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La «doudoumania» règne dans la littérature pour petits enfants

Les révolutions n’entament pas son règne. Dans des fourrures hétéroclites, l’ours se royaume en figure totémique des contes.

Les éditeurs de littérature jeunesse le savent, personne n’a encore trouvé la bestiole qui remplacera l’ours dans l’imaginaire enfantin. Bipède à l’occasion, le faciès expressif, l’animal se prête à toutes les métamorphoses identificatrices, du rustre mal léché au tendre complice en passant par le dangereux carnassier. De quoi caresser la fibre anthropomorphique qui domine le secteur depuis 1931, date de la naissance de Babar.

Ancré dans l’inconscient collectif depuis la nuit des temps, l’ours va néanmoins doubler l’éléphant de Cécile et Jean Brunhoff. Craint pour sa férocité dès la préhistoire, l’ours, note Michel Pastouriau, porte une empreinte fantasmagorique millénaire, comme en témoignent les ossements retrouvés dans les grottes du paléolithique. Des légendes germaniques aux mythes grecs, le roi des forêts incarnera virilité et pouvoir. L’imagerie évolue au Moyen Age. Sorti des ménageries princières, il se voit évincé par le lion. Pire, bête de cirque, il est dévalué en Gros-Ours balourd et stupide, voire peureux. La dégringolade se poursuit dans l’Europe christianisée. Jugées par l’Eglise, ses qualités d’antan deviennent des défauts, de la cruauté à la luxure. Mais le culte persiste.

Estelle de Oliveira, chercheuse à l’université Stendhal de Grenoble, lui a même consacré une thèse. La Française décèle plusieurs facteurs à sa cote d’amour. Qu’il s’associe au miel, à une fourrure abondante, que son corps se dresse tel un homo sapiens, l’animal suggère une réconfortante familiarité. Autre explication, sa vogue en tant que peluche depuis le début du 20e s., se renforce par l’interactivité avec la littérature. Le jouet apparaît de manière quasi simultanée en Allemagne sous le nom de Petzi propagé par la famille Streiff, et aux Etats-Unis, en Teddy Bear chéri par le président Roosvelt, grand chasseur devant l’Eternel. Un peu plus tard, la France l’adopte et le rebaptise Martin dans les années 20.

Ainsi l’ours demeure cet objet transitionnel entre l’adulte et l’enfant, à mi-chemin entre l’humain et l’animal. Dès 1981, la Belge Gabrielle Vincent va exploiter ce fonds de commerce avec une sensibilité rare dans la série culte Ernest et Célestine. En parfaite adéquation, Ernest l’ours incarne l’autorité, même à mauvais escient, de l’adulte. Célestine la souricette, la fragilité candide des mômes. Détail révélateur, l’un et l’autre s’affichent avec des «mains», plutôt que des pattes. Cet automne, le tandem reprend du service en librairie et au cinéma. Film, coffret collector, album pop-up, novélisations démontrent une modernité fringante. Autre classique en constante réédition, voire réinterprétation, Boucle d’Or. Sa forme la plus futuriste prend des allures de cours de trigonométrie, le conte originel étant traduit en graphie abstraite, histoire d’initier les petits aux mystères des mathématiques.

En règle générale, les récentes parutions témoignent à la fois de la pérennité caractérielle de l’animal, gentil farceur, moelleux doudou, et de son éternel potentiel symbolique. Signe des temps, il retrouve comme dans Grand Ours, une allure mythologique que ses aventures domestiques de baby-sitter rondouillard ont pu désacraliser. Dans La divergence des icebergs, il ose militer en écolo paumé sur un bout de banquise. Là, il fait vraiment peur.

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