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«Personne ne me figera en qui que ce soit!»

Dans le film de Mathieu Almaric, Jeanne Balibar incarne Barbara dans la moindre volute de son âme tourmentée.

Muse des arts français depuis une trentaine d’années, Jeanne Balibar possède le physique de l’emploi. Jusqu’à son curriculum vitae qui la déclare descendante de surdoués, jusqu’au nez busqué, teint marmoréen et pupilles ténébreuses des belles atypiques. D’un rire narquois, la comédienne s’en moque comme de la première pastille Zan que suçota la chanteuse Barbara. «Une grande bringue déconneuse», résume son ex et fidèle complice, le cinéaste Mathieu Amalric, toujours amoureux. Comme toute la gent masculine d’ailleurs, que la diablesse piège avec une effronterie sans malice. Cette fascination exercée, plus qu’un port de tête, fonde sans doute l’énigme «Balibarbara». Elle s’en dégage d’une mine boudeuse, préfère évoquer le beau paquet de névroses ficelé de génie, le chahut iconoclaste qui ose bouleverser la partition classique. Leur film n’entend respecter que le mystère de la musicienne. «Celui d’ailleurs, qui compose tout être humain.»

Etait-ce naturel d’incarner Barbara, au point de dire «Balibarbara»?

Je ne lui ressemble pas du tout. Déjà la voix, elle est soprano qui va dans les graves, je suis mezzo. Et puis je ne coucherais jamais avec un type plus vieux de trente ans! Au-delà… personne ne peut me figer en qui que ce soit. J’ai entendu que j’étais une nouvelle Bernadette Laffont, Hepburn, Jeanne Moreau, une Ava Gardner même! C’est secondaire.

Où s’est joué votre Barbara?

Pas sur le mimétisme, au grand jamais. Ni sur une idée de modernité à tout prix. Avec Mathieu (Amalric), nous voulions que l’inattendu puisse surgir au tournage, au montage, dans l’expérience même du «moment cinéma». De ces apparitions viendrait la surprise, que je sois Barbara, Brigitte, l’actrice qui l’interprète, ou moi qui m’amuse parfois à imiter Delphine Seyrig, avec la panoplie totale et le faux nez, ou zéro effort.

Etre prêt pour l’inconnu, donc beaucoup de préparation?

Il fallait m’équiper d’un bagage énorme, connaître quasi les partitions par cœur, lire et relire les paroles de chansons, les textes qu’elle avait laissés, ses Mémoires. N’importe comment, il fallait pouvoir jongler, improviser avec des pastiches sans plus penser à elle, sur elle. Tout se permettre, quoi!

Jusqu’à la folie?

Avec Mathieu, c’est une complicité que je pouvais construire. Aller avec constance vers la digression, créer la fébrilité, passer du coq à l’âne. Dans cette énergie, il me semblait la retrouver. Elle s’extrait d’une situation à l’autre sans difficulté, toujours sur la brèche. A cela, s’ajoute ma tambouille d’actrice, bien sûr.

Qu’avez-vous appris d’elle que vous ignoriez avant de l’interpréter?

J’ai compris à partir de quels éléments se forgeaient ses paradoxes. Barbara donne toujours l’impression d’une figure épurée de longue dame brune. Or elle est tissée d’une myriade de détails, comme un diamant noir brille d’un milliard de facettes et d’arabesques. Et dans son soleil noir de mélancolie, il y a un sacré humour! Cela nous donne le même esprit d’escalier.

Partagez-vous son mysticisme quant à la scène?

Je ne crois pas comme elle, que le spectacle relève d’une grand-messe, avec sa liturgie, ses costumes. Par contre, au cinéma plus qu’au théâtre, l’habit compose la danse. Plexus, hanches, poignets, tout danse ensemble quand vous jouez et le costume change la chorégraphie.

Jusqu’à la maniaquerie?

Pff, s’il n’y a pas de pantalon, je mets une jupe. Mais je suis entrée dans Barbara par le vêtement, c’est vrai, un de mes points d’attache avec les bouts de chansons.

Se racontait-elle des histoires?

Elle construit un être qui puise dans le vampire, les icônes populaires du cinéma, Marlene Dietrich plus que Rita Hayworth, le côté «boulevard du crime». Elle joue un clown blanc déguisé en noir, avec un humour caché qui nourrit la tristesse. J’avoue moi aussi m’être raconté beaucoup d’histoires, qu’elle ressemblait à un oiseau à plumes par exemple. Tous les hasards sont bons à prendre! D’un jour à l’autre, ce film aurait pu bifurquer ailleurs.

Cette évocation va déconcerter, plus que La môme sur Piaf par exemple.

Dommage, tant pis, qu’importe. Je tourne souvent des films que peu de gens voient. Je m’en fiche complètement. Le succès, ce n’est pas ce qui compte, je ne travaille pas en fonction de ce paramètre.

D’où le côté touche à tout?

Ma multiplicité vient de ma curiosité. Je ne peux m’en empêcher, si ça me plaît, je suis partante pour n’importe quel type d’aventure. Tiens, connaissez-vous le conte de L’enfant d’éléphant, de Rudyard Kipling? Non? C’est mon préféré. C’est l’histoire d’un éléphanteau qui se fait taper dessus parce qu’il est trop curieux. Mais, incorrigible, il recommence sans cesse. Ce qui finalement, ne provoque rien de si grave. Moi, on me tape régulièrement dessus. Et je reste toujours aussi curieuse.

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