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Les dames du Prix Femina ont tranché pour «La serpe»

Philippe Jaenada l’a emporté hier devant Véronique Olmi et Alice Zeniter, déjà recalées au Goncourt.

Philippe Jaenada a reçu mercredi le Prix Femina pour La serpe (Ed. Julliard) l’emportant au cinquième tour par 6 voix contre 4 à Véronique Olmi, auteur de Bakhita, déjà recalée au Goncourt comme sa consœur Alice Zeniter avec L’art de perdre. Et quelle satisfaction de voir ce conteur exceptionnel enfin distingué. Ce Femina, prix créé en 1904 en réaction à misogynie de l’époque, moqué jusque vers 1925 comme «le verdict d’un tribunal de pintades», salue un livre passionnant entre fiction romanesque et enquête criminelle. Comme dans son précédent récit, La petite femelle, Philippe Jaenada se transforme en Rouletabille à la Gaston Leroux, détective malin qui fouille les mystères d’un triple meurtre en 1941 pour y rétablir la justice.

Sans la pompe dramatique d’Hondelatte raconte, ni le palpitant artificiel des Histoires extraordinaires de Pierre Bellemare, La serpe charme par l’interaction des dilemmes de l’enquêteur avec les faits surprenants qu’il déterre. L’affaire Henri Girard pose en beau sac de nœuds, Jaenada commence par tomber en panne de voiture de location pour la résoudre. Qu’importe, depuis ce 25 octobre 1941, au château d’Escoire en Dordogne, trois cadavres gisent dans leur sang sans être vengés. Le père veuf a été massacré jusqu’à la tête en bouillie. Même traitement pour sa sœur Amélie, de surcroît, traînée sur le plancher. Plus loin, Louise la bonne a perdu la tête. Ils ne portent que des sous-vêtements, sans doute surpris. Le fils, Henri Girard, a donné l’alerte, il n’a rien vu, rien entendu, dormait dans une autre aile. Ce type que les gens du coin considèrent comme un propre à rien, un arrogant dépensier, devient vite un coupable idéal. N’avait-il pas acheté l’arme du crime, une vieille serpe jetée sur le lit de la servante? Sa main porte des marques comme s’il avait aiguisé une lame. Et d’ailleurs, qui d’autre aurait pu rentrer dans ce château claquemuré? Le suspect est emprisonné 19 mois, jusqu’au procès. Pourtant, en 1943, Henri Girard est innocenté en dix minutes par son brillantissime avocat, Me Garçon.

Ça ne se voit pas mais à l’intérieur, je frétille, je sautille, je galope, je bondis…

De là, le roman d’une vie assure. Henri Girard dilapide l’héritage, file au Venezuela, rentre au pays pour écrire un transpirant aventurier désabusé, la sauvagerie junglesque, l’appât du fric. Ce sera Le salaire de la peur sous le pseudo de George Arnaud. Henri-Georges Clouzot en tire le classique avec Yves Montand, Palme d’or à Cannes et Ours d’or à Berlin, William Friedkin un sublime Sorcerer, restauré récemment. Si ces honneurs redonnent à Arnaud du panache financier, sa réputation reste douteuse. Lui-même entretient le suspense, s’affirme coupable à Gérard de Villiers, dans une confidence extravagante digne des SAS. Décryptant les dossiers, confrontant les témoignages, Philippe Jaenada plonge en immersion dans ce paquet d’embrouilles. Et il entend réhabiliter un personnage que le non-lieu n’a pas rendu moins opaque.

«Ce livre, ce roman, raconte ce qu’on appelle une histoire vraie». A 53 ans, le romancier avoue pratiquer une méthode obsessionnelle, bossant huit heures dans son petit bureau saturé d’environ 8000 livres, cinq jours à son œuvre, deux jours au magazine Voici. De sa «capsule spatiale» dans laquelle il dort et écrit les volets fermés, il ne sort que vers 16 h, pour aller au café au pied de son immeuble. Pareille dévotion à la justice valait bien un Femina. «Je suis profondément touché, conclut l’intéressé, souvent malchanceux à la course aux prix. A l’extérieur, ça ne se voit pas mais à l’intérieur, je frétille, je sautille, je galope, je bondis…». A 53 ans, le romancier avoue pratiquer une méthode obsessionnelle, bossant huit heures dans son petit bureau saturé d’environ 8000 livres, cinq jours à son œuvre, deux jours au magazine Voici. De sa «capsule spatiale» dans laquelle il dort et écrit les volets fermés, il ne sort que vers 16 h, pour aller au café au pied de son immeuble. Pareille dévotion à la justice valait bien un Femina. ««Je suis profondément touché, conclut l’intéressé, souvent malchanceux à la course aux prix. A l’extérieur, ça ne se voit pas mais à l’intérieur, je frétille, je sautille, je galope, je bondis…»

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