«Une colo, c'est un champ de mines pour un jeune moniteur»

JusticeLe Tribunal de Lausanne juge un jeune homme qui nie l’accusation d’abus sexuels de trois fillettes. Le psy Paul Bensussan tente de décrypter leurs allégations.

Le tribunal de Lausanne devra trancher entre un jeune homme qui conteste les faits et trois fillettes qui l'accusent

Le tribunal de Lausanne devra trancher entre un jeune homme qui conteste les faits et trois fillettes qui l'accusent Image: Philippe Maeder

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«Une colonie de vacances, c’est un champ de mines! Jamais je ne conseillerais à un jeune d’être moniteur», avertit Paul Bensussan. Expert-psychiatre français renommé, il possède notamment une vaste expérience en matière de délinquance sexuelle. Il a été longuement entendu mercredi au procès à Lausanne d’un homme d’une vingtaine d’années accusé d’abus sexuels par trois fillettes lors d’un camp de vacances en 2015 où il était moniteur.

Le prévenu considère n’avoir rien commis de répréhensible. C’est pour montrer toute la difficulté à trancher dans ce genre de cause que son défenseur, Me Gilles Monnier, a mandaté le Dr Bensussan. «J’ai hésité à accepter cette mission», confesse l’intéressé. Pourquoi cette hésitation? «Un jeune qui consacre ses loisirs à la colonie de vacances a le profil typique de l’abuseur», considère-t-il. Et d’ajouter qu’il est connu que ceux qui ont un comportement de grand ado sont des abuseurs potentiels.

Paul Bensussan s’est cependant attelé à la tâche, laquelle consistait à analyser les circonstances dans lesquelles ces accusations ont été révélées. Les trois enfants, nées entre 2004 et 2005, sont représentées à l’audience par leurs parents.

L’une des fillettes reproche au moniteur, alors que la colo était en excursion à la piscine, de l’avoir enlacée et mis ses mains sur ses seins. La deuxième affirme qu’il s’est frotté contre elle, qu’elle a senti son sexe en érection. La troisième l’accuse d’avoir glissé sa main sur son bas-ventre avec des mouvements circulaires. Tout cela est sorti à l’issue d’une discussion au sein de la colonie provoquée par l’inquiétude suscitée par l’une des fillettes qui pleurait dans sa chambre. Une des mamans a porté plainte, les autres parents ont suivi.

«Ma fille était en état de choc quand je l’ai récupérée, raconte ce papa. Elle n’osait plus dormir seule. Elle faisait pipi au lit. Elle avait complètement perdu confiance envers les hommes. Elle qui était très câline, elle n’avait plus ce comportement. Heureusement, aujourd’hui elle va mieux. La seule chose qu’elle dit espérer est que ce jeune homme soit puni en conséquence.» D’une manière générale, les deux ans et demi passés depuis cette histoire semblent avoir permis à ces fillettes de retrouver leur équilibre. «Je suis attristé d’entendre comment ces enfants ont été perturbées, réagit le jeune homme à l’écoute de ces témoignages. Mais en rassemblant mes souvenirs, je ne vois pas ce que j’ai pu faire de mal.»

«Cette affaire nous oblige à nous décentrer de notre seule intuition, explique le Dr Bensussan. Ma méthodologie consiste à décrypter la parole de l’enfant, non à la prendre de façon littérale. Je ne peux pas dire si les faits reprochés ont eu lieu ou non, mais que je pense avoir listé de nombreux paramètres en défaveur de l’abus sexuel.» Me Monnier se fait l’avocat du diable: «Quand trois ou quatre enfants accusent, n’est-ce pas qu’il s’est forcément passé des choses?» Paul Bensussan: «Justement! C’est parce qu’elles sont trois, qui toutes étaient dans la même chambre, que l’on ne peut pas exclure l’hypothèse d’une contamination. Les filles ont déclaré qu’elles se sont parlé. Cela plaide en faveur de fausses allégations. Il est possible que l’une d’elles ait trouvé l’attitude du moniteur à son égard non adéquate, qu’elle a troublé les autres filles en le leur disant.»

L’épisode le plus troublant est celui où l’accusé aurait caressé le bas-ventre d’une des enfants. «Là, de deux choses l’une, où cela a eu lieu, où cela n’a pas eu lieu. On ne peut invoquer ici une erreur d’interprétation. Pour autant, on ne peut écarter l’hypothèse que le jeune moniteur, adulte adulé, ait suscité des rivalités chez les filles et chez elles des activités fantasmatiques.»

Tout cela considéré, comment expliquer les perturbations observées par les parents chez ces trois enfants? «On peut bien sûr imaginer que ces actes ont eu lieu, répond le Dr Bensussan. Mais on sait qu’il n’y a pas de différence de signes chez un enfant convaincu d’avoir été abusé et un enfant qui a été réellement abusé.»

Le psy ajoute: «L’énorme erreur de l’accusé, qui est une personne très tactile, aimant toucher les gens, est d’avoir considéré que ses gestes ne peuvent avoir une conation sexuelle puisqu’ils n’en ont pas dans son esprit.»

La juge unique du Tribunal de police aura la lourde responsabilité de décider qui, du prévenu ou des plaignantes, est le plus crédible. Le procès se poursuit aujourd’hui. (24 heures)

Créé: 13.06.2018, 21h35

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