Coup de frein aux antennes 5G dans le canton de Vaud

TechnologieJacqueline de Quattro a décidé de geler provisoirement les projets d’antennes qui utilisent des ondes 5G. Elle a laissé entrevoir mardi un moratoire, avant de rétropédaler.

Nous avons posé la question aux badauds lausannois qui ont un avis plutôt mitigé. Notre micro-trottoir Vidéo: Fabien Grenon
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Jacqueline de Quattro l’a annoncé ce mardi matin devant le Grand Conseil: le Canton de Vaud va geler provisoirement les demandes d’autorisation d’installer des antennes de téléphonie 5G. Par principe de précaution, la conseillère d’État libérale-radicale attend la publication du rapport de l’Office fédéral de l’environnement concernant les impacts de la 5G sur la santé.

En plein débat sur la 5G au Grand Conseil, Jacqueline de Quattro a annoncé que son département, celui du Territoire et de l’Environnement, avait décidé de «suspendre toutes les autorisations qui pourraient nous être soumises», laissant ainsi planer l’idée d’un moratoire. Elle-même a par ailleurs rapproché cette décision du moratoire décidé par le Conseil d’État il y a quelques années autour de l’extraction de gaz de schiste.

Rétropédalage du Conseil d’État quelques heures plus tard, via une «note à la presse»: il y a bien une pause dans les procédures, mais ce n’est pas pour autant une suspension ou un moratoire. Concrètement, le département de Jacqueline de Quattro est en train de «retenir les dossiers relatifs aux antennes 5G», c’est-à-dire qu’il bloque les procédures d’autorisation des projets d’antennes. Une décision provisoire, qui prendra fin avec la publication du rapport fédéral. À l’inverse, un moratoire est décidé par le Conseil d’État lui-même et il s’agit d’une mesure forte. «Jacqueline de Quattro a assimilé les deux notions», indique son entourage.

Technologie et santé

Dans les faits, qu’il s’agisse formellement d’un «moratoire» ou d’une «retenue de dossiers», le résultat ces prochains mois sera sensiblement le même: aucune antenne utilisant la technologie 5G ne poussera dans le canton de Vaud.

«L’évolution technologique en général est indispensable à la population, mais la santé de la population est plus importante», explique Jacqueline de Quattro. Cette décision date «d’il y a quelques semaines», selon elle.

La surprise de Swisscom

Combien de projets ont-ils été gelés par cette décision? Swisscom ne souhaite pas donner de chiffres sur ses futures antennes 5G en terres vaudoises, pour des raisons de concurrence. «À ma connaissance, le Canton de Vaud est le seul à pratiquer de la sorte», explique Christian Neuhaus, porte-parole de Swisscom. La mesure d’ailleurs «surprend» l’opérateur téléphonique. «La technologie 5G est similaire aux technologies 3G et 4G, ajoute Christian Neuhaus. Ce sont des ondes qu’on connaît très bien. Aucune étude n’a montré quoi que ce soit de nocif avec les ondes 5G.»

Sunrise ne donne pas non plus de détails sur le nombre de ses projets concernés par la décision vaudoise. «Si un permis de construire nous est refusé arbitrairement dans le cadre d’une procédure d’autorisation, nous le ferons évaluer légalement», ajoute Rolf Ziebold, du service de presse de Sunrise. L’opérateur Salt n’était pas en mesure de répondre à nos questions mardi.

Députés pour un moratoire

L’annonce de Jacqueline de Quattro va en tout cas dans le même sens que la vision du Grand Conseil. Ce mardi matin en effet, le parlement vaudois a adopté par 94 voix contre 9 (avec 25 abstentions) une résolution demandant bel et bien un «moratoire» sur l’installation d’antennes 5G, d’ici à la publication du rapport fédéral. «Avec cette résolution, vous soutenez la volonté du Conseil d'État», a indiqué Jacqueline de Quattro aux députés.

Formellement, une résolution du Grand Conseil n’a aucun effet contraignant pour le gouvernement. Et donc l’annonce d’un coup de frein a réjoui plus d’un député vaudois ce mardi. Le Vert Raphaël Mahaim, auteur du texte de la résolution, est le plus virulent face à cette technologie. «La discussion sur la 5G a été menée à l’envers du bon sens le plus élémentaire dans notre pays. On a décidé de mettre en place cette technologie alors que sa nocivité n’a pas été étudiée suffisamment.»

Le Parti socialiste, lui aussi, soutient la mesure, avec quelques critiques. «Nous avons l’impression que M. Mahaim défend plutôt l’interdiction de la 5G qu’un moratoire, estime ainsi Jean Tschopp. Nous devons aussi faire un peu confiance aux scientifiques sur ces questions.»

La droite est beaucoup plus virulente, à l’image du libéral-radical Maurice Neyroud, qui s’est opposé au moratoire. Lui prévoit que l’étude fédérale ne prendra parti ni pour ni contre la 5G. Pour lui, l’idée d’un moratoire a un goût d’interdiction. «Or je constate que personne d’entre nous n’est capable ou n’a envie de se passer de son portable. Dans vingt ans, personne ne pourra se passer de sa voiture connectée, pour des questions de mobilité et de sécurité.»


Ma vie d'électrohypersensible

Créé: 09.04.2019, 21h05

Fronde

La question d’un moratoire sur l’introduction de la 5G agite les milieux politiques, en particulier en Suisse romande. Les demandes de suspension se succèdent.

Les Verts Ils sont au créneau dans plusieurs cantons. Les Vaudois ont lancé l’offensive le 21 mars. Les Fribourgeois ont rapidement suivi le 25 mars. Ils reprochent à l’Office fédéral de la communication d’avoir mis aux enchères les concessions en vue de l’exploitation de la 5G sans attendre les conclusions d’une étude fédérale sur les conséquences pour la santé. Ils dénoncent une décision «précipitée et incompréhensible». En plus d’un moratoire au niveau suisse, les Verts fribourgeois exigent la transparence des autorités cantonales et communales sur leurs intentions au sujet des permis d’installer des antennes 5G. Quelques jours plus tard, les Neuchâtelois suivaient le mouvement. Eux aussi veulent un moratoire. Ils annoncent une action dans les communes afin qu’elles appliquent le «principe de précaution».

Le PDC À Genève, le député PDC Bertrand Buchs a saisi le Grand Conseil d’une demande de suspension des installations. Et cela tant que la «non-nocivité de la 5G sur le corps humain» n’aura pas été démontrée.

Les citoyens Toujours à Genève, un collectif d’une vingtaine d’habitants s’est formé en vue de demander un moratoire.

Les Communes Certaines sont hostiles aux antennes depuis longtemps. Genève est ainsi très restrictive depuis 1999. En mars 2018, le Conseil municipal de Versoix (assemblée délibérante) a maintenu un moratoire introduit en 2003.

Philippe Maspoli

Task force spéciale

En Suisse, BERENIS, une task force de spécialistes mandatés par l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), scanne depuis 2014 la multitude d’études sur les effets des rayonnements non ionisant (RNI) sur la santé. Le but: trier les informations objectives des «intox». Les conclusions du groupe consultatif réunissent plus ou moins celles de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). À savoir: il n’existe pour l’heure aucune conclusion définitive.

Pour être plus précis, aucun effet sur la santé n’a été démontré pour les RNI émettant en dessous des normes internationales. La Suisse, particulièrement frileuse en la matière, fixe des normes bien plus basses que les limites recommandées par la Commission internationale pour la protection des rayons non ionisants (ICNIRP). Et pour l’instant les fréquences utilisées par les opérateurs pour la 5G ne sont pas plus élevées que pour les technologies précédentes. Le corps les absorbe donc de manière similaire. «Cependant, il existe des indications de certains effets physiologiques, par exemple sur les ondes cérébrales», explique Stefan Dongus, coordinateur de BERENIS. Leur nocivité est pour l’instant inconnue. En général, aucune étude ne permet de tirer de conclusion claire et définitive pour l’ensemble de ces technologies.

Que se passe-t-il si l’on utilise des fréquences plus élevées? Impossible de le dire non plus, faute de preuves empiriques. «La Suisse n’utilisera probablement pas les fréquences européennes avant 2022. Situées au-dessus de 24 GHz, celles-ci sont davantage absorbées par la peau. Mais étant donné que la 5G n’est pas largement utilisée en Europe, il existe très peu d’études sur l’exposition à cette technologie.»

Les opposants à la 5G se méfient tant des experts de BERENIS que de ceux de l’OMS, jugés trop proches de l’industrie et des gouvernements.

Lucie Monnat

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