureau du président, sans expliciter ce qui s’est ourdi avec Donald Trump. Les Etats-Unis, apprendrait-on ensuite, rompaient les accords de la COP21 signés à Paris en 2015.

Avez-vous tenté de revoir Donald Trump?

Je ne perds plus mon temps à essayer de le faire changer d’avis. Bonne chance à celui qui réussira là où j’ai échoué. Néanmoins, l’Amérique n’est pas Donald Trump, ses institutions le garantissent. Trump s’est isolé dans cette affaire. Grâce aux représentants du peuple, les quotas fixés par la COP21 seront respectés. Je note aussi que le retrait de la convention ne pourra être activé qu’au lendemain de la prochaine élection présidentielle.

Reste à financer ces accords, plus de 100 millions de dollars.

Ce sera un point crucial lors de la COP23 (ndlr: A Bonn, en novembre). Mais les pays émergents comprennent que les capitaux investis dans ces mesures transitoires vers des énergies propres seront des millions de fois plus conséquents que les aides actuelles. Ça peut favoriser leur adhésion. D’autant que ces pays n’arrivent plus à respirer leur air!

La réfutation de faits scientifiques, si courante chez vous, vous frustre?

Les Etats-Unis nient ces faits à un niveau unique au monde! Un dicton chez moi dit que si vous voyez une tortue sur un poteau de clôture, elle n’est pas arrivée là toute seule. C’est pareil. Les plus gros pollueurs au carbone se sont associés pour influencer le Congrès à travers des lobbies qu’ils financent. Aujourd’hui, certains politiciens s’inquiètent de ne plus pouvoir manipuler le gouvernement avec cette nouvelle donne. Et puis la nature humaine résiste toujours au changement, repousse les délais… Je n’ai aucune sympathie pour ces négateurs, mais je comprends leur drame: ils sont en train de perdre.

Pourquoi insister sur l’interaction entre écologie et démocratie?

Le pouvoir de la finance lourde tend à accélérer des changements inutiles. Les réseaux sociaux, Internet en général, ont bouleversé ce jeu des influences et remis l’individu au premier plan, les faits, les idées. Au-delà de son programme, je crois au candidat Bernie Sanders quand il montrait l’an dernier pouvoir faire campagne sans les lobbies. J’y vois l’occasion de restaurer l’esprit démocratique.

Vous voyez-vous en électron libre?

Oui. J’ai voulu être président des Etats-Unis, la meilleure position pour provoquer des changements positifs. Ce n’était pas pour moi. Je me suis cherché une nouvelle fonction, hors de la politique. Laissez-moi vous dire que j’adore ça.

Quel poids exercez-vous encore?

Rappelez-vous Janis Joplin qui chantait les mots de Kris Kristofferson, de Nash­ville, dans mon Etat natal: «Freedom is just another word for saying nothing left to loose» («Liberté, c’est simplement un mot pour dire qu’il n’y a rien à perdre»).

Les échecs sont vôtres, dites-vous. Vous sentez-vous seul?

Non, il suffit de voir tous les activistes de par le monde. En Suisse, d’ailleurs, ils sont très nombreux! Je considère néanmoins comme une erreur personnelle de n’avoir pas été assez rapide. Tout s’accélère, mais réussirons-nous à éviter le point de non-retour? C’est une course.

Que faites-vous pour la planète?

Je suis végane depuis cinq ans. J’ai équipé ma ferme de chauffage solaire, d’énergie recyclable. Je conduis une voiture électrique et joins le geste à la parole. Et même si je tente de minimiser mon impact personnel, comme nous vivons dans un système basé sur l’énergie carbone, j’ai volé sur Swiss à Zurich.

Vos détracteurs le rappellent.

Mon message me semblait assez important pour payer ce coût. L’avion, c’est 2% du problème global. Or, les recherches d’alternatives ne toucheront pas ce domaine avant longtemps. Mais nous pouvons augmenter la «taxe pollueur». Au-delà, la technologie progresse par à-coups. Voyez le téléphone fixe qui passe d’un bond au cellulaire. Nous adopterons l’énergie solaire en sautant des étapes.

Le film vous met en avant. Au risque de vous attribuer le succès de la COP21, par exemple.

Les réalisateurs Bonni Cohen et Jon Shenk ont filmé ce qu’ils ont vu avec un contrôle entier. Ils ne font, par exemple, qu’enregistrer les éloges de la ministre indienne ou du président Obama sur mon action. Cela dit, la COP21 a réussi grâce à tous, François Hollande en premier, qui n’a pas eu assez de crédit. De toute évidence, des centaines de personnes ont contribué à ce sommet décisif.

Qu’est-ce qui vous dope quand la Terre entière vous accuse de propagande, de nombrilisme, de tourisme écolo chic, etc.? La drogue, comme Janis Joplin?

(Rires.) Du café. Du Coca Light dans le temps. Sérieusement, je me sens privilégié et à ma place.

Etes-vous plus efficace ici que jadis à la Maison-Blanche?

D’une certaine manière. Je ne m’illusionne pas, président des Etats-Unis, je le répète, c’est le meilleur job pour changer le monde. Mais je n’y retournerai pas, je me décris comme «un malade de la politique en rémission». (24 heures)

Créé: 10.10.2017, 20h31

En dates

1948 Naît à Washington, originaire du Tennessee, qui le lance en politique.

1971 Pacifiste et journaliste militaire au Vietnam.

1977 Siège à la Chambre fédérale, puis au Sénat jusqu’en 1993.

1992 Elu 45e vice-président de Bill Clinton, réélu avec lui jusqu’en 2001.

2000 Candidat à la présidence des Etats-Unis.

2004 Fonde Generation Investment, fonds d’investissement pour l’économie durable, au budget de 5 milliards de dollars; membre de la direction d’Apple et de Google.

2006 An Inconvenient Truth, gros succès à Cannes et Sundance, puis en salles. Deux oscars suivent.

2007 Lauréat du Prix Nobel de la paix.

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