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À quand la fin des querelles protestantes?

Daniel Marguerat, théologien.

À l’automne 2017, le paysage scolaire romand s’est enrichi d’une nouvelle école: la Haute École de théologie (HET-PRO), destinée à former des pasteurs et des diacres. Les facultés de théologie de Lausanne et de Genève ainsi que la Conférence des Églises protestantes romandes ont aussitôt réagi: pas question de reconnaître cette école ni d’envisager avec elle quelque collaboration que ce soit.

À l’écoute de ces réactions, on a tendance à se dire: voilà encore les protestants qui se chamaillent! Pourquoi ce blocage? Est-ce le dernier mot? Je ne pense pas.

«Chacun est invité à étudier les textes sacrés avec son intelligence et s’en inspirer pour sa vie»

Voyons ce qui bloque. La Réforme protestante est née de la volonté de refuser toute lecture autoritaire et imposée de la Bible. Chacun est invité à étudier les textes sacrés avec son intelligence et s’en inspirer pour sa vie. C’est pourquoi les pasteurs sont formés durant cinq ans à étudier la Bible dans son contexte historique, puis à l’interpréter pour aujourd’hui.

Cette lecture critique ne ruine aucunement la foi; elle permet au contraire de la construire. On évite ainsi de cueillir dans ces textes millénaires des consignes à appliquer immédiatement.

Le protestantisme réformé reproche au courant évangélique, dont est issue la HET-PRO, d’adopter une seule lecture du texte sans faire droit à la diversité des interprétations. On craint que des pasteurs formés à cette école imposent dans les paroisses une seule façon de croire et une seule morale. Cette peur est réelle et explique les crispations.

Mais après? Les protestants romands semblent ignorer que la France a connu cette situation en 1974 déjà, quand une Faculté de théologie évangélique a vu le jour à Aix-en-Provence. La réaction des protestants français a été exemplaire: ni condamnation ni blocage, mais reconnaissance de la différence. En conséquence, certains cours donnés dans cette Faculté ont été reconnus compatibles, d’autres pas.

Un système éprouvé

Pratiquement, après trois ans à Aix-en-Provence, les futurs pasteurs doivent passer deux ans d’études à la Faculté de théologie de Montpellier. Ce système a fait ses preuves. En 40 ans, trois professeurs de théologie, plusieurs présidents régionaux d’Église et une soixantaine de pasteurs, passés par cette Faculté évangélique pour une première phase d’étude, sont actifs dans l’Église réformée française. On en trouve même… dans l’Église réformée du canton de Vaud!

Adopter une telle posture permettrait aux étudiants de la HET-PRO de savoir d’emblée ce qui les attend: soit un parcours entier dans cette école qui les destine aux communautés évangéliques, soit une seconde phase d’études à l’Université qui les rend compatibles avec le protestantisme réformé.

Les protestants romands sauront-ils s’inspirer de cette attitude intelligente, ferme autant que tolérante, avant qu’une prochaine pénurie pastorale ne précipite les décisions?

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