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Guillaume Canet pose en Monsieur Cotillard

L’humour cavalier, l’acteur réalisateur romance sa vie dans «Rock’n’Roll», son 6e film. Il y révèle sa passion pour Demis Roussos.

«Le déclencheur est venu d’une fille qui m’interviewait et me dit ne pas me trouver très rock.»
«Le déclencheur est venu d’une fille qui m’interviewait et me dit ne pas me trouver très rock.»
Sylvain Lefevre/Getty Images

Dans la mollesse aseptisée de ce palace genevois, Guillaume Canet traîne des airs égarés de Woody Allen, l’estomac crispé par la faim plus que par les angoisses existentielles. La référence l’enchante cependant, même si le quadragénaire se rêve plus Rock’n’Roll,titre et thème de sa sixième réalisation. Marion et Guillaume s’y mettent à nu, elle en diva jetée au privé mais superstar toute simple à la ville, lui en père attentif mais artiste en crise qui flippe de ne plus voir les minettes tomber et vénère Demis Roussos. La fusion du réel et de la fiction provoque révélations et délires, jeu que le couple a poursuivi sur Internet en se balançant des photos soi-disant embarrassantes. «Un gag, comme le reste», sourit ce cavalier né pour passer les obstacles.

Comment renouveler un thème si visité, de Ma femme est une actrice enGrosse fatigue?

Le déclencheur est venu d’une fille qui m’interviewait et me dit ne pas me trouver très rock. Tout à coup, j’ai réalisé combien les gens fantasment sur ce qu’au fond, ils ne connaissent pas. J’avais le départ sur un thème qui me hantait, l’image dans ce monde de selfies.

Vexé ou amusé du «pas rock»?

Plutôt intrigué. Car si j’avais été en pleine crise de la quarantaine, que j’avais lu ce portrait de moi pas sexy, ridicule, je serais parti en vrille pour prouver à la journaliste qu’elle avait tort. En vrai, je préserve ma vie privée mais je m’en bats de ce que les gens pensent de moi. Déjà parce que je me vois comme un metteur en scène, je n’ai pas les réflexes d’acteur.

Les actrices flippent à 40 ans. Les acteurs aussi, suggérez-vous.

Et de plus en plus. La manie du jeunisme frappe les hommes aussi, et avant cinquante balais. Jadis, les rides, l’embonpoint, étaient synonymes de sagesse et prospérité. Désormais, les stars américaines véhiculent un modèle idéal avec plaquettes de chocolat. Il n’y a jamais eu autant de salles de sport, de diktats bio, diététiques, d’instituts de beauté pour faire des trucs aux cheveux, au visage. Pour plaire, il faut lutter contre l’âge.

Jusqu’où avez-vous impliqué votre compagne Marion Cotillard?

J’avais besoin de son approbation avant même de commencer à écrire. Elle a beaucoup ri quand je lui ai expliqué le principe, elle m’a juste mis la pression en exigeant que ce soit drôle. Bon, notre enfant ne joue pas.

Aviez-vous un droit de veto?

Même pas. Il aurait été très bizarre de n’égratigner que mon ego dans cette histoire. Le film ne tient que sur l’autodérision décalée de faits authentiques. Par exemple, Marion ne s’attendait pas à ce que je moque autant de sa manière de préparer ses rôles, ces immersions totales. Ou son rêve de potager dans un appartement parisien. Elle n’est pas obsédée à ce stade mais l’idée de base, c’était cette exagération.

Pas d’autocensure?

Jamais. Le truc, c’était de prendre les gens par le bras, les arrêter sur le banc, dire: «Arrêtez de croire tout ce qu’on vous raconte». Nous, pendant des années, on a subi les exploits de la presse people. Quand vous apprenez que votre fils n’est pas de vous, mais de Brad Pitt, c’est désagréable (ndlr: Rumeur en 2016, après la rupture de la star avec Angelina Jolie).

Encore aujourd’hui?

Oui, franchement. Sans faire la liste, d’écoutes téléphoniques en paparazzi, j’ai de quoi dénoncer un monde régi par le mensonge. Et ça va plus loin, les gouvernements, les publicités etc. nous prennent pour des cons. Le plus sidérant, c’est de constater que les gens ne s’offusquent plus de la confusion. Ça les amuse de lire des potins qui «pourraient» être vrais. Amplificateurs, les réseaux sociaux ne déforment-ils pas l’humour?

Sans doute. Récemment, à Strasbourg, je passe devant un fast-food, le trottoir était plein de détritus. A côté, une enseigne, «Porcus». Je balance la vidéo: «A Strasbourg, des porcs!» Je ne vous dis pas la réaction. Je donnais des leçons de morale depuis ma tour d’ivoire, je me permettais de juger les défavorisés. Comme si j’avais grandi dans la soie! Notez, les gens qui me disent irrespectueux ou pourri, ne me connaissent pas. Je l’ai vérifié en retournant dans la compétition équestre, mes amis ne me trouvaient pas changé.

Vous jouez aussi sur Instagram, avec la bataille de clichés volés, vous en slip, Marion endormie etc?

Et maintenant, les gens pensent que c’est de la promo pour le film. Dingue! A partir de là, pourquoi se mettre des limites, puisque les gens pensent ce qu’ils veulent. Tiens, il y a des spectateurs persuadés que nous avons une table de salon avec des césars comme pieds!

Or vous avez tourné en studio. Un filtre ultime?

Chez moi, l’amour et le privé font bon ménage. Peut-être parce que j’ai la chance de travailler, de m’épanouir. Ça serait plus compliqué si j’étais au chômage. Dans l’inconscient collectif, il y en a pour penser que je jalouse le succès de Marion! Alors qu’à la base, si vous êtes amoureux, vous êtes dans l’admiration.

De toute façon, vous avez contribué à la déco avec vos césars aussi.

Mais Marion m’aimerait tout autant si j’étais un immense cavalier. Nous nous connaissons depuis si longtemps. Nous n’avons jamais voulu incarner le couple glamour.

Tout déballer, n’est-ce pas aussi casser le mystère?

Stars, ça ne veut plus rien dire. Question de «followers», Kim Kardiashan est mise au niveau de Marion Cotillard. Or, nous bossons pour du vrai! Ce que j’ai, je ne l’ai pas trouvé au pas de ma porte. C’est pour ça que je montre Marion rendant ses bijoux après les césars, comme Cendrillon. Moi aussi mes costards, on me les prête.

Pas très rock, tout ça.

Oui, mais c’est quoi, être rock? Ce qui m’importe, c’est de garder ma liberté, un peu ours dans la tête sans doute.

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