La société qui visait les étoiles doit déposer son bilan

PayerneLa faillite de S3, criblée de plusieurs millions de dettes, est prononcée. «Nous allons faire recours et remettre la société sur les rails», promet son fondateur.

Pascal Jaussi veut néanmoins démontrer que sa société peut poursuivre ses activités.

Pascal Jaussi veut néanmoins démontrer que sa société peut poursuivre ses activités. Image: Jean-Paul Guinnard/Keystone

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Trois ans après s’être lancée à la conquête de «l’espace pour tous», Swiss Space Systems (S3) à Payerne est rattrapée par des contingences bien terriennes: poursuivie pour plus de 6,6 millions de francs d’arriérés, la PME a été officiellement déclarée en faillite, jeudi.

Après une audience le 6 décembre dernier devant le Tribunal civil de la Broye et du Nord vaudois, l’ajournement de faillite de six mois, qui courait jusqu’en mars 2017, a été révoqué. Au cours de cette audience médiatisée, S3 n’a pas pu démontrer qu’elle n’était plus en surendettement. Selon diverses sources, la société devrait faire face à plus de 6,6 millions de dettes. Des salaires, des charges et des loyers impayés essentiellement, des factures de fournisseurs également. Les vastes locaux qu’occupait la start-up dans une halle industrielle à Payerne seront mis sous scellés, les cylindres seront changés. «Il s’agit de prendre des mesures conservatoires des actifs de la société et de procéder à un inventaire précis» explique un fonctionnaire spécialisé dans la procédure.

A ses grandes heures, Swiss Space Systems comptait plus de soixante employés, tout heureux de travailler dans une start-up aussi novatrice. Ouverte à Payerne en 2013, elle était rapidement devenue la coqueluche des médias: S3 voulait lancer des minisatellites à partir d’une navette arrimée sur le dos de gros Airbus. Le procédé était génial.

«Le secret des affaires»

Est-ce la fin de cette folle aventure économico-scientifico-spatiale? Pour beaucoup d’observateurs, le constat semble évident. Sauf pour Pascal Jaussi. Le fondateur et directeur de S3 a déjà annoncé qu’il allait faire recours. «Nous ne cédons pas à la panique, dit-il. Nous répondons à toutes les conditions pour que l’ajournement de faillite soit maintenu. Hélas, nous n’avons pas pu le démontrer lors de l’audience du 6 devant le Tribunal civil de l’arrondissement de la Broye et du Nord vaudois.» Que pourrait-il démontrer de plus? «Tout! Lors de cette audience, nous avons demandé le huis clos, explique Pascal Jaussi. On nous l’a refusé. Le huis clos était indispensable, car nous ne pouvions pas présenter notre situation comptable sans exposer publiquement des partenaires et des investisseurs qui n’ont pas envie d’apparaître dans les médias. Il en va du secret des affaires.»

Des mois de difficultés

Les juges d’Yverdon sont restés hermétiques à ces arguments. La justice considère «que les conditions pour prolonger l’ajournement n’étaient plus remplies». En clair, la société est en surendettement. La faillite est inexorable. Swiss Space Systems Holding SA a dix jours pour déposer son recours auprès de la Cour des poursuites et faillites du Tribunal cantonal. «Qu’on nous accorde le huis clos, demande Pascal Jaussi, ainsi nous pourrons tout montrer, tout prouver.» A commencer par la présence de 30 millions de francs sur les comptes d’une société fille (S3 Solutions). Cette somme doit précisément servir à recapitaliser la holding de S3, répète Pascal Jaussi depuis des mois. «Nous y sommes presque, dit-il. Si l’ajournement est maintenu comme il était prévu (ndlr: jusqu’en mars 2017), nous pourrons remettre la société sur les rails.»

Depuis des mois, la société de Pascal Jaussi captive les médias. Alors que les difficultés financières s’accumulaient, ce dernier a été retrouvé, fin août, semi-inconscient et brûlé, apparemment après une agression sauvage par des inconnus, dans les bois d’Aumont (FR). L’enquête est toujours en cours. Des doutes ont également été émis sur ses partenaires financiers, notamment l’homme d’affaires iranien Amin Forati.

S3 a aussi été soutenue par les autorités locales et cantonales. Le Conseil d’Etat lui a alloué un prêt de 500 000 francs pour payer les salaires des employés. De son côté, la Commune de Payerne a fait renforcer son tarmac civil en prévision des Airbus de S3. Ce surcoût de près de 200 000 fr. ne sera pas perdu.

Payerne peut désormais recevoir des très gros porteurs du monde entier. Et c'est à S3 qu’elle le doit. (24 heures)

Créé: 15.12.2016, 15h51

«Au moins, on y aura cru jusqu’au bout»

Dans la Broye, les réactions sont partagées. «On le sentait venir depuis des mois, s’exclame un créancier. Ces fusées, ça faisait rêver et puis ça a tourné au cauchemar. Il y a des millions de dettes, on ne va pas revoir notre argent. C’est un crève-cœur.» Pour Christelle Luisier, syndique de Payerne, c’est une page qui se tourne. Swiss Space Systems projetait de construire un spatioport sur l’aéropôle pour envoyer ses navettes dans l’espace. La vente d’un terrain communal a été annulée en 2015 déjà. «On prend acte avec regret de cette faillite, dit la syndique. Le terrain est libre pour d’autres projets sur l’aéropôle, cela n’influence en rien la philosophie de notre parc technologique.» Du côté de la Communauté régionale broyarde (Coreb) Pierre-André Arm, son directeur, veut y croire encore un peu. Un tout petit peu. «Certes l’espoir s’amenuise et je suis navré de cette situation. Mais à minuit moins une, ce n’est pas encore minuit. Attendons, dit-il. C’est dommage, car c’était un fabuleux projet. S’il ne se fait pas, nous partirons sur autre chose, mais au moins, on y aura cru jusqu’au bout.»

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