Un doigt très gênant tendu vers l’Élysée

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Où donc peut s’arrêter la fureur d’un peuple? Quand on a suivi la journée de mardi aux côtés des «gilets jaunes», on a l’impression que cette colère immense ne peut plus être endiguée et que les calculs, les arguments, les mesures du gouvernement ne peuvent rien apaiser.

Pourtant le dispositif annoncé par Édouard Philippe n’est pas anodin, il pèse plus de 2 milliards d’euros et pourrait menacer les engagements d’un déficit qui ne dépasse pas 3% du PIB. Il n’est pas exclu que, dans le reste de la France, cette main enfin tendue soit reconnue.


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Pour les «gilets jaunes», ces arguments ne pèsent guère en face de leur misère. Cela fait des années qu’on ne les entend pas, bien avant Emmanuel Macron reconnaissent-ils, mais aujourd’hui ils veulent des faits. C’est comme si la pauvreté, la frustration et le malheur pouvaient être écartés par leur rage.

«Le plus frappant est le procès d’illégitimité qu’ils font au président élu il y a à peine plus de 18 mois»

Sur ces barricades, quand vous vous présentez comme Suisse, l’accueil est chaleureux. Partout le même cri monte: «Nous devrions faire comme vous, le référendum permanent, voter tout le temps et donner notre avis, pas seulement aux élections.» À les entendre nos élus sont meilleurs: «Ils vous représentent, eux, pas comme les nôtres.» On est un brin embarrassé, s’ils savaient… Et puis dans les ronds-points, la concertation, l’équilibre des pouvoirs et le sens du compromis ne sont pas les premières vertus qui sautent aux yeux.

Le plus frappant est le procès d’illégitimité qu’ils font au président élu il y a à peine plus de 18 mois. À leurs yeux, si l’on tient compte de l’abstention au deuxième tour, du vote blanc et de ceux qui se souciaient uniquement de faire barrage à Marine Le Pen, Emmanuel Macron n’a pas reçu le mandat clair et net de la nation dont il ne cesse de se prévaloir.

C’est peut-être là, dans cette double intransigeance d’un pouvoir présidentiel qui a surestimé l’attente mise en lui par ses électeurs, et d’un mouvement des «gilets jaunes» qui ne sait pas faire le pas de la négociation, que se noue en ce moment le drame. Comme souvent en France, le dénouement se jouera dans la rue, car c’est souvent elle, la rue et ses excès, qui accouche des solutions.

(24 heures)

Créé: 04.12.2018, 22h58

Alain Rebetez, correspondant à Paris

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