Deutsche Bank condamnée à suivre le modèle des grandes banques suisses

FinanceHéritant d’une banque d’affaires à la déroute, Christian Sewing pourrait suivre la stratégie adoptée par Credit Suisse et UBS.

Majestueux, le siège de la Deutsche Bank à Francfort masque bien les difficultés de la banque.

Majestueux, le siège de la Deutsche Bank à Francfort masque bien les difficultés de la banque. Image: Keystone

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Le conseil de surveillance de Deutsche Bank a nommé Christian Sewing au poste de PDG avec effet immédiat. Il succède à John Cryan, qui quittera la banque à la fin du mois.» Diffusé dimanche en fin de soirée, ce communiqué serait annonciateur d’une nouvelle ère pour la plus grande banque d’Allemagne, plongée dans la tourmente. Une nouvelle plutôt bien accueillie par les marchés, lundi, au vu de l’envol de l’action. Il faut rappeler que pour la première fois depuis des années, Deutsche Bank sera conduite par un directeur venu de la banque de détail et non plus de la banque d’investissement. Cette nuance est essentielle étant donné que toute la partie «banque d’affaires» de l’établissement allemand est à l’origine de sa plongée en enfer au cours de la dernière décennie. Aujourd’hui encore, à cause d’elle, la banque serait confrontée à un risque financier systémique colossal de plus de 60 milliards (d’après les estimations du Centre de gestion des risques de l’UNIL).

Christian Sewing prend donc les rênes d’un groupe plongé dans des difficultés telles que l’idée d’un démantèlement circule. «Si dans les deux ans environ les revenus ne se sont toujours pas redressés, nous pourrions assister à l’inimaginable aujourd’hui: le démantèlement de la Deutsche Bank et sa fusion avec d’autres établissements bancaires européens», déclarait à «Die Welt», à la fin de janvier, Ingo Speich, responsable d’un des grands fonds actionnaires de la banque allemande.

«Décisions difficiles»

Dans la foulée de sa nomination, le nouveau PDG a confirmé qu’il allait devoir «prendre des décisions difficiles» pour renouer avec les profits (la banque a perdu 735 millions d’euros en 2017, 1,4 milliard en 2016 et 7 milliards en 2015), dont certaines incluraient des changements dans la structure de la banque d’affaires. Difficile néanmoins d’en savoir plus. En termes de stratégie, le nouveau patron est resté évasif. «La priorité sera d’exploiter nos forces et de répartir nos investissements en conséquence. Et dans le même temps, nous allons chercher à libérer des capacités en faveur de la croissance en nous retirant des domaines où nous ne sommes pas suffisamment rentables», s’est-il contenté de déclarer.

Ses options apparaissent toutefois limitées. Deux hypothèses se dessinent: une cession d’actifs ou une nouvelle restructuration faisant suite à celle déjà entamée par son prédécesseur. Prenez l’hypothèse de la vente de tout ou partie de la banque d’affaires. Selon Anton Sussland, conseiller en investissement indépendant, celle-ci paraît totalement irréaliste. «Dans le contexte actuel, au vu des risques de litiges, aucun concurrent ne prendrait un tel risque», estime le spécialiste, qui considère d’ailleurs que Deutsche Bank ne possède aucun savoir-faire particulier à vendre.

Ce dernier rappelle à ce propos que le modèle d’une banque d’investissement est loin de celui d’une banque de détail en termes de fidélisation des clients et donc de fonds en gestion à céder lors d’une reprise. «Prenez Lehman Brothers, personne n’en avait voulu à l’époque», rappelle Anton Sussland. À noter qu’aucun des acteurs bancaires contactés lundi n’a souhaité apporter de commentaires à cette hypothèse. Dans la réorganisation attendue, Christian Sewing pourrait s’inspirer des modèles développés par les deux géants suisses Credit Suisse et UBS pour assainir le bilan de ses propres banques d’investissement et concentrer ses efforts sur la partie banque de détail et gestion de fortune.

Malgré un démarrage tardif (il aura fallu attendre l’arrivée de Tidjane Thiam à la tête de la banque en 2015), Credit Suisse s’est finalement réorganisée en choisissant de mettre ses solides compétences en «investment banking» au service de sa banque de gestion de fortune. À la fin de l’année dernière, le patron estimait d’ailleurs que ses objectifs de réduction des coûts établis pour 2018 seraient largement atteints.

Du côté d’UBS, sa restructuration marquée par la suppression de milliers de postes a porté ses fruits. La banque s’ose même à de nouvelles ambitions pour sa division banque d’affaires. Dans un entretien à Bloomberg, Andrea Orcel, directeur de la banque d’investissement d’UBS, évoque «un plan agressif de conquête de parts de marché aux États-Unis». Conscient des erreurs du passé, ce dernier assure que son but ne serait pas d’imiter le modèle d’une banque commerciale géante qui offre des prêts pour attirer les clients et leur proposer dans la foulée des produits financiers, mais celui d’une «banque d’investissement de la vieille école», qui gagne des affaires en fournissant des conseils et un service de qualité supérieure.

Créé: 10.04.2018, 07h16

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