Capitaine du Lausanne-Sport et titulaire d’un CFC, c’est possible

FootballSport de haut niveau et formation professionnelle ne sont pas incompatibles. A Lausanne, le CSEL a développé un modèle qui fonctionne

Olivier Custodio a terminé son apprentissage. Son coéquipier Jordan Lotomba a pris le relais.

Olivier Custodio a terminé son apprentissage. Son coéquipier Jordan Lotomba a pris le relais. Image: Leo Duperrex

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«Beaucoup de gens pensent que c’est impossible. En vérité, on peut très bien concilier un apprentissage ou des études avec le sport de haut niveau.» Directeur du Centre Sport Etudes de Lausanne (CSEL) depuis sa création, voilà 15 ans, Jean-Marc Gerber le souligne avec une fierté légitime. Le modèle développé a fait ses preuves. Et aujourd’hui, par exemple, un jeune talent peut tout à fait être titulaire en Super League, et même capitaine du Lausanne-Sport, avec en poche un CFC qui lui a fait goûter à la «vraie vie» tout en lui permettant d’assurer ses arrières au cas où l’aventure sportive devait mal tourner. Ce joueur se nomme Olivier Custodio (21 ans). Il a obtenu cet été son CFC de gestionnaire de vente en magasin de sport et peut désormais se consacrer entièrement au football. L’esprit libre et avec le sourire.

«J’ai eu quelques difficultés à entrer dans le monde du travail, admet le milieu de terrain du LS. Avec l’apprentissage et l’entraînement, mes journées étaient souvent longues. Mais je m’y suis habitué. J’avais une petite routine; tout était réglé. Il était important d’aller jusqu’au bout. J’y ai surtout songé durant la deuxième année, lorsque c’était devenu compliqué pour moi dans le foot avec Marco Simone (ndlr: le coach italien avait décrété, de façon abrupte et surprenante, que Custodio n’avait pas le niveau pour espérer s’imposer ne serait-ce qu’en Challenge League).» Custodio avait intégré le contingent de la première équipe après un an et demi, soit à la moitié de son parcours d’apprenti.

Dans cette organisation exigeante, il s’agit en quelque sorte d’un ménage à trois, avec le joueur bien sûr, le club – en étroite collaboration avec le CSEL – et l’entreprise qui fait l’effort d’intégrer le sportif. Chacun doit y trouver son compte. Ce qui semble être le cas. «L’entreprise nous donne carte blanche, précise Sébastien Duprey, gérant chez Ochsner Sport et qui s’est occupé directement de Custodio. Cela demande un peu d’organisation, notamment pour l’aménagement des horaires, mais le résultat est là. Le joueur a brillamment réussi ses examens et sa carrière sportive parle d’elle-même.»

N’y a-t-il pas un risque de jalousie de la part des collègues du magasin? «Non, au contraire, assure Duprey. On soutient le sportif et tout le monde est conscient qu’il représente un plus pour l’entreprise. Ces jeunes talents sont généralement très impliqués. On sent la rigueur de l’entraînement. Et ils ramènent en quelque sorte cet état d’esprit en magasin. Il ne faudrait pas croire qu’ils obtiennent un diplôme au rabais, c’est même tout le contraire. Pour moi, leur présence et leur comportement sont vraiment tops.» Depuis quelques semaines, Jordan Lotomba (17 ans) a pris le relais chez Ochsner. Avec la même envie que celle affichée sur le terrain.

«On accompagne le sportif. Notre structure facilite le suivi, mais c’est lui qui, bien sûr, fait l’essentiel du job, rappelle Jean-Marc Gerber. Pour Custodio, la montée en Super League et les différentes offres qu’il a reçues auraient pu lui faire perdre la tête. Mais ça n’a pas été le cas. C’est donc un beau chemin qui a été parcouru.»

«Ils savent se battre»

Le CSEL héberge actuellement 31 internes qui représentent cinq disciplines différentes (80 externes sont aussi concernés). Une quinzaine d’entre eux suit un apprentissage, les autres vont au gymnase ou suivent les cours de différentes écoles.

«On a formé des ferblantiers, des ramoneurs, des polymécaniciens, des parqueteurs ou des gestionnaires de vente, note le patron du CSEL. Nous avons même un garçon, un hockeyeur, qui souhaitait faire l’école horlogère et qui se rend tous les jours à la vallée de Joux. Nous avons la chance d’avoir noué des contacts avec des entreprises et des écoles qui jouent le jeu. Un véritable dialogue existe en permanence et c’est fantastique. Quant aux sportifs, ils sont très structurés. Ils savent déjà ce que veut dire gagner ou perdre. Ils savent se battre.» (24 heures)

Créé: 18.10.2016, 08h11

Commentaire

Nécessaire et surtout responsable

Le sport d’élite augmente sans cesse ses exigences. Il ne laisse que peu de temps (ou de forces) à ceux qui espèrent se faire un nom. Souvent, les jeunes talents font donc le choix de s’y consacrer corps et âme, avec tous les risques que cela comporte, notamment pour des parents parfois effrayés. C’est particulièrement vrai pour les disciplines les plus médiatisées, dont le football bien sûr, qui fait miroiter de (très) gros salaires à des garçons de plus en plus jeunes. Mais pour une carrière couronnée de succès, combien d’échecs et d’espoirs brisés, de vies mal emmanchées?

Une autre voie existe, qui part du principe qu’un parcours réussi passe aussi par un équilibre et une tête bien faite, assortis d’un sens aigu des réalités. Le LS – à qui l’on prête actuellement, et avec raison, beaucoup de vertus – s’est engagé dans cette voie. Le LHC l’a suivi. D’autres encore. C’est non seulement nécessaire, mais c’est surtout responsable.

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