Genève fédère les ennemis de l'autoroute du Chablais

InfrastructuresCommunes, associations et particuliers: trois recours viseront l'axe prévu entre Machilly et Thonon.

Rémy Pagani, seul Suisse à une tablée d’opposants au projet chablaisien.

Rémy Pagani, seul Suisse à une tablée d’opposants au projet chablaisien. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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D’ici à la mi-février, le Conseil d’État français – soit la plus haute autorité administrative du pays – sera saisi d’un recours de la Ville de Genève contre le projet d’autoroute censé relier Machilly à Thonon, dans le Chablais français. Mais la collectivité suisse ne partira pas seule au front: c’est aux côtés de plusieurs associations françaises que le magistrat municipal chargé de l’Aménagement, Rémy Pagani, a détaillé ses arguments face à la presse, lundi. Celui qui espère rallier d’autres communes suisses à sa croisade s’est assuré les services de l’avocat parisien Christian Huglo, qui partage son étude avec l’ancienne ministre de l’Environnement Corinne Lepage.

Le conseiller administratif genevois juge aberrant de bâtir une infrastructure routière concurrente au nouveau réseau ferroviaire régional alors que le réchauffement climatique menace. «Dès lors que la Ville était intervenue lors de la mise à l’enquête publique, il allait de soi que nous recourrions conte cette autoroute menant nulle part mais qui doit faire gagner quinze minutes à ses utilisateurs afin qu’ils continuent de se rendre en voiture à Genève», argue l’élu d’Ensemble à Gauche.

Léman Express saboté

Rémy Pagani rappelle les sommes importantes investies dans les aménagements liés au Léman Express «dont les premiers chiffres sont réjouissants, même en temps de grève». Et de décocher quelques flèches à l’égard des autorités françaises quant à leur impréparation des accès aux gares du nouveau réseau.

Paru en automne 2018, le rapport consécutif à l’enquête publique avait de quoi inquiéter les Genevois. On y lisait notamment que, selon les simulations, 42% du trafic venu de Thonon aux heures de pointe du matin via l’axe projeté se diffuseraient sur les axes frontaliers avec la Suisse. Mais les enquêteurs avaient relevé que rien n’était prévu pour favoriser le report de ce trafic vers les voies conduisant au canton de Genève.

Convention invoquée

L’avocat mandaté par l’Exécutif municipal genevois voit dans ce projet un avatar de celui qui, conçu dans les années 90, avait été rejeté en 1997 par le même Conseil d’État qui a donné son blanc-seing à la nouvelle mouture, ouvrant la voie à la signature par le premier ministre, le 24 décembre dernier, de la fatidique déclaration d’utilité publique. «Ce décret est contraire à une décision préalable du Conseil d’État qui avait affirmé l’inutilité d’une autoroute entre Annemasse et Thonon, avec un coût par kilomètre bien trop élevé et un service inefficace puisque cette infrastructure ne se connectera pas à une autre autoroute à son extrémité, argue l’homme de loi. Tout ceci se ferait aux côtés du Léman Express, qui rend le même service avec les mêmes conditions de rapidité mais qui est supérieur du point de vue environnemental.»

L’avocat compte notamment s’appuyer sur la Convention alpine, dont sont signataires tant la France que la Suisse. Celle-ci stipule que «les parties contractantes s’abstiennent de construire de nouvelles routes à grand débit pour le trafic transalpin» sauf exceptions, lesquelles, selon Christian Huglo, ne s’appliquent pas dans le cas d’espèce. «Je ne vois aucun inconvénient à ce que les collectivités françaises qui avaient critiqué la traversée du lac utilisent cette convention pour s’y opposer», complète Rémy Pagani.

Cinq délégués d’associations haut-savoyardes étaient présents pour appuyer la croisade genevoise contre l’autoroute. Façon sans doute de désamorcer les éventuels reproches d’ingérence. «Je ne suis pas la seule élue française à soutenir Rémy Pagani, affirme Élisabeth Charmot, conseillère municipale écologiste à Thonon. Les études ont été menées alors que le voyage vers Genève par le rail était impossible durant la construction du Léman Express. Il aurait fallu lui laisser un an pour faire ses preuves. On lui a laissé une semaine de grève.» L’élue souligne qu’une couverture anticipée du déficit par un subside de 100 millions d’euros est prévue par le département de Haute-Savoie, dont on attend toujours qu’il bâtisse la ligne de bus à haut niveau de service entre Genève et Thonon.

Route versus reblochon

Raphaël Baltassat, de la Confédération paysanne, fustige un «aspirateur à voitures» qui avalera 50 à 60 hectares de terres agricoles, en plus de zones forestières, et en grignotera indirectement d’autres en augmentant la pression foncière. «Une ferme maraîchère bio disparaîtra totalement, tout comme des pâturages qui sont obligatoires pour obtenir l’appellation d’origine contrôlée du reblochon.» Habitant de Mésinges, sur le tracé, Manuel Conti craint les impacts sonores, mais pas seulement. «L’autoroute augmentera de 12% les émissions de gaz à effet de serre pour gagner quinze minutes de trajet qui ne sont rien face au temps long du climat.»

Trois recours distincts seront déposés à Paris le 14 février. Une Saint-Valentin binationale pour les opposants à la route. Mais peut-être aussi le début d’une scène de ménage transfrontalière.

Créé: 27.01.2020, 19h35

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