«Cette aventure est aussi exaltante que flippante!»

Grand AngleMarie Tabarly a transformé le mythique Pen-Duick VI de son père en laboratoire flottant. Elle y accueille des invités de tous bords pour réfléchir à l’avenir de la planète.

Après l'Islande et le Geoenland, Marie Tabarly et Elemen'Terre se sont arrêtés aux Açores à la fin de l'été.

Après l'Islande et le Geoenland, Marie Tabarly et Elemen'Terre se sont arrêtés aux Açores à la fin de l'été. Image: MARTIN KERUZORE

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Même sur la terre ferme, elle sait clairement où elle va. Marie Tabarly (35 ans) est une fonceuse. Ses sourcils souvent froncés par la gravité de son propos – l’état de la planète – contrastent avec un sourire qui n’est jamais très loin. De passage en Suisse avec son «binôme», le recordman du monde de slack­line Théo Sanson (ndlr: invité sur la première escale, il est devenu un acteur central du projet ainsi que le compagnon de Marie), cette amoureuse des chevaux et des océans s’attelle sans rechigner à la partie promotion de son projet Elemen’Terre, construit autour du mythique monocoque de feu son père, le marin Éric Tabarly.

L’idée de base est simple: le Pen-Duick VI, avec ses ressources limitées, représente la planète. Marie Tabarly et son équipage y invitent des personnes de tous bords – artistes, politiciens, scientifiques, chefs d’entreprise – pour débattre de questions écologiques. Une sorte de think tank flottant au casting évolutif (lire ci-contre), dont les membres peuvent ensuite devenir des ambassadeurs du projet pour que le fruit de ces réflexions soit partagé avec le plus grand nombre.

Difficile à expliquer

«Vous êtes bien la première à nous dire que l’Elemen’Terre Project est facile à comprendre! (Éclat de rire.) En effet, l’idée de base est claire, mais ça se complique quand on essaie d’expliquer l’étape suivante, c’est-à-dire comment on transforme ces expériences et ces échanges en quelque chose de concret. En plus, on a tendance à s’enflammer, à aider d’autres associations, à mettre en place plein d’actions en parallèle, et ça explose de tous les côtés! Mais si l’on veut sauver le monde, on ne peut pas se contenter d’un seul projet.»

Cette effervescence est également présente à peine une étape terminée. «Sur la navigation du retour, on a deux ou trois semaines pour débriefer, partager des images et éditer des podcasts, donc pour tirer les conclusions de nos échanges. Mais très vite on ne peut s’empêcher de se projeter dans la prochaine étape.» Les plans financiers ou médiatiques ultracarrés, très peu pour cette aventurière qui fonctionne au feeling et saisit les occasions avec enthousiasme.

Grands moments d'insécurité

«Plus on rencontre d’experts, plus on a envie d’élargir notre horizon, confirme cette Martiniquaise et Bretonne. Cette aventure est aussi exaltante que flippante!» «Plus on apprend, plus on se rend compte qu’on est ignorants», complète Théo Sanson, qui s’occupe notamment des interviews à bord et des podcasts pour faire rayonner les échanges loin à la ronde. «Théo est très cérébral, très scientifique. Il est brillant au moment d’anticiper les problèmes et de comprendre les engrenages; moi, je suis une fonceuse idéaliste, rigole Marie Tabarly. On est très complémentaires, et aujourd’hui on porte clairement ce projet à deux. Ou alors à trois, avec le bateau! Même si l’on est convaincus par ce que l’on fait, il y a des grands moments d’insécurité. Qu’elle soit personnelle, budgétaire, météorologique ou humaine.»

Il n’aura fallu «que» trois ans entre le moment où l’idée de base a germé dans la tête de la comportementaliste équine de formation et le départ. «Le projet peut mourir à tout moment, comme il peut décoller encore plus haut, reprend son instigatrice. Pour le moment, nous sommes sur quelque chose de sain et de structuré, mais il faut toujours convaincre des partenaires d’embarquer avec nous.»

Des sponsors qui sont triés sur le volet, pas question d’utiliser Elemen’Terre Project pour faire du greenwashing. «On essaie de tisser un énorme réseau de valeurs et de mettre en lien des individus avec des entreprises. Les étapes, c’est juste la pointe de l’iceberg. Une fois à terre, on fait tout le reste. Et on apprend à mesure qu’on avance. Mais on avance.»

Créé: 17.11.2019, 11h00

(Image: THE ELEMEN’TERRE PROJECT)

(Image: THE ELEMEN’TERRE PROJECT)

(Image: THE ELEMEN’TERRE PROJECT)

À chaque fois une destination, un thème et des personnalités

Autour de Marie Tabarly et de Théo Sanson, l’équipage est composé de quatre marins professionnels, de quatre artistes en résidence et de deux techniciens média. Ils sont rejoints pour une durée d’une à trois semaines, par des invités et ambassadeurs.
Le musicien Yann Tiersen, les sportifs Frédéric Buyle (apnée) et Coralie Balmy (natation), les astronautes Jean-Jacques Favier (photo) et Jean-François Clervoy, ou encore Nicolas Hulot, ont tous fait partie de ces invités choisis pour embarquer sur le mythique monocoque.
Ce sont donc à chaque fois de dix à quatorze personnes qui doivent cohabiter dans un espace restreint avec des ressources restreintes. Tous se relaient pour s’occuper du bateau.
En automne 2018, Pen-Duick VI met le cap sur les deux premières destinations: l’Islande et le Groenland. À chaque fois, le lieu doit résonner avec la thématique et les invités à bord. Le programme est défini, mais il reste toujours une part d’improvisation liée, notamment, à la météo. Comme quand cet ouragan a frappé la troisième étape aux Açores – dont le thème était l’océan et l’espace, rassemblant apnéiste et astronautes – en octobre dernier. La suite? Le Sénégal en 2020.
elementerre.earth

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