Des entrepreneurs locaux expriment leur déception

VaudPlusieurs patrons vaudois déplorent l’attribution hors marché public d’une partie de la construction à une entreprise grecque. Le club se défend: c’est la seule solution.

Sacha Weibel, Patrick de Preux, Jean-Jacques Schilt, Jean-Luc Piguet, Martin A. Messner et Michele Desalmand ont présenté le projet, mercredi 2 février 2017.

Sacha Weibel, Patrick de Preux, Jean-Jacques Schilt, Jean-Luc Piguet, Martin A. Messner et Michele Desalmand ont présenté le projet, mercredi 2 février 2017. Image: ARC Jean-Bernard Sieber

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Pour plusieurs entrepreneurs de la région, dont certains font partie de la famille du Lausanne Hockey Club, la construction de la patinoire provisoire de Malley a un goût amer. Une société grecque s’est notamment vu confier le montage de la structure métallique, un contrat qui représente près du quart des 10,6 millions de francs de la facture finale. Mais si le projet n’a pas été attribué au titre d’un marché public, le LHC se défend: financièrement, c’était la seule solution possible.

Ancien entraîneur au sein du club, fan de longue date et patron du groupe romand de constructions métalliques R. Morand Fils, Gérard Strickler a partagé sa déception sur Facebook: «Construction de la patinoire provisoire de Malley adjugée à des Grecs! Seul critère d’adjudication: le prix. Aucune entreprise régionale, voire suisse n’a pu régater. Pour info, cela représente 15 emplois. Je crois que je vais aller voir les matches en Grèce, les billets sont pas chers. Je rigole, mais ça me fait mal au ventre.»

Avec d’autres, il se demande pourquoi ce chantier de plus de 10 millions n’a pas fait l’objet d’une offre de marché public, contrairement au futur complexe de sports et de glace de Malley? Municipal des sports de la ville de Lausanne, Oscar Tosato, a répondu mardi soir lors de la séance du Conseil communal au radical Guy Gaudard, lui-même patron, que la Ville ne faisait que mettre à disposition du LHC le terrain avec un droit de superficie gratuit. Guy Gaudard estime pour sa part qu’on a contourné la loi sur les marchés publics, la Ville étant actionnaire de 36% de la nouvelle société du Centre sportif de Malley (CSM, ex-CIGM).

Le LHC est maître d’œuvre

Dans les faits, le club du LHC est le maître d’œuvre de cette réalisation provisoire. Sacha Weibel, son directeur général, a expliqué hier que le déménagement dans l’infrastructure provisoire était devenu nécessaire, mais «il n’était pas prévu dans le budget». Le club doit donc prendre à son compte cette lourde charge de 7,7 millions de francs et le CSM 2,5 millions comme dédommagement. Il doit dès lors contracter un emprunt – remboursable sur 10 ans – de 7,5 millions auprès du CSM, celui-ci passant par un prêt bancaire cautionné par l’Etat de Vaud.

Le président du LHC, Patrick de Preux explique cette façon de faire par l’urgence de cette réalisation, la glace devant être préparée dès juillet prochain. Une procédure de marché publique n’aurait pas permis de tenir les délais, d’où la délégation de l’ensemble du projet à une entreprise générale. «Je peux comprendre une certaine amertume, dit-il. Mais il était important d’aller vite et d’éviter la procédure de marché public. Nous devions bloquer un prix et mettre en concurrence des entreprises totales pour obtenir la meilleure offre.»

C’est ainsi que le projet a été confié au groupe thurgovien Nüssli, spécialiste international des infrastructures sportives provisoires et qui a construit l’arène de la Fête fédérale de lutte à Estavayer. Martin A. Messner, son directeur général, admet que deux entreprises sont étrangères sur les douze partenaires, les autres étant vaudois ou suisses. «80% de nos travaux sont réalisés à l’étranger, relève-t-il. C’est la première fois que nous réalisons en Suisse une patinoire provisoire pour deux ans. Il est donc important de travailler avec des partenaires que nous connaissons de longue date pour éviter des erreurs.»

Une entreprise autrichienne – celle qui a réalisé la patinoire du Winter Classic au stade de la Praille - est ainsi chargée de la surface de glace alors que le montage de la charpente métallique – d’une portée de 96 m x 66 m – ainsi que l’enveloppe seront réalisés par une entreprise grecque. Le groupe Nüssli, qui a travaillé pour la Coupe de l’America aux Bermudes et pour l’Exposition universelle de Milan, a collaboré avec ce sous-traitant en Italie, en Allemagne et même en Chine, indique son patron. Cette collaboration permet une économie de 700 000 francs confirme-t-on du côté du LHC. Aucune société suisse n’aurait pu entrer en compétition.

1,3 million d’écart

Patrick de Preux tient à relever que le club n’avait pas le choix: «Nous avons été mis devant le fait accompli. C’est nous qui devions payer la patinoire provisoire. Pour un club comme le nôtre, trouver 7,5 millions de francs, ce n’est pas rien. Nous avons donc dû trouver la solution au meilleur prix possible. Cette entreprise nous la fournissait. En cas de dépassement, c’est elle qui l’assume. Nous lui avons fourni une liste d’entreprises locales afin qu’elles aient la préférence à prix égal.» Or, précise-t-il, pour les deux seuls sous-traitants étrangers, le montant est de 1,2 million (700 000 francs pour la charpente et l’enveloppe, 500 000 francs pour la surface de glace) inférieur à l’offre des deux entreprises fribourgeoises. «La différence est tellement énorme alors qu’on doit économiser chaque franc. Je défie qui que ce soit, surtout un entrepreneur, de payer cette somme en plus.»

Pour Gérard Strickler – neveu de l’ancienne idole Gérard Dubi - il s’agit d’une question de principe. Il ne comprend pas que le LHC, qui dépend du sponsoring des PME et de l’économie locale, confie ces travaux à une société grecque dont on aura de la peine à contrôler le respect des conditions de travail en Suisse.

Démission

Bien que le groupe Nüssli assure veiller au respect de toutes les règles, cette prise de position est partagée par d’autres personnalités proches du club. Parmi eux figurent des anciens joueurs bien connus tels Franck Monnier, patron d’une entreprise de chauffage et de climatisation, ainsi qu’Antoine Descloux, directeur de la société La Pati, qui a déjà transformé la patinoire de la Pontaise et qui est candidate à Malley.

Avec Gérard Strickler, le premier a décidé de claquer la porte de l’association Lions 1922, ce club de supporters qui réunit des patrons d’entreprises et représentants de l’économie régionale. Antoine Descloux déplore surtout, lui, que dans ce dossier les seules conditions financières priment. Lui et ses confrères ne peuvent pas se battre à armes égales: «Je suis toujours déçu de perdre, dit-il. Mais nous n’avons pas la même vision en matière de contraintes énergétiques et de qualité de glace que notre concurrent. Marché public ou pas, on ne joue pas dans la même catégorie.»

Créé: 01.02.2017, 22h13

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