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Les films se matent en série

«Fargo», «L’arme fatale» et autres longs métrages se revisitent pour le meilleur et le pire.

Il y a 30 ans, Roger Murtaugh lâchait déjà à Martin Riggs: «On a passé l’âge de ces conneries». Danny Glover et Mel Gibson ont pris leur retraite mais ces jours, Damon Wayans et Clayne Crawford rempilent dans L’arme fatale. En aimable copié collé, la série explose l’Audimat. La pratique date des années 1970, quand les longs métrages M.A.S.H., de Robert Altman, ou Serpico, de Sidney Lumet, s’étiraient en feuilleton dans la petite lucarne. Depuis deux ans, les productions de ce type se sont accélérées à un rythme phénoménal. Y voir la conséquence de la multiplication des plates-formes et des chaînes, en parallèle avec l’engouement contemporain pour les séries. En 2015 déjà, leur masse passe une limite symbolique, quand il devient physiquement impossible de visionner la totalité de plus de 450 shows tournés dans l’année.

Dans ce vaste répertoire, la discipline du film étiré en série télé brasse large. Ainsi L’arme fatale garde du réalisateur George Miller le penchant pyrotechnique plus que sa noirceur psychologique. Ici, les pulsions suicidaires de Riggs tournent au gag récurrent, comme la crise d’âge de Murtaugh. L’humour bon enfant assure une popularité familiale et sauve l’honneur. Il suffit de considérer les navets dérivés de films d’action comme Le transporteur, Rush Hour ou Limitless pour s’en convaincre.

Mais le genre exhume aussi des pépites. Ainsi, la SF robotique Westworld amplifie les qualités du film original, Mondwest (1973), de Michael Crichton. Et la saison 2 promet, ne se contentant pas, d’après les premiers échos, de poursuivre l’aventure en chronologie mais sautant dans le futur. Pour d’autres raisons, une même bonification opère chez Les orphelins Baudelaire qui en série, trouvent un format narratif idéal. Dans le même ordre d’idée, Watchmen devrait prochainement trouver ses aises en série, là où le film de Zack Snyder rognait les pouvoirs de ses superhéros. A l’évidence, les considérations mercantiles ne prédominent pas toujours en matière d’adaptations cinématographiques.

Les noirs délires issus de Fargo démontrent une réelle capacité à réinventer à partir d’une formule établie. A la troisième saison, les producteurs Joel et Ethan Coen veillent toujours au grain de douce dinguerie qui transcendait le polar original. Les frangins invitent de vieilles connaissances, le Billy Bob Thornton de The Man Who Wasn’t There, le David Thewlis de The Big Lebowski, etc. Des émules du Dude clignent d’ailleurs de l’œil en se prenant les pieds dans quelques «tapis pisseux» au cours de scénarios où la bêtise relève du grand art et la morale de garde-fou inespéré.

L’épisode 3 exploite notamment ce fonds de commerce avec un brio cinéphile bluffant, citant la séquence où Marge Gunderson, cheffe de la police enceinte, retrouve un pote d’école. Son homologue dans la série, va aussi découvrir des secrets et mensonges édifiants sur la nature humaine. Dans ce Fargo revisité, le scénariste illuminé Barton Fink n’est jamais très loin.

Ces régalades pour aficionados se doublent du plaisir d’une intrigue en totale autonomie. Chaque dizaine d’épisodes se centre sur un dossier singulier. Seul l’esprit barré de la résolution lie les saisons. D’habitude, les succédanés de films se contentent d’exploiter un cahier des charges qui au mieux, ne se diluera pas trop. Voir L’arme fatale. Mais Fargo, plus de 20 ans après la version originale, vise plus subtil. Sans Martin Freeman ni Kirsten Dunst, le Minnesota se trouve une nouvelle tête de nœud. Un Janus qu’interprète Ewan McGregor en frères ennemis. «Si je voulais l’opinion d’un trouduc, je me poserais la question», énonce-t-il. Toute ressemblance avec les Coen ne serait que pure coïncidence ironique.

Fargo, Netflix, les 3 saisons, DVD, s. 1-2, Dist. 20th Century Fox. L’arme fatale, RTS, di 22 h 30 et replay; TF1, ma 21 h, 2 saisons, 18 X 43’

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