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Le cercle des adolescents disparus

Avec «Darkest Minds», l’industrie hollywoodienne rêve d’un nouvel «Hunger Games». En vain.

A 16 ans, les ados de «Darkest Minds» connaissent leurs références. Ainsi de Liam (Harris Dickinson), quand il expose les règles du jeu à Ruby (Amandla Stenberg). «On dira que tu es Harry Potter, tandis que moi, au mieux, je pourrais être un Ron ou une Ginny». À chacun ses superpouvoirs. Car dans le monde de «Darkest Minds», à peine décalé du nôtre, les enfants ont été éradiqués à 90% par un mal mystérieux. Traqués par les milices des adultes, les survivants se classent par couleurs, selon leur modification génétique. Les Bleus sont dotés du pouvoir de télékinésie, comme Liam, les Jaunes contrôlent l’électricité, les Verts disposent d’un Q.I. hors du commun. En haut de la pyramide trônent les Rouges qui contrôlent le feu, et les Oranges comme Ruby, qui maîtrisent l’esprit d’autrui. Ces deux strates incarnent la dangerosité maximale. Ruby la brunette peut donc se revendiquer l’égale de Harry Potter, tandis que son amoureux Liam, moins puissant, reste au niveau d’un Ron.

Depuis plus de deux décennies, Hollywood n’a cessé de pourchasser les apprentis sorciers. Après que des générations de spectateurs ont grandi dans l’aura du collège de Poudlard, l’industrie cinématographique américaine a perpétué la magie avec «Matrix» ou «Twilight» en continuant à séduire ces spectateurs qu’elle avait initiés à la S.F. dystopique.

En ce sens, la trilogie «Hunger Games» scella définitivement un pacte avec les «Y.A.», ces jeunes adultes qui se reconnaissaient alors dans une thématique plus sombre et grave. Katnis Everdeen, l’héroïque rebelle à la tyrannie des dirigeants corrompus par l’argent, partait en guerre. Pour l’anecdote, Ruby, l’héroïne de «Darkest Minds», est incarnée par Amandla Stenberg, qui jouait déjà aux côtés de Jennifer Lawrence dans «Hunger Games». La petite se montre irrésistible, captée entre deux âges, à la fois ado rougissante au premier baiser et adulte face au dilemme philosophique. La force du film réside d’ailleurs dans son gang de juvéniles comédiens.

Au-delà, scruté et disséqué, par les sociologues et autres universitaires, le phénoménal succès du genre dystopique ne cesse de trouver des explications rationnelles. Ainsi, la relecture contemporaine du concept totalitariste se singularise par son expression générationnelle. Les jeunes adultes se méfient de leurs aînés et des marionnettes caricaturales qu’ils leur dépêchent, baudruches de la télé-réalité, sportifs dopés aux hormones et autres politiciens véreux. Certes, ils subissent, s’abreuvent d’infos sur les écrans saturés de leurs tablettes, cliquent et «like» sur les réseaux sociaux. Mais ils n’ignorent plus le pouvoir malfaisant des «trolls» et autres «fake news».

Jouant de ce miroir social, «Darkest Minds» ne se prive pas de dénoncer, traite abusive des enfants, gouvernements viciés etc. Dans ce premier épisode, le président des États-Unis, soucieux de son peuple comme de son fils qui a survécu, affirme chercher un remède à l’épidémie. Une ligue clandestine prétend venir à la rescousse des fugitifs. Un nirvana existe, caché dans les bois, refuge écolo digne des communautés babas cool d’antan. Mais la parano guette dans ce monde mensonger.

Surtout, le bon vieux mantra de la différence revendiquée fonctionne à fond, façon «X-Men», dans l’arc-en-ciel ethnique des Bleus, Verts, Jaunes etc. D’où un plaisant ping-pong de situations, où les répliques érudites fusent entre deux implosions électriques, où les effets spéciaux restent mineurs face aux pétages de plombs sentimentaux. Les producteurs, Shawn Levy and Dan Levine, gardent l’esprit de camaraderie cher à leur série TV «Stranger Things». La réalisatrice Yuh Nelson, après avoir mis en scène deux épisodes de «Kung-Fu Panda», caresse dans le sens du poil. Comme Ruby qui dans «Darkest Minds», s’efface de la mémoire d’autrui, le tout ne laisse qu’une trace fugace. S.-F. (USA, 95’, 14/16). Cote: VV

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