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David Foenkinos court Après la beauté

Toujours sous l’emprise de la peintre Charlotte Salomon, l’écrivain trouve la grâce et la consolation. Interview.

Toujours sous l’emprise de la peintre Charlotte Salomon, l’écrivain trouve la grâce et la consolation.
Toujours sous l’emprise de la peintre Charlotte Salomon, l’écrivain trouve la grâce et la consolation.
Francesca Mantovani/Editions Gallimard

Longtemps porté sur l’absurdité du monde, ce romancier s’est examiné le nombril au point de s’interroger en 2007, avec autodérision: Qui se souvient de David Foenkinos? Il y a quelques années, la découverte de Charlotte Salomon, peintre de la fulgurance morte à Auschwitz en 1943, a recadré le tendre loufoque au cœur en bandoulière. La Berlinoise fantomatique le subjugue encore. Ainsi de son dernier roman, Après la beauté, où Antoine Duris, historien de l’art, compose avec l’au-delà en chuchotant à l’oreille des belles capturées sur les toiles des musées. Dissipant tout soupçon de la mièvrerie douceâtre qui engluait parfois ses affaires sentimentales, le romancier fuit vers des consolations et des hauteurs inespérées dans une quête d’absolu féroce et pourtant, apaisée. Face à la médiocrité, David Foenkinos relève la tête.

Quelle utopie de croire en la beauté, non?

J’en ai fait l’expérience à 16 ans pourtant. Gravement malade, opéré du cœur, je peux dire que les livres, puis le jazz, m’ont sauvé la vie. Toute cette sensualité artistique a cicatrisé mes blessures d’âme, elle a même autorisé ma reconstruction physique.

«Les tristesses s’oublient avec Botticelli» écrivez-vous. Que vous apporte encore Charlotte Salomon?

Cette peintre me comble, m’émerveille car elle réussit à montrer le chemin de l’essentiel. Dépassant les douleurs les plus vives, elle ouvre la voie et donne un supplément de vie. Votre héros bavarde avec la femme d’un tableau. Ça vous arrive aussi? Pas à ce point, même si j’ai l’impression de converser avec Charlotte Salomon depuis des années. Le portrait crée une intimité curieuse, un face-à-face du réel et de la fiction. Jusqu’à contenir la douleur d’être enfermé pour la postérité.

Cette «beauté douloureuse»?

Il peut y avoir de l’effroi dans la beauté. François Truffaut dit dans un dialogue de La Sirène du Mississippi (1969): «Tu es si belle. Quand je te regarde, c’est une joie et une souffrance». Cette intensité émotionnelle, ça me donne le frisson. Truffaut ne murmure-t-il pas en voix off tout au long de ce roman? Ce cinéaste m’influence depuis toujours. Par nature, j’aime la fantaisie, la légèreté mais en le fréquentant, j’y ai adjoint un fond plus grave, réaliste. Dans La délicatesse ou Les souvenirs, je ne cessais de rester attentif à sa narration. Encore aujourd’hui, je reste attaché à plein de moments dans le cycle Doisnel, leur cocasserie déjà…

Votre Antoine à vous se moque d’être confondu avec l’acteur Duris. Allez-vous le mettre en scène?

Je n’avais pas ça en tête, je le jure! Je prête beaucoup d’attention au nom d’un personnage. Car c’est un marqueur fort, une couleur. Si j’avais pris pour modèle l’acteur Romain Duris, j’aurais réduit son potentiel d’incarnation. Ce serait antinomique à ma démarche! Le patronyme d’Antoine Duris bruisse en moi comme l’histoire d’un mystère, d’un homme qui cherche à s’évaporer du quotidien. Nul ne sait ce qui lui est arrivé, sauf le fait que d’être assis sur une chaise, le dos au mur dans un musée, le console.

Coïncidence, votre intrigue est rattrapée par l’actualité de l’affaire Weinstein. En êtes-vous étonné?

J’ai écrit avant que n’éclate l’affaire. Mais je crois qu’on ne peut pas être romancier sans vivre dans la curiosité de l’air du temps. Ce qui a été déclencheur ici, c’était la dynamique de la douleur. Je voulais comprendre comment un traumatisme devient une bombe à retardement, la victime un cadavre en sursis. Parfois, rien ne peut exorciser ce mal-être absolu. Il peut subsister l’illusion de s’extirper de son destin mais le combat est vain.

Vos héros dérapent souvent dans une vie décalée. Qu’y cherchez-vous?

Une typologie de la douleur, peut-être. Un sujet qui ne peut s’aborder en fonctionnaire de l’écriture. J’essaye d’inventer, je doute tant. Tenez, Charlotte Salomon, je croyais avoir tourné la page, fermé le livre. Je constate qu’elle appartient tant à ma vie. Je reviens à elle avec constance, je veux la voir dans la lumière comme si j’avais envie de parler d’elle.

Où vous situez-vous désormais dans le paysage littéraire?

Oh, je n’ai pas toujours été populaire. À mes débuts, je recevais des prix mais je vendais peu de livres. Puis ce fut l’inverse, avec l’inévitable dédain critique qui s’ensuivit. Je vois ça comme une campagne politique, les favoris sont scrutés, applaudis puis décriés. Tant de facteurs annexes influent, l’image, les ventes, les médias. J’espère juste un rapport honnête avec ceux qui me lisent. Au contraire d’un film, un livre s’écrit dans la solitude. Je ne le montre pas, ne le partage pas. Et soudain, le monde s’en empare.

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Après la beauté

David Foenkinos, éd. Gallimard.

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