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Franck Thilliez revient à la veine Sharko

Franck Thilliez célèbre le retour de son enquêteur dans un bain de sang qui n’empêche pas la finesse.

Depuis quelques aventures, le commissaire Franck Sharko, inventé il y a une quinzaine années par Franck Thilliez, se ramollissait. Jadis traqueur rusé de psychopathes sauvages, l’homme, blessé par la mort brutale de son épouse, avait trouvé la paix. Ses nouvelles amours avec Lucie Henebelle, sa partenaire à la brigade criminelle, avaient engendré des jumeaux, le doux stress des biberons, le cocon d’un clan reconstitué. En paternel circonspect, Sharko devenait du genre à fumasser sur le balcon pour ne pas polluer sa vie de famille. Tandis que le squale se laissait oublier, le romancier Thilliez se débrouillait lui aussi de son côté. Ainsi de Rêver, hypnotisante plongée en apnée dans l’inconscient, dont les ramifications ésotériques enracinées dans la rationalité s’émancipaient du commissaire. Mais le héros originel n’en avait pas fini avec son créateur. Les voici qui s’empoignent dans un thriller au titre cinglant, Sharko. De sectes satanistes en vampires assoiffés, de bavures maladroites en dilemmes existentiels, rien ne sera épargné. Le flic voit rouge sang, l’écrivain gicle ses révoltes avec une luxuriance graphique peu commune dans le paysage littéraire français. «Et pourtant, je ne donne pas tant de ces détails», précise-t-il, la voix douce. De quoi examiner son bulletin de santé.

Vous réanimez Sharko avec un réalisme sanglant. D’où vient cette violence jusqu’au gore?

La thématique du sang m’attirait par son fonds scientifique, comme souvent dans mes livres. Peut-être encore plus ici. Même si j’essaie de glisser de l’humanité dans les parts les plus obscures de l’âme, les questions d’éthique professionnelle auxquelles se confronte Franck Sharko ont durci le ton. Dans ces métiers de violence, un flic peut finir par être rattrapé parce qu’il combat. Mes personnages commettent à leur tour des actes horribles. De là, il leur faut vivre avec cette réalité, se la pardonner.

Vous citez Shakespeare, «Le sang veut du sang» de Macbeth.

Car ça accroche les dilemmes de Sharko, sur le fil du rasoir en permanence. Quelques squelettes dans son placard aussi.

La mythologie inhérente au 36, quai des Orfèvres vient-elle de là?

Oh, Simenon y est pour beaucoup! Le 36, c’est un lieu mythique, identifié, l’équivalent du Scotland Yard des Britanniques. Là se rassemblent les dossiers les plus complexes. Dommage que la police déménage bientôt de ce bâtiment magnifique mais vétuste. Leurs bureaux exigus, mal aérés, créaient une atmosphère.

Tout passe. Même Franck Sharko a failli disparaître, non?

Oui, même si dans mon esprit, la séparation restait temporaire. Par souci de rebondissements, je lui avais créé un couple avec Lucie Henebelle. Sans pourtant l’avoir vraiment cherché. Il s’agissait de le stabiliser après avoir décimé son environnement proche. Un temps, j’ai trouvé mon plaisir dans ces héros du quotidien. En leur balançant des événements dramatiques, je forçais ces gens banals comme vous et moi à évoluer.

Avez-vous parfois regretté d’avoir trop dramatisé la vie privée de Sharko aux dépens du polar?

Disons que j’essaie de ne plus passer par là. Je m’astreins à tenir compte du passé pour écrire son avenir. Dès le départ, d’ailleurs, j’ai pris l’option «primitive» de faire vieillir Sharko et Lucie en même temps que nous. Il prend de l’âge, même pendant les deux ans de «non-écriture». A moi de m’en accommoder. Notez, cela me donne des trucs à raconter.

Sharko adopte un chien. Il faudra désormais le promener.

Effectivement, j’écris cette scène comme ça, mais elle va compter plus lourdement que ces quelques lignes posées. Il faut gérer le moindre détail. Bon, promener le chien, ça donne des moments de respiration. Les scènes banales de ce genre, aident à souffler. J’ai appris ça en travaillant sur les scénarios de téléfilms.

Pourquoi tenir tant au réalisme, perpétué dans la plausibilité de l’intrigue?

Je l’ignore, mais cela m’est essentiel. Ces sectes «vampiriques», par exemple, ou le business du sang, des prions, reposent sur une base documentaire fiable. J’adore consulter tous ces spécialistes, c’est loin d’être une corvée avant de retrouver la solitude monacale de l’écriture.

Aviez-vous rêvé d’écrire des best-sellers?

Vivre de sa plume, au début, c’est un léger fantasme. Puis le milieu de l’édition, très tordu, s’impose. Seuls 10% de bouquins sont vraiment lus, et même là, il s’agit d’un lectorat butineur et volatil. Face à cette statistique, on en revient alors au socle, une poignée de fans qui vous suivent.

Comment ne pas lasser?

Je bosse sur un canevas hypertravaillé sans craindre la sophistication jusqu’à me crever la tête! Depuis l’adolescence, la science, la recherche biologique, médicale, me tiennent à cœur. Je suis accro au fonctionnement du monde, donc de l’homme. Mes idées viennent de là.

Au fond, pourquoi ne pas avoir poussé vos études dans ce domaine?

Je suis devenu ingénieur en informatique par choix. La recherche m’attirait tout en m’effrayant par ses inévitables solitudes, du laboratoire confiné au domaine restreint à une zone pointue. Avec l’écriture, je peux pratiquer tous les métiers.

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