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Qui se bat pour quoi dans l’immense chaos du Brexit?

Le Royaume-Uni a obtenu un sursis. Mais l’heure tourne et une rupture brutale reste possible. Tour d’horizon des lignes de fractures.

Keystone

«Reprendre le contrôle» de leur pays: c’était la promesse faite aux Britanniques en 2009 par David Cameron, l’initiateur du Brexit. Dix ans, un référendum et deux élections nationales plus tard, ils peuvent légitimement se demander s’ils n’ont pas été trompés tant l’épreuve de force avec l’Union européenne tourne un peu plus chaque jour à l’épreuve de… réalité. Paradoxe ultime: ils pourraient même se retrouver convoqués à des élections européennes en mai.

La première ministre britannique a échoué deux fois devant son parlement à faire adopter son accord de retrait de l’UE péniblement négocié avec les vingt-sept. La semaine prochaine, elle le mettra pour la troisième fois au vote des députés. À la suite de quoi toutes les options seront à nouveau sur la table. En effet, rares sont ceux à imaginer qu’elle puisse renverser le sort. «Si elle perd d’une dizaine de voix, elle tentera sans doute d’organiser un quatrième vote», estime Anand Menon, professeur de politique européenne à l’université King’s College London. «Elle aura en revanche du mal à survivre à un nouveau rejet de grande ampleur.»

Derrière elle, tous se tiennent déjà prêts. Son propre parti réfléchit sérieusement à la pousser à la démission pour éviter que les travaillistes n’organisent un vote de défiance à son égard qui provoquerait une élection générale anticipée. Quoi qu’il en soit, le Parlement devra décider de la voie à suivre. Vite. Sans quoi la possibilité d’un «no deal» réapparaîtra dès le 12 avril. Dans à peine trois semaines.

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Un «deal»

Theresa May l’a assuré jeudi soir après la réunion du Conseil européen: «Je ferai tout pour que nous puissions sortir avec un accord et mener le pays de l’avant.» Cet accord porté par la première ministre conservatrice vise à sortir au plus vite le Royaume-Uni de l’UE pour pouvoir négocier les relations commerciales futures entre son pays et les vingt-sept.

De son côté, le parti travailliste (opposition) est tiraillé. Il veut également un accord avec l’UE, mais pas celui de Theresa May. Sa solution serait de maintenir le Royaume-Uni dans une union douanière avec l’UE. Mais il redoute encore plus que Theresa May perde le pouvoir - elle peut être renversée à tout moment - et que son successeur soit un Brexiter radical qui mènerait le pays vers une rupture totale avec l’Europe. Pour éviter cette éventualité, les travaillistes refusent l’accord actuel et espèrent qu’une large défaite de Theresa May provoque des élections anticipées leur permettant de prendre le pouvoir.

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Un «no deal»

Député conservateur et vice-président du groupe de recherche européenne (ERG), qui rassemble les eurosceptiques les plus ardents, Mark Francois est apparu ces quinze derniers jours comme l’opposant le plus virulent au Brexit modéré proposé par la Première Ministre. Alors que certains de ses collègues ont officiellement envisagé de soutenir l’accord lors du prochain vote par crainte de voir le Brexit leur filer entre les doigts, il estime que «l’accord sera défait une nouvelle fois la semaine prochaine. Nous nous battons pour honorer la décision de 17,4 millions de Britanniques.» Pour lui, un Brexit passe forcément par une coupure nette avec l’UE, aussi bien économiquement de politiquement, à travers un «no deal». Le Royaume-Uni serait ainsi en mesure de signer ses propres accords commerciaux.

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Un second vote

Après avoir initialement considéré que le Parlement devait suivre le résultat du référendum, Dominic Grieve, un député conservateur réputé, fait désormais campagne pour un second référendum. Il refuse de soutenir l’idée d’un Brexit, qui, quelle que soit sa forme, appauvrira au moins à court terme le Royaume-Uni. «Si les gens veulent sortir de l’UE selon les termes de la première ministre, ils doivent avoir la possibilité de le faire savoir, ce qui mettra fin au blocage du Parlement», se justifie-t-il. Il réclame que l’option de demeurer dans l’UE soit présente sur les bulletins de vote. Pour ne pas passer pour de mauvais perdants et rendre leur message populaire, les partisans d’un second référendum qualifient l’exercice auquel ils aspirent de «vote du peuple».

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Paraître ferme

Depuis des mois, Emmanuel Macron a joué la carte de l’extrême fermeté. D’aucuns y voient le lointain écho du double veto mis par le général de Gaulle à l’adhésion britannique en 1963 et en 1967. À moins que cela ne s’explique par les appétits de la place financière de Paris, convaincue qu’elle serait le grand bénéficiaire d’un possible isolement de la City de Londres. À dix jours de la date fatidique, le jeune président assurait encore, jeudi, que si les députés britanniques votaient contre l’accord qui leur était proposé, cela mènerait, «c’est certain», à un «no deal». Un point «c’est tout». Huit heures plus tard, il avait radouci le ton. De Gaulle n’avait, lui, rien pu contre l’adhésion britannique. La fermeté française est parfois mise sur la touche.

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Préserver l’Union

L’obsession de Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, est d’éviter que le départ du Royaume-Uni ne soit un acide versé sur le ciment de l’Union. Il peut compter pour cela sur le secrétaire général de la Commission, Martin Selmayr. Au cours des dernières semaines, le juriste allemand a tracé les «lignes rouges» qui ont amené à resserrer la contrainte sur le parlement britannique et reprendre le contrôle d’une négociation qui risquait de se finir en crash pur et simple. Une ligne qui plaît à Berlin et pourrait aboutir au «no Brexit at all» (pas de Brexit du tout) redouté par les Brexiters. Jeudi soir, à un journaliste britannique qui lui demandait jusqu’à quand pourrait durer une «extension longue» de la négociation encore en cours, Juncker a répondu: «jusqu’à la fin».

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Éviter le «no deal»

Angela Merkel n’est jamais autant à son affaire que lorsqu’elle manœuvre pour faire avancer ses partenaires vers la solution qui lui plaît. En l’occurrence: éviter que le Royaume-Uni se retrouve du jour au lendemain et pour longtemps coupé du marché européen, provoquant des dégâts économiques colossaux. Cette semaine à Bruxelles, elle a une nouvelle fois administré la preuve de son savoir-faire. Les Allemands abhorrent l’idée d’une sortie du Royaume-Uni, qui a toujours été un contrepoids utile aux grandes ambitions et au colbertisme français. Dans les jours qui viennent, c’est elle, encore, qui donnera le ton. Espère-t-elle secrètement que le cours des choses imprimé par le référendum de 2016 soit finalement inversé? Elle seule le sait.

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