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L’évêque malgré lui garde sa part de mystère

Charles Morerod, nommé il y a six ans à la tête du vaste diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg est «déçu en bien».

JEAN-PAUL GUINNARD

Charles Morerod vit l’instant présent. Il va pourtant devoir se mettre à songer à demain. Lui qui prévoyait ne pas faire de vieux os en ce bas monde – «du côté de ma mère, les hommes meurent jeunes» – s’est découvert la veille de notre rencontre un cœur et des artères en assez bon état. Soulagé? Le verdict du cardiologue ne lui procure pas plus d’émotion que le dernier bulletin météo. «A 56 ans, alors que je vis à un rythme un peu fou, je commence à penser que mon avenir sera plus long que prévu.»

Sous le lustre à pampilles et les moulures du petit salon de l’Évêché, sans un regard pour le somptueux poêle en faïence de Delft, Monseigneur affiche le charmant sourire que chacun lui connaît, assorti d’un petit air à deux airs dont on ne sait pas encore si c’est du contentement ou de la raillerie. Si parler de lui n’est pas son activité préférée, il se prête au jeu de très bonne grâce. Il faut dire qu’en six ans à la tête du vaste diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, il a eu tout loisir de s’asseoir sur sa devise «pour vivre heureux, vivons caché».

Rarement les faits et gestes d’un évêque auront suscité un tel intérêt médiatique. «On devrait s’intéresser à Dieu plutôt qu’à moi. Enfin, si je peux être un vecteur de transmission, c’est aussi ma vocation.» Comment ne pas s’enticher d’un évêque qui est de toutes les manifestations populaires, qui fait du ski, du vélo, se déguise en Charlie et brasse sa propre bière baptisée Urbi et Ortie, L’amère Supérieureou Les 12 épeautres?

Converser avec lui, c’est aussi s’exposer à un rire surprenant, qui fuse souvent sans préavis, juste après un de ces jeux de mots douteux dont il a le secret: s’il n’aime pas le temps, c’est surtout à la piscine. Heu… Le temps? Il veut parler du taon, l’insecte qui harcèle les baigneurs. Inutile de se forcer à rire. Il en est conscient: son humour décalé ne fait pas toujours mouche.

Proche de ses brebis

Sa diction inimitable – ce polyglotte a tendance à marmonner – et ses réponses lapidaires ne laissent pas de désarçonner ses interlocuteurs. On se souvient d’une interview surréaliste en duplex de Rome, en novembre 2011, juste après l’annonce de sa nomination par Benoît XVI: Charles Morerod, alors recteur de l’Université pontificale Angelicum, répond à chacune des questions de Darius Rochebin, mais après une bonne seconde de réflexion et de préférence par oui ou par non.

De quoi donner des sueurs froides aux 400 prêtres de son futur diocèse. Cet intellectuel de haut vol au parcours plus académique que pastoral allait-il savoir parler aux simples mortels? Six ans plus tard, le berger a l’odeur de ses brebis. «C’est un bon père évêque, se félicite entre autres, l’abbé François Dupraz à Lausanne. Jamais reclus dans son bureau, proche des jeunes, proche du peuple, il est au clair avec la foi catholique, c’est un excellent guide sur le chemin du salut.» Cette charge dont il ne voulait pas lui apporte de grandes satisfactions, beaucoup de belles rencontres. Monseigneur respire la joie de vivre. Il pense à Saint-Paul sur le chemin de Damas: «Jésus le prend et change son parcours». Il est «déçu en bien», comme disent les Vaudois. «S’abandonner à la volonté de Dieu est très libérateur.»

Le rédacteur en chef de la Revue Médicale Suisse, Bertrand Kiefer, avec qui il a fait ses études de théologie et organisé d’innombrables camps de jeunes, lui voue une indéfectible amitié: «Entre nous, on s’est toujours amusé à une compétition où il s’agit d’être le moins drôle et le plus humble possible. Et j’ai toujours gagné… J’aime la façon qu’a Charles d’être drôle en étant sérieux. Si son humour est si spécial, c’est qu’il est celui d’un esprit libre. Il l’utilise pour montrer qu’il n’est pas dupe de notre époque qui prend au sérieux ce qui n’a aucune importance et se moque de ce qui en a vraiment.»

«A l’adolescence, j’ai lutté contre la vocation, j’ai essayé d’éliminer l’idée. D'abord parce que je ne voulais pas ne pas me marier et aussi parce que j'avais l'impression que c'était perçu comme ridicule d'être prêtre»

«Très sympathique, mais insaisissable», entend-on aussi, notamment chez les Réformés vaudois, heureux d’avoir trouvé en lui un défenseur de l’œcuménisme. C’est une chose qui intrigue encore: comment ce brillant intellectuel thomiste parvient-il à conjuguer une telle décontraction, une telle ouverture d’esprit avec ses positions réputées conservatrices? Lui, conservateur? Il rejette l’étiquette: «Ça dépend pourquoi. Si on pense cela de moi, c’est parce qu’on se dit «il était à Rome, il a collaboré avec la Congrégation pour la doctrine de la foi, il doit être conservateur». La personne humaine est beaucoup plus compliquée que cela.»

Pas de réponses simplistes

Il est vrai qu’on le questionne à tout bout de champ sur les questions de morale et de société – l’homosexualité, le célibat des prêtres, les abus dans l’église, le port de la burka – alors qu’il préférerait parler de la foi. S’il reste évasif, c’est pour éviter les réponses simplistes, pour n’enfermer personne dans un jugement catégorique. «Plus on s’approche des cas individuels, moins les principes généraux s’appliquent, comme dit le Pape François citant Saint-Thomas d’Aquin.»

La foi? Parlons-en. Comment lui est-elle venue, que ressent-il? Il toussote et tire un peu sur son col romain: «La foi, ce n’est pas une opinion, c’est la réponse à Dieu qui a pris l’initiative en venant.» Dieu s’est invité très tôt dans la vie du petit Gruérien, fils unique de Denise, mère au foyer, et d’André, technicien dentiste et accessoirement recruteur d’espoirs suisses du ski. «A l’adolescence, j’ai lutté contre la vocation, j’ai essayé d’éliminer l’idée. D’abord parce que je ne voulais pas ne pas me marier et aussi parce que j’avais l’impression que c’était perçu comme ridicule d’être prêtre. L’appel de Dieu a pris le dessus. Je ne m’en plains pas.»

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