«C'est rare de pouvoir vivre l'Histoire en temps réel»

VidéoIl y a trente ans exactement, le mur de Berlin était abattu. Témoignages de Vaudois qui ont vécu les événements de près.

Trois Vaudois qui ont vécu de près ce tournant majeur de l'Histoire raconte en vidéo leurs souvenirs.
Vidéo: Fabien Grenon

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Le 9 novembre 1989, tombait le mur de Berlin, symbole d’une Europe coupée en deux par plusieurs décennies de guerre froide. Rapidement, la nouvelle se répand, passe les frontières et marque les esprits. À tel point qu’aujourd’hui, trente ans plus tard, beaucoup se rappellent du moment où ils l’ont apprise.

Pour la plupart, les Vaudois ont pris connaissance des événements à la télévision ou en ouvrant un journal. Mais certains ont eu la chance de pouvoir les vivre sur place. À l’image de Francine Perret, une enseignante lausannoise aujourd’hui à la retraite, qui était en voyage à Berlin-Est. «J’accompagnais un groupe de jeunes sportifs pour une compétition», raconte-t-elle. Installée dans un hôtel tout près de la porte de Brandebourg, la Lausannoise était aux premières loges pour assister à ce tournant historique. «Le 9 au soir, on a entendu et vu des dizaines de camions militaires rouler en direction du Mur», se remémore la retraitée. Équipée d’un camé­scope, elle décide d’aller voir de plus près ce qui se passe. «Bloquée par des barrières, je me trouvais assez loin de Brandebourg, mais j’entendais qu’à l’Ouest, ça s’agitait beaucoup.» Devant ses yeux, des manifestants escaladent alors l’ouvrage en béton en poussant des cris de joie. «C’était très émouvant de voir et d’entendre toute cette liesse au loin, souligne-t-elle. À l’Est, les gens observaient dans le calme, incrédules.»

Et le lendemain, l’enseignante continue de filmer. «Je me rappelle des files d’attente gigantesques aux abords de la gare de Berlin-Friedrichstrasse où les gens attendaient de pouvoir monter dans un train. Et le soir, je les voyais revenir avec des sacs remplis de courses.»

«C’était l’euphorie»

À l’automne 1989, Anne-Cécile Uldry était à Hambourg où elle travaillait comme jeune fille au pair. «J’ai assisté à la chute du Mur à la télévision avec ma famille d’accueil, se souvient-elle. C’était l’euphorie, personne n’y croyait.» Des images qui l’ont d’autant plus marquée que, l’été précédent, elle avait pu se rendre en RDA (République démocratique allemande), tout près de Karl-Marx-Stadt (aujourd’hui Chemnitz), chez des connaissances de ses parents. «Je pensais beaucoup à tous les Est-Allemands que j’avais rencontrés là-bas et qui étaient alors à mille lieues de se douter que, quelques mois plus tard, les frontières allaient s’ouvrir.»

L’adolescente vaudoise assiste ensuite au défilé incessant de Trabant pétaradantes envahissant le bitume occidental et se mêlant aux Mercedes et autres voitures flambant neuves. «Au marché dominical du port de Hambourg, il y avait un afflux d’Allemands de l’Est. Je me souviens de leurs mines éberluées devant les cageots d’oranges et autres marchandises en vrac vendues à la criée.»

«Une ambiance indescriptible»

Conscient que l’histoire est en train de se jouer en direct, Philippe Reymond, alors doctorant en biologie à l’Université de Lausanne, décide de se rendre à Berlin avec des amis, quelques jours plus tard. «Quand on étudie l’histoire à l’école obligatoire, on est toujours fourré dans les livres. C’est rare de pouvoir la vivre en temps réel.» Dès son arrivée dans la ville réunifiée, le groupe de jeunes Vaudois se rend immédiatement au pied du «mur de la honte» tagué de toutes parts. «C’était fou de voir tous ces gens attroupés qui tapaient dessus avec des marteaux pour s’en procurer un morceau, souligne le doctorant d’alors. Et les Ossis (ndlr: Allemands de l’Est) ont très vite compris le fonctionnement du système capitaliste: certains vendaient déjà des fragments de l’ouvrage en béton ou louaient des marteaux pour s’en détacher un bout soi-même!»

Mais ce qui marque le jeune homme alors âgé de 28 ans, c’est l’ambiance étrange qui règne le long de l’ancienne frontière. «D’un côté, il y avait des gens partout qui faisaient la fête et, de l’autre, des soldats de l’armée de la RDA qui patrouillaient toujours et qui ne savaient pas quoi faire», relève-t-il. C’était une ambiance indescriptible qui tranchait radicalement avec l’image lourde que l’on avait du Mur jusqu’à sa chute.»

Créé: 09.11.2019, 08h04

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Des photos de Vaudois ayant vécu la chute du mur de Berlin

Des photos de Vaudois ayant vécu la chute du mur de Berlin La plupart des Vaudois ont appris la nouvelle à la télé ou dans le journal. Mais certains ont pu vivre les événements de tout près.

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