Comment deux réformés voyaient les religions

1723Le MIR de Genève expose un étonnant catalogue illustré des religions du monde

Détail du frontispice du premier volume: toutes les religions groupées sur la même image!

Détail du frontispice du premier volume: toutes les religions groupées sur la même image! Image: MIR

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Cela fait dix ans que les sept volumes de «Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde» appartiennent au Musée international de la Réforme (MIR). L’institution n’avait jamais exposé ce trésor acquis en 2008. C’est chose faite jusqu’au 19 août, dans la salle des expositions temporaires du 4, rue du Cloître.

«L’idée nous est venue de proposer au public d’imprimer des illustrations de cet ouvrage sur la presse que le MIR a utilisée l’année dernière pour le 500e anniversaire de la Réforme de Luther», explique Samantha Reichenbach, conservatrice au MIR. «C’est l’occasion de faire découvrir à nos visiteurs l’œuvre très originale de l’éditeur Jean-Frédéric Bernard et du graveur Bernard Picart, publiée à Amsterdam dès 1723. Ce dernier a réalisé le frontispice du premier volume, sur lequel des représentants de toutes les religions se côtoient. On y voit en haut à gauche les adorateurs nordiques d’un renne et en haut à droite des monuments caractéristiques des religions de l’Inde et de l’Extrême-Orient. Plus bas, ce sont les différents courants du christianisme qui forment une foule compacte. Bien en évidence au premier plan, on reconnaît la religion musulmane en plein enseignement.»

Un projet très moderne en 1723

L’éditeur Jean-Frédéric Bernard était un Français de famille réformée qui avait émigré aux Pays-Bas en même temps que beaucoup d’autres huguenots après la révocation de l’Édit de Nantes. Français lui aussi, né catholique, le graveur Bernard Picart était passé du jansénisme au protestantisme. En 1723, il se trouvait, comme Bernard, réfugié à Amsterdam. Ils avaient formé ensemble le projet de faire la synthèse de toutes les connaissances qu’ils pourraient rassembler sur les religions du monde.

«Ce projet était d’une grande modernité», commente Samantha Reichenbach. «Bernard et Picart ne l’ont pas entrepris dans un esprit polémique, mais avec la curiosité de l’ethnologue et la rigueur de l’encyclopédiste. Il y a une certaine bienveillance dans leur approche comparative des religions du monde, même les plus éloignées de celle qu’ils pratiquaient eux-mêmes. Ils avaient néanmoins une idée derrière la tête: démontrer que plus une religion s’entoure de rites et de superstitions, moins ses membres sont proches de Dieu. Autrement dit: l’Être suprême est mal servi par la prolifération des religions et des rites, qui fait écran à sa vérité. Bernard et Picart anticipaient les Lumières!»

Le succès de «Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde» fut immédiat. Les 1200 premiers exemplaires imprimés à Amsterdam en 1723 s’arrachèrent rapidement malgré leur prix plutôt élevé. Il y eut des réimpressions (les exemplaires du MIR font partie de celle de 1739), des traductions et des plagiats. «L’Église catholique avait mis l’ouvrage à l’index en 1738», précise Samantha Reichenbach. «Vu le succès de cette publication, un éditeur parisien s’empressa de contourner l’interdit du Vatican en publiant une version remaniée par deux abbés de sa connaissance. Celle-ci parut en 1741, du vivant de Jean-Frédéric Bernard et sans son consentement. L’éditeur s’était servi des plaques originales vendues par la veuve de Bernard Picard, décédé en 1733. Ils modifièrent les textes pour complaire à l’Église catholique.»

Créé: 28.07.2018, 10h05

Gravures: 260 types insolites

Les sept volumes de «Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde» contiennent pas moins de 260 gravures exécutées par Bernard Picart (1673-1733). Certaines, comme celle du frontispice, regorgent de détails. Celle aussi représentant «Le Bairam ou la Pâque des Mahométans», où des hommes en turban font de l’escarpolette au-dessus d’une rue noire de monde. Celle encore appelée «Cérémonie funèbre des Brésiliens», montrant des femmes nues dansant à croupetons autour d’une tombe ouverte. Ce ne sont pas les plus faciles à reproduire par l’imprimerie. Le Musée international de la réforme (MIR) a donc sélectionné des illustrations plus simples et moins foisonnantes, avec lesquelles les visiteurs peuvent repartir après avoir actionné la presse. C’est un «Religieux mendiant chinois», son chapeau aux très larges ailes sur la tête, ou cet «Évêque moscovite en habit ordinaire». De ce dernier, indique l’auteur, on attend qu’il puisse prononcer douze ou quinze fois sans perdre haleine «Hospodi pomuli» («Seigneur ayez pitié de nous»). Au sujet de la «Quaqueresse qui prêche», un membre de la dissidence de l’Église anglicane des quakers, Jean-Frédéric Bernard écrit que leurs sermons de deux ou trois heures endorment l’assemblée la plus enthousiaste. Les visiteurs du MIR choisissent volontiers de reproduire cette gravure. B.CH.

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